L’ombre de Peyrefitte
26/06/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 59 | Par D.R.

Plusieurs émissions en font déjà les frais pour le « bien du téléspectateur », à savoir leur disparition de la grille des programmes. Parmi elles, Arrêt sur images présentée par Daniel Schneidermann. La version officielle est simple, comme le raconte Philippe Vilamitjana, directeur des programmes de France 5 au cours du forum téléspectateurs de Dijon. « En douze ans, rien n’a évolué. Cette émission est liée à la forte personnalité de son présentateur, Daniel Schneidermann. Nous lui avons dit régulièrement : “Tu sais, le monde des médias évolue. On pourrait peut-être aller décrypter autre chose”. Daniel n’a pas voulu le faire. Il est resté sur sa ligne. »
Pourtant, Daniel Schneidermann a confié à La Gazette une version quelque peu différente. En effet, selon le journaliste, le changement n’était pas en cause. Il l’aurait même sollicité plusieurs fois à la chaine. Mais pas de réponse. « On a toujours demandé à France 5 des transformations dans cette émission. Même une nouveauté dans le décor nous a été refusée. »
Peu importe qui dit la vérité. Arrêt sur images existait depuis douze ans, et cette émission était populaire. Même si cette année l’audience était moins bonne que d’habitude, le public restait fidèle à ce rendez-vous. Mais quand Philippe Vilamitjana affirme que le téléspectateur a besoin de changement, et qu’une émission, comme son présentateur, ne sont pas éternels à l’antenne, on peut alors s’interroger sur le maintien des Chiffres et des lettres (émission lancée le 4 janvier 1972), Le jour du Seigneur (9 octobre 1949), Questions pour un champion (7 novembre 1988), Thalassa (27 septembre 1975)… Voilà des émissions neuves qui savent se renouveler.
Pour Daniel Schneidermann, l’excuse invoquée par le directeur des programmes de sa chaîne ne tient pas la route. « La vérité est que l’on a égratigné France télévisions en avril et mai de l’an passé, en s’interrogeant sur la véracité des lancements de Béatrice Schönberg pendant les manifs anti-CPE. Cette dernière a minimisée à chaque fois leur importance » (Ndlr : Béatrice Schönberg est mariée à Jean-Louis Borloo, à l’époque ministre dans le gouvernement de Dominique de Villepin). Arlette Chabot, directrice de l’information de France 2, aurait eu une copie de l’enregistrement de l’émission avant sa diffusion, et aurait demandé sa déprogrammation. Heureusement, elle n’y est pas arrivée.
Mais Daniel Schneidermann n’est pas le seul à subir des pressions au sein de la rédaction de France Télévisions. Ainsi, le Syndicat national des journalistes (SNJ) avait envoyé à Patrick de Carolis une série de questions comme : « La couverture de l’élection présidentielle a donné lieu à de nombreuses critiques. La crédibilité de notre rédaction est fortement en baisse. La direction du service public en est-elle satisfaite ? » Ou encore : « Que dire à celles et ceux qui ont vu la directrice de l’information (Arlette Chabot) embrasser publiquement et fraternellement le porte-parole du gouvernement, puis le candidat élu depuis président de la République ? »
Le 31 mai, le SNJ envoie de nouveau le même questionnaire… Toujours pas de réponse. Maryse Richard – déléguée de ce syndicat sur France 2 –, interrogée par Témoignage chrétien, avance cette explication : « Le problème vient de la hiérarchie. Elle vit dans sa bulle ».
Qu’il est loin le temps où l’Elysée, par l’intermédiaire de son ministre de l’Information Alain Peyrefitte, appelait les responsables des rédactions. Aujourd’hui, à l’instar d’Arlette Chabot, ils se débrouillent sans avoir besoin d’un coup de fil. L’autocensure de connivence confond vite information et communication. Mais que l’on se rassure, c’est pour le bien du téléspectateur.
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