L’enfer, c’est les autres
13/09/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 65 | Par Jérémie Demay

Partager à plusieurs le même appartement présente, à priori, beaucoup d’avantages. Le loyer est moins cher, les frais de nourriture et les factures sont mutualisés et le logement est généralement spacieux. Les inconvénients ? Chacun peut faire la razzia dans le frigo, le ballon d’eau chaude n’est pas sans fond et les moments d’intimité doivent se calculer. « J’ai habité deux ans en colocation avec deux potes », raconte Eric, étudiant en Staps. « Les premiers temps, c’est forcément génial. Tout le monde s’entend le mieux du monde. Mais très vite, les habitudes de chacun deviennent insupportables. Un de mes colocs prenait un torchon pour essuyer les couverts et un autre pour la vaisselle. Cela n’a l’air de rien. Mais à la longue, ça gonfle. On s’est pris la tête. Résultat: plus personne n’a retouché la vaisselle. Ce qui, là aussi, devient énervant… ».
Cependant, il n’est pas nécessaire de bien connaître ses colocataires. Cela peut même être un plus dans la réussite d’une bonne cohabitation. « J’avais emménagé avec une fille, Laura, que je connaissais assez peu. On s’était croisées quelques fois, mais je n’avais jamais passé plus de dix minutes seule avec elle », explique Isabelle. Une amie de Laura et d’Isabelle les décide à habiter un appartement toutes les trois. « Au final, j’ai découvert une fille extraordinaire. La colocation est terminée, mais c’était vraiment des moments de bonheur ».
La colocation permet d’apprendre à se connaître à travers notre tolérance vis-à-vis des autres. Le cap le plus ardu est d’assimiler le fait qu’on est à la fois comme chez les autres, habitants de l’appartement. Mais si la colocation est un vecteur très fort de socialisation, ce mode de logement réjouit les agents immobiliers.
Les centres-villes, de Dijon comme de Beaune, sont truffés de grands appartements. Toutefois, avec les prix de l’immobilier, les familles préfèrent s’expatrier loin des centres où les loyers sont plus raisonnables. Or, la colocation permet de contourner ce handicap. Sur le principe, étudiants et agences immobilières sont sur la même longueur d’onde. Encore faut-il réussir à convaincre le propriétaire. « On s’est aperçu que les appartements loués en colocation nous ont causé peu de problèmes. Les loyers sont payés dans les temps, et pour l’état des lieux, on rencontre peu de casse ou de dégradation », constate Catherine Vandriesse, directrice des agences Cogim à Dijon. En effet, la caution pour une colocation est solidaire. En d’autres termes, chacun est garant du comportement de l’autre. Si l’un ne paie pas son loyer, ce sont les autres qui assument… Idem pour l’état des lieux: la caution versée au début de la colocation est donnée à parts égales. Personne n’a envie de rembourser les dégâts des autres. Les propriétaires, ainsi rassurés, louent plus facilement leur appartement. C’est pourquoi les grands logements vides ne sont plus vacants, ou en tout cas, moins longtemps puisque les étudiants louent d’une année universitaire sur l’autre. Revers de la médaille : « si un grand appart n’est pas loué en septembre, on se le traîne toute l’année, à moins de trouver une famille ».
Le succès de la colocation est tel que même le CROUS essaie depuis quelques années de la proposer. Certes, les appartements sont généralement prévus pour deux personnes, mais les loyers restent raisonnables. Avantage certain, ils sont construits sur le campus. On peut les trouver dans les pavillons Jean-Zay, Rimbaud et Antipodes. Mais pour tenter d’en décrocher un, il faut remplir son dossier logement étudiant avant fin avril.
De tout évidence, vivre à plusieurs coûte moins cher que de vivre en solo. Qui plus est, cette expérience est réellement enrichissante. Cependant, on regrette que dans les charges, il ne soit pas prévu, parfois, des séances collectives de yoga.
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