Dijon-Nevers, une ligne en bout de piste
29/08/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 63 | Par Jérémie Demay

Afin de lutter contre ce problème, la Chambre de commerce et d’industrie de Nevers a lancé en 2005 une ligne aérienne reliant la capitale nivernaise à Dijon en maximum 31 minutes. Si le projet de la CCI de Nevers semble louable, il subsiste cependant quelques petits problèmes… Ainsi, l’an passé, cette ligne a enregistré un déficit de 150 000 euros hors taxe. Il faut préciser qu’ Air’mana, la compagnie qui exploite la ligne, loue son appareil à la CCI 2 600 euros la journée. L’avion peut contenir au maximum 9 passagers. Chacun de ces voyageurs paie 100 euros le billet. Il n’est pas nécessaire d’être doué en maths pour s’apercevoir que même pleine, la ligne est d’emblée déficitaire.
« A Nevers, on a l’impression de ne pas faire partie de la Bourgogne »
La différence entre les 2 600 euros de location et les 900 euros (au mieux) que rapporte la vente des billets est prise en charge à parts égales, à hauteur de 30 000 euros, entre la région, la CCI de le Nevers, celle de Dijon, le conseil général de la Nièvre, et l’agglomération de Nevers au grand damn de son sénateur maire, Didier Boulaud : « Bien sûr que cette ligne est intéressante pour nous, mais dans un souci de solidarité bourguignonne, on aimerait bien que le Grand-Dijon et le conseil général de Côte-d’Or jouent le jeu de la réciprocité », déplore l’élu nivernais. « En 1982, quand a commencé la décentralisation, les compétences sont passées de Paris aux capitales régionales. Maintenant, il faut que les régions aient le même élan de décentralisation que l’Etat. Les régions doivent déléguer aux départements quelques compétences. A Nevers, on a parfois l’impression de ne pas réellement faire partie de la Bourgogne », déclare-t-il.
Autre problème soulevé par cette liaison aérienne : son taux de remplissage. Le site de la CCI de Nevers annonce fièrement un taux de 75% dans le sens Nevers- Dijon. Or, d’après un document de travail du conseil régional datant du 15 mai 2007, on apprend qu’il n’est que de 66% dans ce sens pour tomber à 33% pour le trajet Dijon-Nevers. Sans faire chauffer la calculatrice, on obtient une moyenne de 4,6 passagers par vol. La note du conseil régional conclut sobrement : « Tout en gardant un prix de vente attractif, la ligne reste déficitaire ». La même note décrit la nature des passagers. On découvre qu’en moyenne 3,3 entrepreneurs empruntent cette ligne. Il apparaît difficile de dynamiser un territoire avec à peine 4 chefs d’entreprises. Dans le même temps, un trajet similaire en train draine plus de 1 600 passagers par jour, selon le comité de ligne du conseil régional du 2 septembre 2006. Quel est l’intérêt de transporter si peu de personnes avec de l’argent public ?
Pour se rendre à Nevers depuis Dijon, le train met 2 h 27. Certes, c’ est plus long que les 31 minutes annoncées avec l’avion. Toutefois, le train part du centre ville de Dijon pour arriver à celui de Nevers. Alors que les aéroports sont en périphérie de ville. La Gazette a donc pris une voiture et déclenché son chronomètre en effectuant le trajet en condition réelle. En partant de la gare de Dijon pour se rendre à l’aéroport Dijon-Bourgogne, on met 15 minutes. Arrivé sur place, le temps d’embarquement est de 15 minutes (source aéroport). Le temps de vol est de trente minutes. L’avion se pose à Fourchambault. Les passagers mettent en moyenne une dizaine de minutes pour embarquer dans une navette mise à disposition gratuitement par la CCI. De Fourchambault au parking de la gare, le temps de trajet est aussi de 20 minutes. Le temps total du voyage est de 1 h 30. Pour 100 euros l’aller/retour.
« Il faut diminuer le nombre de haltes, c’est du bon sens »
Avec les TER financés par la Région, le trajet dure 2 h 27, mais pour 53,80 euros. Comme l’explique Jean-Claude Lebrun, le monsieur train de la Région : « Nous travaillons actuellement sur l’amélioration du temps de trajet. Nous visons la liaison en 2 h 05. » La Région investit d’ailleurs beaucoup plus dans les TER que dans l’avion : près de 40 millions d’euros. Toutefois, Didier Boulaud a une solution peu coûteuse et qui peut être rapidement mise en place pour limiter le temps de trajet en train entre Nevers et Dijon : mettre une navette aller-retour quotidienne directe. Car si le train met du temps pour rallier les deux villes, c’est qu’il s’arrête dans près de 10 gares : « Il faut diminuer le nombre de haltes, c’est du bon sens ».
Enfin, le dernier souci posé par la liaison aérienne Dijon-Nevers est de trouver des compagnies qui souhaitent l’exploiter. La première compagnie choisie par la CCI de Nevers s’appelait Flowair aviation. Cette entreprise inscrite au tribunal de commerce de Lyon a été créée le 14 avril 2005, quelques mois avant la fin de l’appel d’offres émis par la CCI de Nevers. Dans ce document, on trouve d’ailleurs une étude de marché quelque peu légère. Ainsi, la CCI a réalisé un sondage, dont voici le résultat : « 20% des entreprises et institutions de Nevers […] déclarent avoir des déplacements réguliers ou occasionnels à Dijon », niveau précision de la question on a vu mieux. Plus loin, on peut lire : « les déplacements à Dijon sont considérés par les voyageurs comme longs et contraignants ». Conclusion de la CCI : « Alternative à la voiture et au train, solution rapide et confortable, la liaison aérienne entre Nevers et Dijon répond aux attentes des voyageurs et comble les lacunes de ses concurrents ». Ensuite, on apprend que 84% des directeurs d’entreprises et institutions de Nevers « se déclarent prêts à utiliser l’avion en cas d’incidence limitée sur leurs budgets de transports ». Dans cette étude, on regrette qu’il n’y ait pas eu d’ investigations plus poussées du genre « Préféreriez-vous aller à Dijon en avion ou en trottinette ? »… Mais, Flowair aviation a jeté l’éponge pour cette ligne du fait de la difficulté à se poser sur la piste de Fourchambault quand le temps est au brouillard. Depuis, c’est Air’mana qui assure la liaison. Mais un nouvel appel d’offres vient d’être émis par la CCI de Nevers. Le territoire bourguignon est contrasté et est soumis à diverses influences. Ainsi, la Côte-d’Or est plus attirée par le bassin économique Suisse, la Saône-et-Loire regarde vers Lyon, l’Yonne est considérée comme la grande banlieue sud de Paris, et la Nièvre lorgne en direction du Centre et du Berry. Se pose alors le problème de développer le territoire en tenant compte des dispositions propres à chacun de ces départements, tout en gardant une cohésion globale. Toutefois, le Morvan gêne encore le développement des réseaux de communication de la Bourgogne, mais comme le précise Didier Martin, le directeur de l’Office régional de tourisme : « Il n’est pas impossible que le Morvan devienne tendance. C’est le cœur de notre région. Il faut gagner avec nos atouts au lieu de les contourner ». C’est tout le défi d’une région riche de ses diversités.
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