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« La présidentielle est fatiguée »

29/03/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 46 | Par Alexis Billebault

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Le constat du politologue Claude Patriat est limpide : Sarko se droitise, la campagne de Ségolène ne décolle pas et Bayrou pourrait en profiter…

Cinq ans que cela dure… » Pour Nicolas Sarkozy au moins, en campagne officieuse depuis qu’il a remis les pieds dans un gouvernement après la réélection de Jacques Chirac en 2002 (pour finalement le quitter lundi). « L’élection présidentielle est fatiguée. Ce système est fatigué. On demande à un homme ou une femme de régler tous les problèmes de la terre. C’est une responsabilité morale trop lourde à porter. Voilà pourquoi je suis favorable à une élection réduite à un tour. Le candidat qui obtient la majorité absolue est élu. Soit on organise un second tour avec tous les candidats qui ont obtenu au moins 10 % au premier tour… » Claude Patriat, qui espère que cette évolution institutionnelle verra peut-être le jour, a beaucoup observé cette campagne 2007 diversement commentée. La poussée de François Bayrou dans les sondages ? « Cela n’a rien d’extraordinaire. Son discours sur un gouvernement de coalition a séduit des électeurs de gauche et de droite. » Seulement, le candidat de l’UDF, qui dispose d’un socle électoral de 12 %, est trop intelligent pour ignorer que les 12 autres pour cent qui le placent dans la roue de Ségolène Royal et de Nicolas Sarkozy pourraient être tentés de rejoindre leur famille politique au moment de pénétrer dans l’isoloir, le 22 avril prochain. « C’est une possibilité, quand on sait que beaucoup de Français n’ont pas encore fait leur choix. Et il ne faut pas oublier qu’en France, le centre au sens strict du terme n’existe pas vraiment.
On est de centre-droit ou de centre-gauche. Voilà pourquoi je pense que son désir de gouverner avec la droite et le centre n’est pas réalisable dans notre pays avec le système actuel. Mais s’il atteint le second tour, il peut être élu. Surtout face à Sarkozy… »
A la droite de François Bayrou, Sarko est pour Claude Patriat celui qui aujourd’hui semble le « mieux placé pour s’installer à l’Elysée. » Le patron de l’UMP, même s’il inquiète par son caractère agité une partie de l’électorat de droite, n’a pour l’instant pas commis le faux-pas que ses adversaires attendent. « Sa réussite actuelle dans les sondages tient au fait qu’il donne l’impression qu’il veut changer les choses et qu’il n’est pas résigné face à la situation. Je suis également obligé d’ajouter qu’il bénéficie de l’aide réelle des médias. Quand je vois certains présentateurs se comporter avec lui, je suis surpris… » Mais le candidat Sarkozy interpelle Claude Patriat par son attitude et une campagne qui a ces derniers jours opéré un virage très à droite. « Je serais même tenté de dire qu’il s’extrême-droitise… Sarkozy, et ce n’est pas nouveau, va chercher des électeurs chez Le Pen. Je suis d’ailleurs persuadé que près de 30 % des électeurs du FN vont voter pour lui. »
La volonté du champion de l’UMP de créer un ministère de l’Immigration et Identité nationale a séduit une frange de l’extrême-droite sans pour autant faire un tabac auprès de la droite républicaine classique. « Ce qui a choqué ou étonné pas mal de monde, c’est qu’il associe les deux termes. On a ainsi l’impression que l’immigration menace
l’identité nationale… » Et d’une façon plus générale, Sarko ne rassure pas vraiment
l’universitaire dijonnais. « Il est têtu et sa garde rapprochée, c’est la droite dure… J’ai peur qu’il menace la laïcité et encourage un système communautariste… »
Quant à la campagne de Ségolène Royal, Claude Patriat la qualifie « d’hésitante. » «La gauche est nulle et elle pourrait très bien se retrouver hors-jeu au premier tour. Quand Besson dit qu’il ne veut pas d’elle au pouvoir et qu’Allègre ne l’épargne pas, c’est inquiétant. Pourtant, Ségolène Royal dit des choses intéressantes. Elle a fait revenir les Eléphants parce qu’elle ne pouvait pas avoir le PS dans les pattes. Elle tente de rassembler tout en gardant sa liberté de parole. Mais elle devrait cesser de taper sur Bayrou et plutôt chercher à se positionner au centre… » En France, un vieux poncif dit qu’une élection se gagne toujours au centre. Sarko l’aurait-il oublié ? .



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