La Côte-d’Or aux urnes
26/04/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 50 | Par Alexis Billebault

Pour la première fois depuis longtemps, les sondeurs ne se sont pas fourvoyés. Les instituts prévoyaient depuis l’automne un duo Royal-Sarkozy, et le verdict des urnes leur a donné raison. D’ailleurs, avant même que la bobine des deux finalistes n’apparaisse à 20 heures pétantes sur les écrans de télévision, quelques rumeurs bruissent déjà : Sarko en tête, Ségolène deuxième, Bayrou à 7 ou 8 % du duo de tête et Le Pen en chute libre.
Dans la salle de presse de la préfecture où les fonctionnaires s’agitent pour fournir aux journalistes les résultats enregistrés en Côte-d’Or, le premier réflexe est d’essayer de contacter les huiles politiques locales pour recueillir leurs réactions à chaud. Et bien sûr, l’exercice est délicat. François Sauvadet (UDF) court les studios de radio, François Rebsamen (PS) est attendu sur les plateaux de télévision, François Patriat répond qu’il passera dans la soirée à la préfecture et Louis de Broissia a décidé de convoquer la presse au conseil général, à quelques mètres d’ici. Jean-Philippe Morel (Parti Radical) est immédiatement joignable sur son portable, alors que l’écolo Jean-Patrick Masson demande à ce qu’on le rappelle plus tard en s’excusant. « Nous sommes en pleine galère au bureau de vote Jean-Jaurès I », explique-t-il.
Pendant que le préfet Dominique Bur reçoit autour d’un copieux buffet, tous les journalistes ou presque foncent jusqu’à une salle du conseil général où Louis de Broissia commente les résultats du premier tour. Autour de lui, Bernard Depierre, l’un des premiers à être venus à la préfecture rencontrer les journalistes avec Alain Suguenot, un sarkozyste de la première heure, et le sénateur Henri Revol, facilement reconnaissable à sa carrure de rugbyman. Sans cravate mais avec un pin’s de Sarko accroché sur sa chemise, le boss de l’UMP 21 se félicite du résultat de son champion, s’émerveille du taux de participation en France et en Côte-d’Or, et fusille Laurent Fabius, qui vient de déclarer à la télé que la présence de Nicolas Sarkozy au second tour risquait de provoquer des émeutes. « La gauche n’a-t-elle rien de mieux à proposer que d’en appeler à la rue ? », s’insurge Louis de Broissia.
A la préfecture, François Patriat s’étonne de voir les journalistes lui tomber dessus les uns après les autres. « Je n’ai vu personne pendant une demi-heure, et d’un coup, vous arrivez tous en même temps », s’amuse le président socialiste de la région Bourgogne, qui ignorait la tenue de la conférence de presse de son homologue du département. Refusant de commenter les déclarations de Fabius, l’ancien ministre de Lionel Jospin préfère l’analyse politique. En fin de soirée, alors que la salle de réception se vide, Jean-Patrick Masson, bloqué à la mairie, prend le temps de réfléchir sur l’anémique résultat de Dominique Voynet.
Le communiste Claude Pinon, qui a renoncé à venir la préfecture, essaye de dédramatiser la rouste historique de Marie-George Buffet. Vers 23 heures, alors que le maire socialiste de Semur Michel Neugnot déboule, on apprend que tous les dépouillements ne sont pas achevés dans certains bureaux de vote dijonnais. Quelques journalistes comprennent qu’ils devront patienter avant de vider les lieux. Dans dix jours et avec deux candidats, cela devrait être moins compliqué.
85,67 %
de participation en Côte-d’Or pour ce premier tour. C’est mieux qu’à l’échelle nationale où le taux de
participation est de 83,78 %. Les records de 1965 (84,7 %) et de 1974 (84,23%) ont été frôlés.
Campagne, pas champagne

32,50 %
des Dijonnais inscrits sur les listes électorales ont voté à droite le 22 avril pour Nicolas Sarkozy, c’est un peu plus que la moyenne nationale (31,18%). La ville de François Rebsamen n’aura donc pas totalement soutenu la candidate socialiste pour le premier tour qui recueille dans la capitale des Ducs 28,29 % des suffrages. Au niveau départemental, Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal recueillent respectivement 32,08 % et 24,14 %.
1057
C’est le nombre de voix obtenues en Côte-d’Or par le plus petit des candidats, Gérard Schivardi.
En comparaison, Nicolas Sarkozy en a raflé 94 875.
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« Retourne chez toi »Tous les frontistes, ou sympathisants des thèses lepénistes, s’étaient donné rendez-vous dans un restaurant dijonnais. Ambiance de banquet gaulois, avec en son centre le chef, Pierre Jaboulet-Vercherre. «â€ˆOn est détendus », affirme un frontiste. Mais
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Assez PSimistes« Ce n’est pas la fête du slip ». Constat amer d’un militant socialiste tout de suite après l’annonce des résultats. « Il va falloir que l’on milite encore plus. En plus, nos réservoirs habituels de voix se sont effondrés ». Pourtant Ségolène Royal a fait un bon score, mais chez les socialistes la calculette est déjà de sortie : « de toute façon il y a des gens qui ont choisi Bayrou, mais qui ne voteront jamais Sarko. Les enseignants pas exemple. En plus, après les propos de Le Pen sur Sarko, beaucoup au FN ne voteront pas pour l’UMP ». Une jeune militante réalise, quelques minutes après, l’importance des résultats : « si Bayrou rejoint ses amis de l’UMP on est cuits. » Une ambiance vraiment bizarre règne dans la fédération Jean-Moulin. Un air de défaite annoncée, le jour de ce qui devait être une victoire. |
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Les voix que Rebs amèneOn ne lui demandera pas pour qui il a voté… Dimanche en fin de matinée à l’école des Marmuzots, le maire de Dijon a fait la queue avec ses concitoyens pour remplir son devoir civique. Pour lui et sa fille qui lui avait donné une procuration. |
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Une avoinée pour Dominique« Non, on ne pleure pas ! » Les Verts se sont retrouvés dans l’appartement d’une des militantes. La bonne humeur est au programme. Les personnes rient et s’amusent. Non, Dominique Voynet n’est pas au second tour mais qu’importe pour les écolos : « j’ai l’impression qu’avec cette campagne les gens ont compris l’intérêt d’une politique écologiste. Ce n’est pas ce soir que l’on pourra changer les choses. Mais dans quelques années, les personnes ne pourront plus se voiler la face derrière des partis labélisés écolos par Nicolas Hulot. » Les Verts désignent les responsables de cet échec : « le vote utile du PS nous a fait beaucoup de mal. J’ai parfois l’impression qu’ils oublient que l’on est partenaires et non adversaires. Ensuite, il y a Hulot qui voulait faire croire que l’écologie est apolitique », observe un supporter de Dominique Voynet. Mais cette défaite a un petit air de victoire : « Nihous voulait être devant nous, et finalement on l’a battu. C’est toujours beau de voir les écolos devant les chasseurs ». |
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Buffet froid au PCAu siège du PC, place Abbé Chanlon, en bordure des grands ensembles de Chenôve, l’ambiance est plus que morose. La poignée de militants qui a fait le déplacement ne cache pas leur amertume : « On s’est pris une gamelle, faut pas se le cacher » lance un militant dans l’escalier qui mène au sous-sol. Là, sous la lumière blafarde des néons, les mines paraissent encore plus déconfites, le regard hagard, voire ailleurs comme si le petit 2% de Marie-Georges Buffet n’était qu’un mauvais rêve. |
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L’UDF tape le 18A l’UDF, les lendemains ne chantent pas encore mais les militants sont fiers du score de leur leader. Après les espoirs qu’avaient fait naître la montée en flèche de Bayrou, la déception se lit sur tous les visages de la poignée de militants présents rue de Montigny. Et on ne se fait guère d’illusion sur l’issue du second tour : victoire de Sarkozy. Mais pas question pour autant de se rallier comme un seul homme derrière la bannière bleutée de l’UMP. « Nous, lâche François Deseille, N°2 de l’UDF en Côte-d’Or, on ne veut plus être le larbin de l’UMP. L’UDF libre représente plus de 18 % alors que l’UDF supplétif de l’UMP ne fait que 6 % ». Même si Bayrou n’a pas réussi son pari d’être présent au second tour, les militants pensent déjà à l’après-présidentielle : « L’avenir est au centrisme, conclut François Deseille, notamment via les législatives ; on ne peut pas laisser ces 18 % dans le vide ». Depuis François Bayrou a annoncé qu’il ne donnerait pas de consigne de vote. Tout en précisant qu’il était prêt tant Ségolène Royal que Nicolas Sarkozy. Le chef de l’UDF en a également profité pour annoncer la création prochaine d’un parti «â€ˆdémocrate ». |
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