Le PS vu par François Rebsamen
31/10/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 72 | Par Roald Billebault

La Gazette : Dans ce livre d’entretiens avec le journaliste Philippe Alexandre, vous donnez le sentiment que le PS éprouve d’immenses difficultés à se projeter dans l’avenir…
François Rebsamen : C’est en effet un problème récurrent au PS. Pour une élection comme la présidentielle, on fait un programme pour 5 ans, mais sans vraiment aller au-delà de cette période, sur 10 ou 15 ans par exemple. Il faut que nous disions aux Français quelle est la société que nous voulons leur proposer, en abordant des sujets qu’on ne peut pas réduire à un quinquennat.
N’est-ce pas parce que certains socialistes ne perçoivent pas la société française telle qu’elle est ?
Sans doute. Il y a deux France : l’une intégrée, qui vit dans les villes et une autre, plus paysanne, qui est souvent à l’écart des évolutions de la société. Le PS est le produit de ces deux France et par conséquent, on trouve des socialistes modernes et d’autres plus conservateurs. Et ceux-ci ont du mal à admettre que l’on puisse parler d’immigration ou de sécurité. Prenez les résultats de l’élection présidentielle : Ségolène Royal est surtout majoritaire dans l’ouest de la France, où les régions ont été moins concernées par l’immigration qu’à l’est ou au sud. C’est assez significatif.
En fait, le PS ne subit-il pas depuis 1971 les effets d’Epinay ?
Il est vrai que les anciens du parti sont très attachés à Epinay, mais depuis 36 ans, les choses ont évolué. Cela fait plus de 30 ans que la proportionnelle est en vigueur au PS. Et il s’agit d’une prime donnée aux petites baronnies, à des élus locaux qui s’accrochent à leur mandat.
Dans ce livre, vous évoquez, parfois sans complaisance, l’attitude ambiguë de certains Eléphants pendant la campagne. DSK, Jospin et surtout Fabius, que vous n’épargnez pas…
Avec Dominique Strauss-Kahn, qui prône un socialisme de production, je n’ai pas beaucoup de différences idéologiques. Lionel Jospin, qui avait une aura car il a été un bon Premier ministre n’a pas été critique pendant la campagne, puisqu’il n’a absolument rien dit ! Avec Laurent Fabius, c’est vrai, je suis assez sévère. Je lui reproche surtout d’avoir divisé son camp lors du référendum sur le projet de traité constitutionnel en 2005, alors que ce même Fabius avait signé l’acte européen le plus libéral qui soit sur la libre circulation des biens et des personnes.
« Avec Fabius, nos relations se sont rafraîchies »
En endossant le costume de gauchiste, peut-être a-t-il voulu refaire le coup de François Mitterrand lors du congrès de Metz en 1979 qui avait pris le PS par sa gauche ?
C’est à peu près cela. Sauf que Mitterrand avait gagné deux ans plus tard l’élection présidentielle en profitant aussi des divisions de la droite. Fabius s’est planté. Et il nous a planté, car le NON au référendum de 2005 annonçait quelque part notre défaite en mai dernier. Je ne vous cache pas que nos relations se sont rafraîchies, surtout depuis qu’il a lu le livre (rires)…
A cause de ses courants, le PS risque-t-il plus que jamais la balkanisation ?
Pour éviter cette balkanisation à outrance, il faut redonner du sens au travail collectif. Je suis optimiste. Il y a des talents au PS. Même si certains sont surfaits…
Et François Hollande ? A-t-il vraiment soutenu Ségolène Royal ?
Il a commis quelques erreurs pendant la campagne, notamment en refusant un rapprochement avec François Bayrou. Mais par rapport à d’autres, il a vraiment soutenu la candidate.
Aurait-il dû démissionner de son poste de Premier secrétaire après les dernières législatives ?
Oui. Afin de permettre une refondation du PS.
Pendant la campagne, on a parfois eu l’impression que celle de Ségolène Royal manquait d’organisation. En gros, selon la tradition socialiste, que le bordel ambiant fait partie des habitudes…
Il y a eu des dysfonctionnements pendant la campagne. Et comme j’en étais le co-directeur, j’en assume en partie la responsabilité. Le problème, c’est qu’à la différence de l’UMP où tout le monde – ou presque – donnait l’impression d’être derrière Nicolas Sarkozy, ce n’était pas toujours le cas au PS. La communication de Sarko était parfaitement huilée, l’organisation quasi-militaire. Quand elle a prononcé le mot « bravitude », il y a eu 15 dépêches de l’AFP. Par contre, au PS, personne n’a réagi quand Sarko a dit « héritation » au lieu d’héritage. Ségolène a commis des erreurs, mais elle a un vrai charisme. Il faut qu’elle soit plus structurée politiquement. Elle a une bonne capacité d’écoute, mais elle peut l’améliorer. Je pense qu’elle aurait davantage dû attaquer Nicolas Sarkozy.
Lequel était candidat depuis son entrée dans le gouvernement de Chirac en 2002… Le PS aurait-il tout intérêt à désigner son candidat pour 2012 en 2010 ?
Oui. Deux ans pour se préparer à une telle échéance, cela me paraît raisonnable.
Êtes-vous toujours favorable à une modification des statuts du PS ?
Il faut désigner selon à un système à définir un Président du Parti Socialiste, qui sera le ou la candidate pour la présidentielle, et un Premier secrétaire.
…qui pourrait être François Rebsamen, par exemple ?
Il y aura un congrès dans un an. Moi, ce qui m’intéresse à ce jour, c’est le travail collectif, afin d’engager la refondation du PS qui reste un grand parti malgré ses divisions. Il n’a plus vraiment de concurrents à gauche. Il faut rassembler la gauche et s’ouvrir vers le centre de François Bayrou, et ne pas systématiquement s’opposer à ce que fait Sarkozy. Pour ce qui est de mon cas personnel, nous verrons au moment voulu.
Au fait, savez-vous d’où sont parties ses rumeurs vous prêtant une liaison avec Ségolène Royal ?
De Dijon. Mais je ne sais pas qui les a lancées. C’est un peu retombé depuis que j’ai décidé d’en parler, y compris dans le livre, mais cela n’a pas toujours été facile à vivre, surtout pour ma femme.
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