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« Vous êtes un agent américain »

15/02/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 40 | Par Jérémie Demay

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Interpellé sur la question des droits de l'Homme, la semaine dernière à Dijon, l'ambassadeur de Cuba ne s'est pas dégonflé. Pour lui, il n'y a aucun problème. 

François Patriat (à droite) en entretien avec Rogelio Sanchez Levis.

Une chose est sûre. Rogelio Sanchez Levis se souviendra de son passage jeudi et vendredi dernier à Dijon. Venu à l’origine pour nouer des contacts avec les Bourguignons, l’ambassadeur de Cuba en France repart avec les droits de l’Homme, et la liberté de la presse plein la tête. Il faut dire que la plupart de ses interlocuteurs bourguignons n’ont pas arrêté de lui en parler. C’est ce que l’on appelle la pédagogie : il faut répéter pour que ça rentre.
Le jeudi après-midi, notre cher ambassadeur d’une des dernières dictatures communistes arrive au conseil régional. François Patriat l’accueille sympathiquement pour papoter. « Je souhaite une bonne santé à votre président », déclare le président de région, mais ça c’est pour la diplomatie. Puis François Patriat avoue : « toute ma famille s’est rendue à Cuba sauf moi », pourtant l’amateur de cigare qu’il est pourrait largement trouver son bonheur sur l’île castriste. Mais il confiera plus tard « je ne vais pas dans les pays où les droits de l’Homme ne sont pas respectés. »
L’ambassadeur, pendant cette entrevue, commence à décrire son pays avec ses plages, son soleil, ses havanes, son économie naissante mais qui ne peut lutter à cause de l’embargo américain. Bref, Rogelio Sanchez Levis est un bon agent de tourisme, à tel point qu’il oublie de parler des prisonniers politiques, et des vingt-cinq journalistes croupissant derrière les barreaux cubain. D’ailleurs quand on aborde ce sujet, il s’énerve très rapidement : « vous ne connaissez pas l’histoire cubaine ». Un point pour l’ancien boxeur, mais on comprend qu’il se tourne vers le passé tant le présent cubain n’est pas brillant. « Vous êtes sûr de vos informations ? Parce que je peux vous dire qu’elles sont fausses. » Mis dans les cordes, l’ambassadeur pratique une théorie déplorable qui ne grandit ni sa personne, ni son pays. Nier l’existence des prisonniers politiques à Cuba peut s’apparenter à une forme de révisionnisme. Pire, cet individu prétend que les journalistes cubains pratiquent leur métier dans de bonnes conditions « à ma connaissance, il n’y a pas de restriction pour les journalistes ». Rogelio Sanchez Levis connaît certainement bien l’histoire de son pays, mais pour ce qui est du présent, ça reste à voir ! Bien sûr, en bon castriste il n’a pas oublié de taper sur les Etats-Unis : « certains journalistes politiques nous agressent tout le temps (c’est là qu’il faut verser sa larme). Ils attaquent notre projet, ils sont au service des USA. Il faut préserver l’unité nationale.» Et hop, c’est parti pour la ritournelle des dictatures : si on n’est pas content du régime, c’est qu’on est contre le pays. Rogelio Sanchez Levis quitte le conseil régional, bien content d’avoir bavardé avec François Patriat. Le soir, l’ambassadeur se rend à la réception de la CGPME. L’accueil que lui réservent les patrons des petites et moyennes entreprises est assez cocasse pour ceux qui aiment la liberté, mais terriblement gênant pour le VRP du pays classé 165 sur 168 pays au niveau de la liberté de la presse, selon Reporters sans frontières. Organisation qui est au passage, pour l’ambassadeur, à la botte des Américains…
Un des chefs d’entreprise lui a énuméré une liste de prisonniers politiques, en lui demandant s’il les connaissait. L’ambassadeur n’a pas su répondre. Puis, un autre membre de la CGPME lui a remis une boîte de Ferrero Rochers, avant de lui remettre, au nom de Reporters sans frontières, une pétition demandant la libération immédiate et sans conditions de nos confrères. Réponse de l’ambassadeur : « vous êtes un agent américain », ça commence à devenir lassant… Le lendemain, le programme s’annonçait calme pour Rogelio Sanchez Levis. Mais Louis de Broissia très sensible à la liberté de la presse, avant d’aborder l’objectif réel de la visite de l’ambassadeur, a évoqué avec insistance la question des prisonniers politiques, ainsi que des journalistes. Devant un sénateur de la République, il est plus difficile de faire le numéro de l’ignorance. La réponse de l’ambassadeur est cette fois plus embarrassée : «vous n’avez pas tort. » Louis de Broissia s’est engagé à lui envoyer la liste des journalistes emprisonnés, si jamais Rogelio Sanchez Levis n’avait pas encore compris. Le président du conseil général justifie son attitude : « j’ai toujours été attaché à la liberté de la presse. C’est une liberté fondamentale. »
Avec toutes ces remontrances, peut-être que Rogelio Sanchez Levis récite le soir dans son lit « article premier : tous les hommes naissent libres et égaux en droit… ». Enfin, on est toujours libres de rêver.



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