Une peinture libératrice
31/05/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 55 | Par D.R.

Sylvain Loisant aime explorer les techniques de l’art afin de laisser s’exprimer les sentiments qui émanent du pinceau. La peinture est pour lui une démarche qui aide à percevoir et comprendre le sens de la vie. « Il est très important de maîtriser la technique de son art. C’est ce qui permettra ensuite de pouvoir exprimer véritablement ce que l’on veut exprimer. » Sa réflexion rappelle incontestablement la pensée de Kant, pour qui acquérir le savoir-faire et l’habileté technique est indispensable pour ensuite peut-être
donner une âme au tableau. Afin que celui-ci transmette alors des émotions, touche le spectateur. « Peindre sans technique, c’est un peu faire semblant. Ce que je recherche à travers cette volonté, c’est donner un peu de liberté à ceux qui regardent mes œuvres ».
Des couleurs froides aux couleurs chaudes, de la douceur à l’explosif, du
réalisme à l’abstrait, le voyage prend des allures surréalistes. Mais au delà du surréalisme de Dali ou Magritte qui explorent l’inconscient sans forcément lui donner un sens, Sylvain Loisant, lui, préfère chercher l’équilibre. « Je cherche à comprendre d’où viennent les perceptions que l’on a du monde, non plus pour me satisfaire de ses représentations mais pour saisir la réalité. Mes peintures deviennent le témoignage de cette démarche. »
Philosophe dans l’âme, ce peintre raconte son cheminement depuis quelques décennies. « J’ai commencé à peindre à l’âge de 10 ans. J’ai retrouvé depuis peu mon premier tableau. C’était une copie d’une œuvre de Renoir. Dans le courant de ma vie, j’ai dû changer trois fois de style… Forcément, on évolue avec le temps. En cela j’admire Picasso, qui ne s’est jamais préoccupé du mouvement dans lequel il allait s’inscrire mais qui est allé là où il voulait parvenir. Rester enfermé alors que l’on sent autre chose, c’est devenir un faux artiste.» Mais à quoi peut donc bien ressembler un faux artiste ? Il s’agit, comme on peut le lire dans son livret, d’un « décorateur de barreaux ». Faut-il comprendre que la vie est une prison ? « Nous sommes toujours comme des prisonniers. Quand nous élisons le nouveau président de la République, nous choisissons en fait le nouveau directeur de la prison. Etre artiste permet de sortir de ce système pour en découvrir une nouvelle réalité et surtout une certaine liberté. »
Cette liberté, il la partage avec ses créations qui ne s’inscrivent véritablement dans aucun mouvement artistique. Le réel se fond dans un abstrait vif en couleurs, le décor se plante au milieu de nulle part et semble être absorbé par le voyage du peintre qui explore sa conscience. « Pendant longtemps, j’étais dans la représentation de la réalité. Mais j’ai connu une certaine lassitude face au réalisme. Je me suis tourné ensuite vers une peinture plus poétique. Originaire de Vittel, les rondeurs des monuments de la ville m’ont inspiré. Aujourd’hui, je m’inscris dans un mouvement que nous avons appelé avec mes collègues le “Vitalisme artistique”. Entre le concret et l’irréel. » Il ne s’agit pas de provoquer, de choquer. « Nous ne voulons pas blesser les choses, c’est trop facile de heurter. »
Ses œuvres sont aussi celles d’un peintre écologiste. « Je pense que la nature et la peinture représentent avant tout l’aventure de l’équilibre. On peut prendre l’image d’une toile d’araignée, quand on coupe un des fils de la toile, elle perd son équilibre. Peindre, c’est d’abord avoir une attitude de contemplation, et en même temps, à travers une certaine pratique, on comprend par nos gestes quand on la blesse. Tout est une question de sensibilité et d’équilibre ».
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