Le Sarko chaud
26/04/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 50 | Par Alexis Billebault

Des CRS presque aussi nombreux que pour un match du Paris SG. Quand Sarko se déplace, cela se voit. On ne sait pas si les cognes étaient là pour dissuader d’éventuels pourrisseurs d’ambiance à la solde de l’extrême-gauche ou pour éviter qu’un voyou vienne piquer la guitare d’Enrico Macias, mais le dispositif avait de quoi impressionner.
Dans le hall du parc des Expositions, où des milliers de personnes s’étaient entassées, la tribune des officiels rassemblait tout le gratin politique local de droite. Dont l’ancien maire Robert Poujade, excessivement discret depuis son retrait de la vie politique il y a six ans. Mais surtout, Nicolas Sarkozy, pour son premier meeting d’avant deuxième tour, a déboulé à Dijon avec quelques poids lourds : Jean-Louis Borloo, possible postulant à Matignon et confortablement avachi au premier rang, Gilles de Robien, le meilleur ennemi de François Bayrou, Patrick Devedjian, Dominique Perben, Michel Barnier, Rachida Dati et surtout Eric Besson, « l’homme de gauche qui va voter pour un homme de droite. » Sans oublier, une demi-douzaine de parlementaires UDF déjà ralliés – il s’agit aussi de garder son boulot après les législatives – et donc, Enrico Macias et sa guitare, venus tous les deux pour une ode à Sarko.
La tête de série du premier tour que tous les sondages expédient à l’Elysée dans dix jours, sur fond de nouveau décor, a déclamé une nouvelle fois son projet pour la France. Baptisé «â€ˆun nouveau rêve français. »
Parfaitement conscient qu’une présidentielle se gagne au centre, le champion de l’UMP a donc tenté de ratisser large. Tout en prévenant d’entrée qu’il ne se laisserait aller « à aucune ouverture politicienne qui chercherait à rassembler à travers les débauchages et les marchandages, qui appartiennent à la IVe République », Sarko a juré qu’il « ne scellerait pas d’alliance au détriment de (ses) convictions. » Dans le paysage politique hexagonal, cela serait une grande première.
A Dijon, l’ancien premier flic de France n’a pas tout de suite mis la balle au centre. Il en a profité pour taper sur la gauche – Eric Besson a parfois dû se sentir mal à l’aise – mais comme la gauche ne se prive pas non plus pour le cabosser, l’exercice a relevé de la plus pure tradition politicienne. « Je veux être le président de tous les Français (…) Nous n’allons pas élire le président de la France de droite ou de la France de gauche, nous allons élire le président de la République, et la République est à tout le monde. » Mais il a une nouvelle fois cité Jaurès, dont il s’est réclamé être l’héritier, n’en déplaise à François Hollande. « C’est bien la première fois que je vois François Hollande défendre un héritage », a ironisé Sarko.
Et puis, avec lui au pouvoir, les voyous, les délinquants multirécidivistes, les caïds, les fraudeurs professionnels, les trafiquants et autres patrons racailles (Forgeard, le vampire d’EADS, a les oreilles qui sifflent encore) risquent de déchanter. Il l’a réaffirmé à de nombreuses reprises. Pas besoin de s’appeler Sarkozy ou d’être de droite pour être d’accord sur ces thèmes : être républicain suffit. Le candidat de l’UMP, en débutant quarante-six de ses phrases par «â€ˆPourquoi tant de haine ? » (ndlr : à son égard) veut plus que jamais contrôler l’immigration, «â€ˆje dis tout haut ce que tout le monde pense tout bas », restaurer « l’excellence à l’école » et « la valeur du travail », rendre les juges «â€ˆresponsables de leurs actes. »
Bref, Sarko était en forme. Gonflé à bloc par des sondages qui le donnent déjà vainqueur.
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