Politique

A gauche toute

29/03/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 46 | Par Alexis Billebault

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Le candidat de la Ligue communiste révolutionnaire (LCR), en meeting lundi dernier à Dijon, rêve d'une société sans capitalisme. Et fustige une gauche trop molle face à une droite dure…

Besancenot
Besancenot

La Gazette : La campagne a vraiment commencé depuis que vous avez eu vos parrainages…
Olivier Besancenot : Oui, même si j’avais tenu plusieurs réunions publiques avant la date butoir. La direction du parti m’avait dispensé de la chasse aux signatures. Aujourd’hui, je suis soulagé car jusqu’au bout, nous étions dans l’incertitude. Désormais, tous nos militants peuvent s’occuper de la campagne. Cela dit, je pense que ce système des 500 signatures n’est pas adapté. Il faut que l’on arrive à terme à un parrainage des citoyens. Et je ne suis pas le seul à le dire, puisque Brice Hortefeux l’a aussi évoqué.

Pendant la recherche des signatures, vous avez fréquemment accusé le Parti socialiste de vous mettre des bâtons dans les roues…
Et je le confirme ! Des élus ont reçu des lettres ou des appels téléphoniques des présidents des fédérations socialistes où on les invitait à bien réfléchir avant éventuellement de me donner leur signature… Le Parti socialiste joue sur ce sentiment de culpabilité parce qu’il a peur d’être absent au second tour, comme en 2002. Et c’est un mauvais calcul.

Craignez-vous que les électeurs décident majoritairement de voter utile dès le premier tour, pour éviter un scénario comparable à celui de 2002 ?
Mais voter utile, qu’est-ce que cela signifie? Le premier tour est celui qui permet de voter pour les idées auxquelles on croit. Là encore, cette idée du vote utile sera mise en avant par le PS, car il va chercher à culpabiliser les électeurs de gauche.

L’extrême-gauche ne vous semble pas elle-même très divisée, avec tous ses candidats ?
Pas plus qu’en 2002… On a longtemps évoqué l’année dernière la possibilité pour l’extrême-gauche de présenter un seul et unique candidat. Cela ne m’aurait pas déplu. Mais comme vous avez pu le constater, cela ne s’est pas fait. Maintenant, ce n’est plus la peine de pleurnicher sur cet échec. Il reste un peu plus de trois semaines avant le premier tour. Je n’ai pas envie de faire la guerre avec Arlette Laguiller ou José Bové. Chacun doit mener sa campagne. Cela dit, nous partageons de nombreuses idées.

Par contre, Ségolène Royal et plus globalement le Parti socialiste ne trouvent pas grâce à vos yeux…
J’ai lu tout son programme, et je ne suis pas d’accord. Il faut barrer la route à la droite ultra-libérale de Sarkozy, une droite dure et unie. Et que trouvons-nous en face d’elle ? Une gauche molle. Le programme de Ségolène Royal s’inscrit dans la continuité de ce qui a été fait depuis trente ans par les Eléphants du PS. Rien n’avance.

Mais vous appellerez à voter pour elle si elle devait être présente au second tour ?
Je ne sais pas encore. Je donnerai certainement des consignes de votes, mais j’attends de connaître la suite… Moi, ce qui m’intéresse, c’est que Sarkozy ne soit pas élu président de la République. Car cet homme me fait peur. Avec lui au pouvoir, les inégalités sociales ne pourront que s’aggraver. Il a récemment prouvé qui il était en se prononçant pour la création d’un ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale. Plus ça va, plus il épouse les idées du Front national.

Votre priorité, c’est de défendre les plus défavorisés. Cela passe pour vous par plusieurs étapes, et notamment l’interdiction de licencier pour les entreprises bénéficiaires…
Il faut en effet qu’une loi interdisant ces licenciements voie le jour. Il est scandaleux que des entreprises qui réalisent des profits colossaux puissent licencier et délocaliser. Des entreprises qui, je le rappelle, bénéficient également des largesses des pouvoirs publics, qui leur accordent des milliards d’euros d’aides et d’exonérations de charges. Il s’agit de l’argent des contribuables. Donc, ce que nous exigeons, c’est que ces aides publiques qui enrichissent les actionnaires cessent. Et que la comptabilité des entreprises soit vérifiable. Si une entreprise est vraiment en difficulté et qu’elle est obligée de licencier, il faut que cela puisse être prouvé.
Quant aux délocalisations, je ne peux que constater la complicité des pouvoirs publics. Non seulement ils ne les empêchent pas, mais ils les favorisent.

C’est-à-dire ?
Les élus ne sont pas nombreux à se mobiliser pour empêcher les délocalisations. Et surtout, les forces de l’ordre de Nicolas Sarkozy agissent seulement pour repousser les salariés qui veulent empêcher le démontage et le déménagement des machines… Avec les rafles devant les écoles pour les sans-papiers et son ministère de l’Identité nationale et de l’Immigration, ça sent Pétain.

Vous militez toujours pour un SMIC à 1500 € ?
Plus que jamais. Et 1500 € net, je tiens à le préciser. Il ne s’agit que d’un rattrapage. En supprimant les subventions accordées aux grands groupes, on pourrait facilement augmenter les salaires. Pour que les gens puissent vivre et se loger correctement.

Vous luttez contre le capitalisme. Espérez-vous un jour le voir disparaître?
La seule chose dont je sois certain, c’est que le capitalisme à visage humain, cela n’existe pas. Il faut réinventer un autre système, qui ne laisse pas sur le bord de la route des milliards de personnes. Je suis peut-être utopique, mais tant pis. Je me bats pour une société meilleure, plus juste, où il n’y a pas que le profit comme seule et unique règle.

Mais à quel système pensez-vous ? Car le communisme n’a pas été une franche réussite non plus…
Je ne suis pas aussi catégorique. Il faut prendre ce qui a fonctionné et réfléchir à ce qui n’a pas marché.

Vous vous êtes prononcé en faveur de la régularisation des sans-papiers. Mais cette prise de position est contestée par une partie de votre électorat…
C’est exact. Je suis entièrement favorable à ce que l’on régularise les sans-papiers. L’Allemagne, l’Espagne ou l’Italie en ont régularisé plusieurs centaines de milliers et la France 7000. Nous devrions par ailleurs annuler la dette des pays du tiers-monde et cesser de soutenir des dictateurs, notamment en Afrique. On a tendance à faire un amalgame entre immigration et insécurité. Je ne nie pas que les Français souhaitent davantage de sécurité mais il faut arrêter de nous faire croire que la violence ne vient que des cités…

Vous aviez obtenu 4,25 % au premier tour en 2002. Cette fois-ci, les sondages vous placent au dessous de ce score…
Je n’ai pas de seuil de rentabilité à atteindre. La LCR est un petit parti politique, et il est évident que si j’obtiens 5 %, cela sera une bonne nouvelle pour nous. Mais je ne me pose pas ce genre de question. Je vais dans les usines, dans les quartiers, il y a des meetings prévus et je constate qu’il y a à chaque fois plus de personnes qui y assistent. Les salles sont trop petites pour accueillir tout le monde. C’est cela qui est important .



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