Helvète underground
27/09/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 67 | Par Alexis Billebault

L’heure, c’est l’heure. Pour un Suisse, c’est même la moindre des choses. Fixé à 10 h 30 au Centre d’Expertise de la Performance (CEP) de feu Gilles Cometti, le rendez-vous débute à l’heure dite, à trois minutes près.
L’homme est affable, disponible et plutôt beau mec, ce dont les supportrices et autres femmes de supporters de la JDA ne se plaindront pas. Le lendemain d’un match amical perdu à Vichy, Randoald Dessarzin a les traits un peu tirés par la fatigue d’un retour nocturne. Mais pas seulement, on peut l’imaginer. La JDA a vécu une préparation un brin agitée, ce qu’il ne nie pas. Cultivant volontiers sa différence et pas vraiment la langue de bois, même s’il maîtrise sa communication, il refuse de s’épancher quand on aborde l’état de ses relations avec son adjoint Jean-François Evert. Lequel, selon certaines indiscrétions, n’aurait pas encore digéré de ne pas avoir été nommé entraîneur en juin dernier. Et qui, donc, tirerait franchement la gueule…
En général, une préparation d’avant-saison est rarement idyllique. Mais vous, à Dijon, vous avez été particulièrement gâté…
Vous savez, ce n’est pas propre à Dijon. Interrogez tous les entraîneurs de PRO A, et vous verrez que sur les seize, quinze vous diront qu’ils ont rencontré des problèmes. Je sais qu’on a d’abord tendance à s’occuper des siens, mais je relativise. Tout n’a pas été simple, mais ça n’a pas été non plus cauchemardesque. On sait par expérience que c’est une période où beaucoup de choses peuvent se passer.
Depuis une quinzaine de jours, vous êtes privé de Laurent Sciarra. Quand on connait son rôle sur et en dehors du terrain, la préparation est-elle la même ?
Bien sûr que non. Laurent est un leader. Son influence sur le jeu est très importante et nous le perdons à la fin d’un entraînement, alors qu’il était chaud. La blessure qui peut arriver à tout le monde, même à un joueur qui avait parfaitement respecté le travail d’entretien préparé pour les vacances et qui, depuis la reprise, était en pleine forme. Mais l’essentiel, c’est qu’il soit présent face au Mans, samedi. Normalement, il sera là. A la limite, il valait mieux qu’il se fasse cette élongation début septembre que début octobre…
Autre souci, le retour poussif de David Simon complètement hors du coup les premières semaines…
C’est vrai. Et pourtant, je pense qu’il n’a pas fait d’excès pendant les vacances. Simplement, c’est un joueur qui a besoin de temps pour se remettre en condition. D’ailleurs, ça va beaucoup mieux…
Passons maintenant à la rubrique « Rions un peu ». Allusion au recrutement des Américains Green et Boggan, présentés comme très prometteurs et…
(Il coupe). Et c’est un gros échec, il faut le reconnaître. Et j’assume parfaitement mes responsabilités dans cet échec. Yann Boisson assume également, et tous ceux qui voulaient ces deux joueurs. Nous nous sommes trompés, nous avons perdu du temps dans notre préparation mais, à tout prendre, je préfère m’être rendu compte qu’ils ne nous apporteraient rien avant le championnat que pendant.
Mais que s’est-il passé ? Ils n’étaient vraiment pas au niveau ou le club s’est montré impatient ?
Les deux joueurs présentaient de graves lacunes dans la culture du jeu et dans la culture tout court. Parfois, ils ne comprenaient pas les exercices les plus simples, alors que je parle parfaitement anglais (ndlr : Dessarzin est professeur d’anglais). Je ne voulais pas perdre mon temps et faire perdre celui de l’équipe à cause de deux joueurs. Au bout d’un moment, il a fallu trancher ! Le problème, c’est que ces mecs sortent du cocon américain, et quand ils quittent leur pays, on leur dit d’aller faire des stats un an ou deux en Europe et en arrivant à les persuader qu’ils sont faits pour la NBA. Alors, certains débarquent en pensant qu’être sorti de NCAA suffira… Mais ils n’ont pas compris que le niveau du basket européen progresse alors que celui des USA baisse…
Dans l’urgence, vous avez recruté Badiane, l’intérieur sénégalais. En Allemagne, ses stats n’étaient pas renversantes. Qu’attendez-vous de lui ?
C’est vrai que ses statistiques n’étaient pas extraordinaires. On sait très bien que ce n’est pas un joueur capable de prendre quinze rebonds par match et de marquer vingt points. Mais il est intéressant car c’est un bon point de fixation, il ne s’économise pas et il galope sans cesse, malgré ses 2,10 m ! Et puis, les intérieurs qui peuvent jouer dos au panier et arroser à trois points, cela ne court pas les rues au mois de septembre. En plus, on a pris Stephens, qui s’est blessé sérieusement à Vichy.
Bradford, lui, est pour l’instant une satisfaction…
Je ne suis pas étonné. Je le connais depuis pas mal de temps. Avec Boncourt, nous avons affronté régulièrement Besançon où il jouait. Avec Sciarra et Ndoye, il est l’un de nos trois leaders.
Bouziane sera-t-il prêté ?
C’était notre intention. Finalement, il pourrait rester. C’est un bon joueur, un mec intéressant. On va être vite fixés sur son cas. Sinon, il y a eu des contacts avec le Chalonnais John Best. Mais il aurait fallu qu’il accepte une baisse de salaire pour venir à Dijon.
Pour moi, le dossier est presque clos. Il ne viendra sans doute pas.
Quels sont les objectifs qui vous ont été fixés ?
Ne pas perdre les deux derbies face à Chalon (rires) ! Mais surtout atteindre les play-offs. Dijon a un statut, un budget assez conséquent, il est donc normal que les dirigeants aient des exigences. Et moi aussi, d’ailleurs. Je suis quelqu’un de perfectionniste, je me mets une certaine pression.
Sauf erreur, vous êtes le premier Suisse à coacher en Pro A…
Oui. Et les médias de mon pays s’intéressent à mon cas. Mais si j’éprouve un sentiment de fierté, je ne me sens pas pour autant investi d’une mission. Je ne vais pas forcément changer ma façon d’entraîner parce que j’ai signé en France. C’est vrai que j’entraînais Boncourt, le club d’une ville de 1300 habitants d’un pays qui ne figure pas parmi l’élite du basket. On a été plusieurs fois champions de Suisse, on a disputé la Coupe d’Europe… J’arrive dans un nouvel environnement, je dois m’adapter.
Mais vous ne serez pas le petit Suisse inoffensif…
Non. Il paraît que j’ai du caractère.
JDA : Stephens out
A peine recruté, l’Américain Jarrett Stephens (ex Huelva, Espagne) a rejoint l’infirmerie de la JDA. Blessé en match amical mardi dernier à Vichy, l’intérieur US a passé une IRM qui a révélé une sérieuse entorse au genou. Le joueur sera absent au minimum un mois, mais selon certaines informations, ses deux genoux seraient très abîmés. La JDA devrait se mettre à la recherche d’un pigiste médical.
Regragui à Grenoble
Sans club depuis son départ du DFCO en juin dernier, l’international marocain Walid Regragui a signé jusqu’à a fin de la saison avec Grenoble. Il retrouvera les Dijonnais le 2 novembre prochain en championnat au stade Lesdguières. Quant à Hervé Bugnet, c’est au Lucena CF, un club de Segunda B (équivalent du National en Espagne) qu’il poursuivra sa carrière.
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