Focus

La Romanée-Conti du cinéma français

05/07/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 60 | Par Dolorès Charles

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Le réalisateur français Claude Lelouch est venu présenter aux Beaunois son dernier long-métrage, Roman de gare, tourné en partie dans la région avec des figurants du cru.

Claude Lelouch

La Gazette : Vous avez volontairement tourné incognito ce film, pourquoi ce choix ?
Claude Lelouch, réalisateur : Pour plusieurs raisons. D’abord pour protéger l’histoire et puis pour me protéger. J’avais envie, après cinquante ans de cinéma, de faire un film en toute liberté, sans aucune contrainte, sans que l’on vienne me poser des questions pendant le tournage et d’être obligé de parler du pitch à droite à gauche, etc. Cela nous a permis, aux comédiens et à moi-même, de nous concentrer à 100 % sur le scénario.

Avez-vous réussi à conserver cet anonymat (Claude Lelouch se cachait derrière le pseudonyme d’Hervé Picard, Ndlr) jusqu’à Cannes (*) ?
Nous avons révélé la vérité avant le festival de Cannes, car je ne voulais pas non plus que le jour où les gens allaient payer leur place, on leur vole leur argent. Je ne voulais pas qu’il y ait tricherie sur la marchandise. Nous avons été obligés de dire la vérité, mais c’est vrai que c’était très amusant. Il y avait quand même une centaine de personnes (acteurs, techniciens) dans le secret, et puis c’est quelque part aussi l’histoire du film !

Les critiques avaient été blessantes après l’échec de votre film Les Parisiens en 2004. C’était aussi une façon de vous protéger par rapport à ça ?
Oui, on est toujours victimes des a priori. On connaît tous des traversées du désert. C’est la vie qui est faite comme ça, de hauts et de bas. Quand les choses vont mal, c’est à ce moment-là qu’on réfléchit un peu plus, qu’on se pose des questions, et de ces questions naissent les vraies réponses. J’ai passé ma vie à connaître des succès et des échecs. On se nourrit autant des échecs que des succès. Je dirais même qu’on se nourrit peut-être plus des échecs, car la contrainte sollicite l’imagination. Quand on est acculé, en danger, quand on sent que c’est peut-être la dernière fois que l’on réalise un film, on prend des risques. Et là, je crois qu’on a bien fait de les prendre parce que le public sort emballé. La critique aussi. Finalement, je me dis que j’ai bien fait de faire ce film dans ces conditions.

Roman de gare, c’est encore une histoire de rencontres ?
Il y a longtemps que je voulais tourner un film sur les apparences. On vit dans un monde où tout est surévalué. On essaie tous de se vendre aux autres, de faire croire aux gens qu’on est plus beau et plus intelligent qu’on est, etc. A un moment donné du film, le spectateur a un certain nombre d’informations à partir desquelles il va lui-même fabriquer sa propre opinion. J’ai joué sur les apparences, les faux-semblants, le mensonge et la manipulation, mais tout ça enrobé dans la comédie et le romantisme. Ce mélange amène le spectateur à devenir acteur. Vous êtes dans l’écran, et vivez l’histoire avec les personnages principaux.

Ce film a, en partie, été tourné à Beaune. Vous êtes attaché à cette région ?
J’aime le vin et cette région, c’est pendant les Rencontres cinématographiques (Ndlr : elles sont organisées aujourd’hui à Dijon) que je me suis dit qu’« un jour, ce serait formidable de filmer cette région… » Et effectivement, la Bourgogne est un personnage important du film.

Vous êtes considéré ici comme la Romanée-Conti du cinéma français, la comparaison est appréciable !
Ecoutez, je préfère être la Romanée-Conti qu’un petit vin… Encore que… (rires). Après cinquante ans de cinéma, je me suis bien amusé, et si j’ai réussi à amuser les gens aussi, le compte est bon.

Vous appréciez tellement Beaune que vous comptez dans les prochains mois y ouvrir une école de cinéma…
Je vais ouvrir une école de cinéma ici, si tout va bien, dans un an et demi. Elle sera consacrée aux futurs metteurs en scène et comédiens. Je mélangerai les deux écoles, nous prendrons une centaine d’élèves par an. C’est un fantasme que j’ai depuis longtemps. Moi-même, je suis un autodidacte, j’ai appris mon métier en le faisant, et je pense qu’à mon époque, si j’avais eu une école comme ça, j’aurais posé ma candidature et ainsi gagné du temps.

Vous espérez, on peut l’imaginer, découvrir des futurs Lelouch dans cette école ?
L’intérêt de toutes les écoles est de trouver de nouveaux talents. Il est évident que l’avenir appartient à ceux qui ne sont pas encore nés. Cette école, d’un genre très différent, s’adressera directement aux problèmes du cinéma, sans passer par les matières qui ne le servent pas.



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