4 juin 1980, Bob Marley à Dijon
27/09/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 67 | Par Roald Billebault


Il n’aura pas fallu attendre 2005 et l’ouverture du Zénith pour que des artistes de renom viennent à Dijon pousser la chanson. Le premier concert digne de ce nom remonte à l’année 1974, au 21 juin. Il est donné par Pink Floyd, en pleine tournée « Dark side of the moon », au Palais des Expositions devant 10000 personnes. L’événement est sans précédent dans la cité des Ducs. Pour les Dijonnais, cela relève de la science-fiction. Pour les autorités aussi d’ailleurs. Voir débarquer plusieurs milliers de pèlerins à cheveux longs dans les rues de la gentille ville de province n’enchante guère le préfet de l’époque, qui convoque manu militari Daniel Linuésa, actuel directeur d’Euromuses et organisateur du concert des Floyd à Dijon : « Le préfet était vraiment inquiet et pas franchement amical, du moins avant qu’il ne me demande des places pour sa femme et ses filles », se souvient, amusé, le soixante-huitard grisonnant. Le concert de tous les dangers se déroule au final sans le moindre accro. Les compagnies de CRS mobilisées pour l’événement n’auront même pas à sortir des estafettes pour casser du chevelu.
L’expérience rassure autorités et tourneurs. Aussi étonnant que cela puisse paraître, la capitale bourguignonne devient un point de passage incontournable des tournées internationales, au même titre que Paris, Lyon ou Bordeaux. Les concerts se succèdent, en moyenne un tous les 15 jours. Et cela va durer près de 20 ans : Grateful Dead en septembre 1974, Genesis en 75, Franck Zappa quatre ans plus tard, Supertramp, Police, Status Quo, Dire straits et Bob Marley le 4 juin 1980.
A deux doigts de l’annulation
Le 4 janvier 1980, à Libreville au Gabon, débute la tournée « Uprising », éponyme du dernier album de Bob Marley. Cinq mois plus tard, le rasta doit jouer à Dijon. Daniel Linuésa, toujours lui, est chargé de l’organisation du concert : « Les tourneurs voulaient un lieu de plein air comme cela se faisait à l’époque. Nous avons déposé une demande à la mairie pour organiser l’événement au Parc des Sports. Tout cela s’est fait très simplement ». Autorisation en poche, une scène couverte est montée dans la foulée sur le gazon du Parc. Mais ériger une scène, c’est un métier. Une impardonnable erreur de calcul des ingénieurs manque de faire tomber à l’eau la venue de l’homme aux dreadlocks. « Au moment où ils ont posé le toit, tout s’est effondré ! Il ne restait rien, juste un amas de tôles. Nous étions à deux jours du concert et 9000 billets étaient déjà vendus », se remémore encore la goutte au front, Daniel Linuésa. S’engage un « conseil de guerre », on frôle l’annulation. Finalement, tout le monde se met à pied d’œuvre, de jour comme de nuit, pour déblayer et édifier une nouvelle scène. Stable cette fois-ci.
Dans l’après-midi du 4 juin, le car trimbalant Marley et son staff arrive au Parc des Sports. Thierry Binoche, ex leader-chanteur de Binoche and co, aujourd’hui reconverti dans les relations presse, n’est pas près d’oublier l’instant. « Nous devions faire la première partie du concert avec mon groupe, mais rien n’était confirmé, l’ambiance était plutôt tendue. Lorsque la porte du bus s’est ouverte, la première chose qui en est sorti, c’est un ballon de foot. Je me souviens aussi du regard de braise que m’a lancé le chanteur ». Il faut dire que le jamaïcain, totalement parano depuis la tentative d’attentat qui avait manqué de lui coûter la vie quatre ans plus tôt, ne s’attendait certainement pas à rencontrer un chauve au crâne rouge à sa descente du bus.
Le climat se détend rapidement. Une partie de ballon rond s’improvise alors sur la pelouse piétinée du Parc, sept contre sept. Et au foot, Marley touche sa bille, Binoche moins, mais le moment est « inoubliable » pour le musicien dijonnais. L’instant est immortalisé sur la pellicule (voir photo).
20 heures : Rita Marley et les I three’s ouvrent le bal. Marley, la démarche nonchalante, entonne Natural Mystic face à 9000 spectateurs. « J’entends souvent des gens dire qu’il y avait 20 000, 25 000 personnes à ce concert, mais nous n’avons pas vendu tous les billets », précise Linuésa. L’ambiance est bon enfant au Parc, ce soir-là. Une épaisse fumée à l’étrange odeur euphorisante semble s’élever de la foule. « Tout le monde danse, ça fume des joints dans tous les coins », se rappelle Valérie, la quarantaine bien tapée. Les textes engagés du chanteur s’enchaînent : Positive vibration, Revolution, No women no cry. Grâce à un petit vent du nord, le centre ville tout entier profite du concert. Patients et soignants des hôpitaux civil et militaire voisins également. Ce qui vaudra une pétition des personnels hospitaliers sur le bureau de Robert Poujade quelques jours plus tard pour que l’expérience d’un concert en plein air au Parc des Sports ne se renouvelle pas. Ils auront gain de cause. Deux heures plus tard, Redemption song clôture ce qui devait être une des toutes dernières performances en public de Bob Marley. Moins d’un an plus tard, le 11 mai 1981, il décédait à Miami des suites d’un cancer.
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