Un coup Depierre
12/07/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 61 | Par Jérémie Demay

« Rendez-moi vos enregistrements ! » Quand on évoque certaines affaires peu glorieuses avec Bernard Depierre, député de la 1ere circonscription de Côte-d’Or, rapidement, il devient chafouin. Et envisage même porter plainte contre le journaliste que je suis venu à sa permanence lui donner la parole pour qu’il puisse livrer sa version des faits concernant des dépôts de plaintes pour violence portés contre sa personne. Est-ce un énième coup de sang du parlementaire, ou un simple mauvais alignement des planètes ? Difficile à dire.
La première histoire se déroule sur le parking du château de Chambord, fin octobre 2006. Une famille part à deux voitures pour visiter l’un des plus majestueux châteaux de la Loire. La première équipée trouve une place assez rapidement. Ses occupants en trouvent alors une libre et préviennent la deuxième voiture. Ces derniers se garent. Mais voilà, Bernard Depierre voulait cette place, et il le fait savoir. D’abord à Janine T., la maman. Le parlementaire lui aurait adressé une gifle. Le gendre voyant belle-maman dans cette situation intervient. L’élu aurait aussi tenté de le frapper, sans réussite. Vanessa T., la fille, d’après son témoignage dans le PV, aurait vu son compagnon (donc le gendre) arrêter des coups. Ne comprenant pas, elle va voir ce qu’il se passe.
Autour de la scène cocasse, des touristes s’aperçoivent de la présence de la cocarde tricolore du député, et d’après le témoignage recueilli dans le PV de Janine, lui demandent de partir. Mais un Depierre énervé n’est pas facile à calmer. Voyant Vanessa venir vers lui, il l’aurait envoyée par terre. Pour la finir, le député, juste avant de s’excuser et de partir, aurait adressé un coup de portière à la jeune femme souhaitant se relever… La grande classe.
Résultat des courses, ou des coups, Vanessa ressent de vives douleurs aux cervicales. Un médecin lui délivre, après avoir vu ses radios et le diagnostic du radiologue, une ITT de 5 semaines avec obligation de porter une minerve pour remettre le tout en place. Selon Bernard Depierre, « ce sont eux qui m’ont agressé. Ils me sont tombés dessus ». Et pour l’arrêt de travail de cinq semaines, l’élu a sa version : « il suffit d’aller voir le médecin pour qu’il vous délivre un certificat ». Les médecins apprécieront… Ensuite, il avoue fièrement que « cette affaire est classée ». Pourtant, le parquet de Blois rétorque que le dossier est encore en cours d’instruction. Le parlementaire a même été entendu par les gendarmes côte-d’oriens, toujours selon la même source.
Autre dépôt de plainte porté contre Bernard Depierre : violence contre Jeremy L., un militant socialiste. Ce dernier, le soir du 1er mai trouve distrayant d’arracher des affiches de Nicolas Sarkozy fraîchement collées. Arrive notre député, toujours à bord de sa voiture, qui aperçoit l’étudiant en histoire grecque arracher la propagande électorale. Il s’arrête, et comme il l’explique lui-même, « il avait déjà décollé des affiches place de la République, on l’a suivi. Il a continué place Saint-Bernard. On l’a renvoyé chez lui assez rapidement. » Avant de continuer : « il a bien fait de rentrer chez lui, car sinon il y avait d’autres équipes de colleurs qui l’auraient probablement dérangé. » En attendant, le PV de la plainte de l’étudiant précise que le député aurait menacé Jeremy de lui « casser la gueule », en vociférant qu’il « allait revenir avec une vingtaine de personnes ».
Qui dit vrai dans ces histoires ? La justice décidera. Toutefois, Bernard Depierre est l’ancien adjoint aux sports de la mairie de Dijon. Poste censé promouvoir le respect sous toutes ses formes. Faire pression sur un journaliste à coup de dépôt de plainte est loin d’être fair-play.
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