« Toute intrusion est mal vécue »
29/11/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 76 | Par Dolorès Charles

La Gazette : comment pouvez-vous définir l’autisme ?
Dr Pierre Malbranche : Un enfant autiste est un enfant anormalement calme. Pour une femme qui a eu d’autres enfants, elle peut assez vite se rendre compte des différences avec un enfant dit normal. Quand, par exemple, elle le prend dans ses bras, elle ressent l’impression de porter un paquet de sable : il n’y pas d’interaction entre la mère et l’enfant, pas de dialogue tonique, pas d’échange. L’enfant autiste ne sourit pas, et évite le contact… Il peut paraître pour un enfant sage et un peu mou dans les premiers temps, toutefois cela peut surprendre et alerter les parents qui, inquiets, viennent alors nous voir pour diagnostiquer (ou non) le syndrome autistique.
A priori, tout changement dans son univers le désoriente ?
Un enfant autiste ne supporte pas qu’on modifie son environnement. On parle « d’identitude » : un néologisme traduisant le fait de vouloir garder son univers statique et dynamique constant. Tout doit être sensiblement pareil : une peluche, même s’il ne s’en sert pas pour jouer, qui disparaît va manifester chez l’autiste une angoisse. Par habitude, les enfants possèdent des « objets transitionnels, » de nature généralement molle, comme un morceau d’étoffe, « un doudou », qui leur facilitent la transition entre leur monde interne et le monde réel. Les autistes, eux, n’ont pas ce genre d’objets, ils ont plutôt des objets durs, (ce qui montre leur appréhension à la réalité…) Par ailleurs, on peut discerner un trouble du contact. Je m’explique : ils « se servent »des adultes pour saisir un objet, c’est le signe du cube brûlant. Un enfant autiste ne prend pas de risque, il est incapable de se servir de sa motricité, et préfère passer par un intermédiaire.
Un enfant autiste se reconnaît aussi par ses cris ?
En effet, il n’a pas un discours commun, mais un langage néo construit que parfois seuls les parents comprennent. C’est un enfant anormalement sage qui, parce qu’il se sent angoissé, peut être amené à crier. L’autisme est aussi caractérisé par des mouvements anormaux : l’enfant peut tourner sur lui-même, battre ses bras comme les oiseaux, regarder à longueur de journée ses mains, etc.
Il existe plusieurs degrés plus ou moins sévères dans l’autisme ?
Il y a un tableau autistique certifié avec des stéréotypies, mais plusieurs formes cliniques. Au niveau du comportement, certains reniflent ou portent des choses à leur bouche – une forme de régression « animale ».
Au niveau du langage, certains sont mutiques, d’autres ont des difficultés à parler d’eux à la première personne (ils emploient la troisième), et peuvent répéter des mots ou des phrases entendus en écho. (…) L’apprentissage de l’écriture sera également et pour beaucoup difficile.
Pour en revenir à l’agression, ils peuvent devenir violents ?
Comme je vous le disais, toute tentative d’intrusion dans son univers est vécue comme une désorganisation insupportable, une angoisse, une frustration. La moindre des modifications est perçue comme quelque chose d’anéantissant.
Un traitement est possible ?
L’autiste « pur » décrit par Léo Kanner est assez rare, puisqu’il touche un enfant sur 10.000… Il faut savoir qu’il n’existe pas de traitement curatif mais, plus le diagnostic sera précoce, et les soins appropriés
donnés tôt, plus l’enfant aura des chances de pouvoir communiquer un peu avec les autres.
Dans l’affaire, le jeune agresseur pourrait être transféré dans une unité pour malades difficiles, à Sarreguemines par exemple ? Est-ce justifié ?
Ces unités sont faites pour des patients, dont le comportement est totalement imprévisible et qui, malgré leur traitement, restent dangereux pour la population.
Revenir en haut de page


























