Héritier d’hier et témoin d’aujourd’hui
04/10/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 68 | Par D.R.


La Gazette : Pourquoi cet hommage au moment du festival des musiques sacrées?
Stéphane Victor : Il s’agit en fait d’un hasard, suite à une rencontre au festival du film d’aventure. J’ai fait connaissance avec Sylvie Mauchamp, directrice du festival des musiques sacrées. Comme cette année coïncide avec le centenaire de la naissance de mon père, nous avons décidé de lui rendre un hommage musical. De plus, j’habite dans la même ville que François-René Duchable, qui va jouer pour l’occasion. Il va s’agir d’une projection de photos du Groenland faites par Paul-Emile Victor, accompagnée de citations. En même temps, je lirai d’autres citations et des poèmes écrits par mon père.
Pouvez-vous rappeler les éléments les plus marquants de la vie de Paul-Emile Victor ?
On l’appelle « l’homme des pôles » du vingtième siècle. Il a été le premier scientifique de la côte est du Groenland. Il est parti pour étudier les Esquimaux, ce peuple que l’on nomme aujourd’hui les Inuits car le terme d’Esquimaux était péjoratif dans la langue Crie. Mon père a dirigé la première expédition polaire en 1947. Au fil des explorations, il a écrit 48 livres scientifiques : des études, des rapports, mais aussi des ouvrages grand public. Il voulait alerter la population sur les modifications que l’activité humaine fait subir à la planète. C’était en 1979-1980, à une époque où l’on connaissait peu ces problèmes. Paul-Emile Victor était un visionnaire !
Que faites-vous pour perpétuer cet héritage ?
Je parle dans des conférences pour alerter de l’état actuel des choses. À titre personnel, je pense que le danger est comparable à un cancer : au début de la maladie, vous pouvez faire du sport, vous amuser, faire comme si de rien n’était, en vous disant que vous vous soignerez plus tard. C’est la même chose pour la planète : on attend une catastrophe pour agir. Il est primordial de mettre ça en évidence. Cet hommage va aider à perpétuer la mémoire de cet homme et des choses qu’il a voulu faire entendre mais qui n’ont pas pu l’être en temps voulu.
Etes-vous engagé politiquement ?
Surtout pas ! Car je pense que l’on a beaucoup plus de puissance comme élément perturbateur, en tant qu’acteur. Et j’ai longuement travaillé avec des élus, je ne pense pas que cela soit la meilleure place pour agir. Personne dans la famille ne s’est engagé dans une structure politique. Mon père a créé sa propre association, le groupe Paul-Emile Victor pour la défense de l’environnement.
Depuis quand avez-vous décidé de faire connaître cet héritage, par le site Internet par exemple ?
Cela a commencé dès l’enfance. Avec mon frère et ma soeur, nous avons pu avoir une acceptation différente, en apprenant qu’un Noir, un Jaune, ou un Asiatique n’étaient pas des êtres inférieurs. Et que nous avons beaucoup à apprendre des peuples dits « primitifs », car cette profusion de consumérisme nous fait revenir à une forme primitive. Ces peuples savent au contraire vivre avec la nature et garder leurs traditions.
Nous avons toujours baigné dans cet état d’esprit, et parlé petit à petit à partir de sa mort. Puis en 2005, le site Internet est né, permettant un maximum d’informations.
Et vous, que proposez-vous ?
Je ne suis qu’un témoin, je ne m’autorise pas d’avis. Quand je vois les Inuits utiliser des quads et des voitures, je ne préconise rien du tout. Mais dans mes conférences, je mets en avant les gestes que nous devons tous faire : éteindre le robinet quand on se savonne, prendre les transports en commun plutôt que la voiture, etc .
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