Magazine

Cigares à lui

22/02/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 41 | Par Roald Billebault

Réagir Télécharger le numéro

C'est à la Chapelle de Guinchay, en Bourgogne, que Valéry de Guisa fabrique ses produits de luxe.

Valéry de Guisa
Cigares
Cigares

En France on n’a pas que des idées, on a aussi des cigares. Et en Bourgogne, en plus.
Nous sommes à 140 kilomètres au sud de Dijon, à la Chapelle de Guinchay, petit village Saône-et-Loirien d’à peine 3500 âmes situé au cœur du vignoble bourguignon, en bordure de pays beaujolais. Au bout d’un chemin défoncé, derrière des grilles en fer forgé, le château de Loyse, une imposante bâtisse du XVIIe siècle. Tout autour, dans la pure tradition Renaissance française, dix hectares de parc arboré et joliment entretenu. C’est dans ce cadre que Valéry de Guisa, le propriétaire des lieux, a décidé d’implanter la Casa de Francia, unique manufacture de cigares de l’Hexagone, et l’une des trois sociétés que dirige ce quadragénaire aux faux airs de Robert de Niro. Ses origines italiennes y sont peut-être pour quelque chose. Avant de prendre la main – « un peu par hasard » – sur la marque de cigares Edito (fondée en 1999), Valéry de Guisa s’était spécialisé pendant une quinzaine d’années dans un tout autre domaine, le recouvrement de créances et le renseignement commercial. Deux affaires visiblement florissantes qui lui permettent en 2002 de reprendre la marque, exsangue et proche d’une mort annoncée. «L’idée n’était pas de gagner de l’argent à court terme mais de faire vivre le cigare français », assure le dirigeant qui y croit à l’époque dur comme fer. Et puis le cigare est pour Valéry une passion. Il l’entretient depuis de nombreuses années alors qu’il était encore un sportif émérite. « Le jour où j’ai commencé, je n’ai jamais pu arrêter », confie VdG. Les mises en garde qui fusent à ses oreilles n’auront que peu d’effet, il se lance dans l’aventure. Une aventure qu’il reconnaît volontiers aujourd’hui périlleuse : « A l’époque je ne me rendais pas compte, mais c’est vrai que c’était de la folie ». Ecouler du cigare français ne s’avère en effet pas être une mince affaire. Même si la marque a acquis une certaine renommée auprès des amateurs, Valéry de Guisa reconnaît qu’il est ardu de faire accepter le cigare français dans les humidors (voir encadré). Nombre d’aficionados – à tort – ne jurent que par les cigares cubains ou dominicains. Des certitudes que fustige sans détour Valéry : « A croire que les Français n’aiment pas la France. Parfois ils ne veulent même pas y goûter, tout ça parce que le cigare n’est pas une spécialité française ». Passablement irrité, il enfonce le clou, encore une fois sans détour : «Il y a des gens qui parlent des cigares comme des livres, mais il suffit de les écouter un instant pour se rendre compte qu’ils racontent des conneries plus grosses qu’eux. C’est pareil pour le vin ». ça, c’est dit. Et pourtant tout est fait dans les règles de l’art à la manufacture. Pas question de fournir aux amoureux de saveurs un produit bas de gamme. La France est par excellence le pays du luxe, du raffinement, « le cigare à la française doit suivre cette tradition », clame de Guisa. Hormis la culture et la récolte des feuilles de tabac, toutes les opérations sont réalisées dans l’une des dépendances du château, dans un environnement totalement adapté à la production du cigare, à l’instar des Galeras cubaines. Les feuilles de tabac, en provenance des meilleurs terroirs, arrivent conditionnées en ballots d’une cinquantaine de kilos. Après un long séjour en salle de stockage, direction la salle de fabrication, la fameuse Galera. C’est dans ce lieu, imprégné ad vitam des effluves des tabacs cubains, dominicains, honduriens, nicaraguayens et péruviens qui composent les cigares de la gamme Edito, que les mains expertes des rouleurs, les Torcedores, donnent vie aux modules.
L’opération relève de l’orfèvrerie, ici on vise le zéro défaut, à tous les niveaux. « On cherche à obtenir un cigare qui tire bien, esthétiquement joli, rassasiant mais sans être entêtant. L’assemblage des différents tabacs fait la particularité de nos cigares », explique le manufacturier passionné. Ultime étape avant la cave de maturation, où les vitoles séjourneront en moyenne six mois, la pose de la bague siglée Edito. Mais aujourd’hui, depuis le départ du dernier torcedore dominicain, l’activité est au point mort à la manufacture. « Plus aucun cigare ne sera roulé avant que l’immense stock de 90 000 pièces soit partiellement écoulé », explique VdG. Et on peut imaginer que cela risque de prendre un peu de temps. A ce jour, environ 1000 pièces sont vendues chaque mois via une dizaine de civettes de Rhône-Alpes et d’Île-de-France. On est loin des 10 000 ventes qui assureraient à long terme la pérennité de la manufacture. La récente loi sur l’interdiction de fumer dans les lieux publics « n’arrange évidement rien », ronchonne VdG. Pour autant, ce dernier ne sent pas la défaite et n’envisage pas une seconde de jeter l’éponge, bien au contraire. Dans les prochains mois une autre partie des dépendances du château sera agencée pour accueillir jusqu’à 250 personnes à l’occasion notamment de séminaires ou mariages. Ce qui devrait entamer sérieusement les réserves si tant est que les convives se mettent – sans jeu de mot – le cigare au bord des lèvres. Souhaitons en tout cas que les amateurs laissent la chance à un produit, sans conteste remarquable.

 



Revenir en haut de page

Les commentaires pour cet article sont fermés.

Votre nom :
Votre email :
L'email de votre ami :
Votre message (facultatif) :
La fin des haricots ?
En savoir plus [+]
Télécharger le numéro 296 de La Gazette de Côte d'Or au format PDF Archives
Revenir en haut de page