Affaire classée
24/05/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 54 | Par Dolorès Charles
Nous sommes le 22 février 1993, Hafed Bouzaïdi joue aux fléchettes dans le tout nouveau bar dijonnais, Le Mosquito. A 17 ans, et comme tous les jeunes de son âge, Hafed s’amuse ce soir-là. Soudain, c’est le drame, il reçoit une balle en pleine tête. Le coup de feu vient de la rue Dietsch. Hafed s’écroule, il est grièvement blessé. Plongé dans le coma, il est transporté à l’hôpital général. Sur place, des témoins oculaires ont vu un homme tiré en direction de la vitrine, et une voiture, une 205 noire. Quelques minutes après, ce sont deux autres coups de feu qui sont tirés sur le foyer des travailleurs immigrés, rue Louis-Viardot. Les témoins repèrent ici une Panda de même couleur. Les deux affaires sont-elles liées ? Le motif serait-il d’ordre raciste ? A cette époque, on assiste à une résurgence de mouvements skinhead et néonazis. L’enquête s’annonce difficile, et l’émotion est vive dans la ville qui vient d’apprendre la mort d’Hafed, qui a succombé à sa blessure.
Sur les lieux de la fusillade, l’étui de la cartouche a été retrouvé. Des études balistiques sont engagées, mais elles ne donneront rien de probant. De leur côté, les policiers de la sûreté urbaine enquêtent dans l’environnement du garçon d’origine marocaine. Sans résultat. Les propriétaires du bar sont à leur tour interrogés, dans l’éventualité d’une affaire de racket et de règlement de compte. Là encore, c’est une fausse piste. Les mois passent, et malgré les importants moyens mis en œuvre, l’enquête piétine.
C’est six ans plus tard qu’elle connaîtra un rebondissement. A Reims, un individu interpellé après un vol à main armée, et surnommé Le Niçois, dit détenir des informations sur l’affaire du Mosquito. Il « videra son sac » en février 1999 : l’auteur de la fusillade mortelle de Dijon serait un certain Marc J. Le tuyau est bon. Après recoupement des informations, l’homme sera interpellé à Sarrebourg en janvier 2000.
Crâne rasé, Marc J. est bien issu du milieu skinhead. Militaire de carrière, il ne paraît pas surpris lors de l’arrivée des policiers chez lui en Moselle, et se mettra assez rapidement à table. Alcoolisé, il dit avoir voulu tirer sur l’enseigne lumineuse pour se venger d’une agression, dont il aurait été victime quelques jours auparavant, non loin du Mosquito. Une thèse réfutée par la famille Bouzaïdi. De retour sur Dijon, Marc J. craque et dévoile le nom de son complice : Stéphane M. C’est lui qui était au volant de la Panda noire. Les deux protagonistes de l’affaire désormais interpellés, ils offrent une autre version aux enquêteurs : l’ancien skinhead persiste, il voulait tirer sur l’enseigne et non sur la vitrine, mais parce que cette fois c’était « tous des cons. »
Violence aggravée ayant entraînée la mort sans intention de la donner, homicide volontaire ou involontaire ? La qualification de l’acte sera l’objet de vives discussions. Le juge d’instruction retiendra l’homicide involontaire. Fin 2002, à la cour d’Assises de Côte-d’Or, Marc J. sera condamné à huit ans de prison, son complice écopera de trois ans avec sursis. Le verdict, qui survient donc dix ans après les faits, soulagera, en partie, la famille et les amis de la victime, ainsi que les propriétaires du bar, vivement ébranlés par ce drame.
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