Sport

Philippe Delerm, une certaine idée du sport

29/11/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 76 | Par Alexis Billebault

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L'écrivain Philippe Delerm, qui participera au Salon du Livre de Dijon (30 novembre au 2 décembre) est un grand amateur de sport. Il lui a d'ailleurs consacré un livre il y a près d'un an, La tranchée d'Arenberg et autres voluptés sportives, un recueil d'une cinquantaine de textes courts.

Philippe Delerm

La Gazette : Dans votre livre, vous affirmez être fan de Vikash Dhorasoo. Depuis le temps qu’il n’a pas joué, ça doit être une position difficilement défendable…
Philippe Delerm :
(Rires) En effet, puisqu’il n’a pas joué depuis plus d’un an. Mais c’est vrai que j’aime ce joueur. Dans le milieu du football, il me semble à part, un peu politiquement incorrect. Il a l’image d’un intello, d’un type un peu en marge. Et moi, j’ai toujours eu un faible pour les joueurs créatifs. En plus, Dhorasoo n’a pas eu une carrière linéaire, il a connu des hauts et des bas. J’éprouve une certaine mélancolie pour ces gens qui ne réussissent pas toujours.

Le football d’aujourd’hui est un monde aseptisé. Les entraîneurs débitent des discours formatés, les joueurs sont de moins en moins accessibles et on ne parle que de duels, de bloc défensif et de réalisme, presque plus de beaux gestes et de plaisir. Vous ne trouvez pas cela un peu ennuyeux ?
Pour être franc, si. Vous n’êtes pas le premier journaliste sportif à me dire cela. Plus jeune, je voulais faire votre métier, mais à force de discuter avec vos confrères, je crois comprendre que ce n’est pas facile tous les jours pour vous. Je vous parlais de Dhorasoo car il me semble faire partie des joueurs pour qui l’univers ne se résume pas uniquement aux jeux vidéos et au dernier téléphone portable. Pour répondre plus directement à votre question, je regrette qu’on ne laisse pas assez les joueurs créatifs s’exprimer. Il y en a encore quelques uns. Je pense à Messi, Kaka, Ronaldinho et, pour parler des français, à Nasri, Benzema ou Ben Arfa. En France, on a heureusement tendance à préférer ce type de joueurs. Vous savez, j’ai découvert le football alors que se développait le Catenaccio de Helenio Herrera à l’Inter Milan.!

Kopa, Platini ou Zidane : lequel est le plus grand ?
Platini, pour son intelligence de jeu. J’aimais bien aussi son attitude un peu nonchalante sur le terrain, avec son maillot qui dépassait du short.

A vous lire, on devine chez vous le symptôme très français du poulidorisme…
Il y a de cela… J’en reviens à Dhorasoo, quand je vous expliquais qu’il fait partie de ces gens qui ne gagnent pas tout le temps. Poulidor, c’est pareil ! Anquetil, c’était un peu le vainqueur détesté. Il se dopait et ne s’en cachait pas. Tenez, je vais peut-être vous surprendre, mais je préfère l’équipe de France de 1982 et 1984 à celle de 1998, qui s’appuyait avant tout sur une grosse base défensive.

Ne seriez-vous pas un tenant du « c’était mieux avant » ?
Il y a chez moi un côte nostalgique, c’est vrai. Ce qui me dérange beaucoup dans le sport d’aujourd’hui, c’est cette culture systématique de la gagne. On ne peut pas négliger le résultat, c’est vrai, mais maintenant, il faut être un gagnant en tout. Le problème, c’est que les méthodes employées pour gagner ne sont pas toujours très avouables.

Vous faites allusion à Lance Amstrong, par exemple ?
Oui. Ce type est démago, arrogant, il a joué sur son cancer. Dans le peloton, on ne pouvait pas le toucher. Tout le monde sait que ses victoires ne sont pas très nettes, c’est le moins qu‘on puisse dire.

Mais ce n’est finalement pas le cyclisme professionnel qui est devenu avec ces minables affaires de dopage une immense escroquerie ?
Ce sport est tellement contaminé par le dopage qu’il n’a en face de lui que deux alternatives : soit sombrer définitivement, soit renaître de ses cendres. Je reste optimiste. Malgré les dérives du sport-spectacle. Un jour, on en cernera les limites.

Avec la Coupe du Monde de rugby, on a « bouffé » de la Chabalmania pendant deux mois. Êtes-vous également tombé dans le piège ?
Non ! Mais je crois que Chabal lui-même a été dépassé par l’ampleur que cela a pris. Chabal est un bon joueur, puissant, avec un physique impressionnant, mais ce n’est pas non plus le plus créatif de tous… D’ailleurs, j’ai remarqué que le rugby devenait de plus en plus populaire alors que le jeu proposé est de moins en moins exaltant. Aujourd’hui, les cadrages-débordements sont rares. Le ballon est souvent enterré. Il faudrait changer les règles pour favoriser une libération plus rapide du ballon !

Vous aimez le football et le rugby, mais votre grande passion de jeunesse, c’est l’athlétisme…
J’ai beaucoup admiré Jean-Claude Nallet, un spécialiste du 400 mètres haies. Moi, ma spécialité était le 400 mètres plat. J’étais un athlète convenable, mais je n’ai jamais battu de records. C’est vrai que j’aurais aimé être un champion d’athlétisme. J’ai beaucoup admiré Nallet donc, mais aussi Colette Besson ou Michel Jazy. J’apprécie aussi Diagana et Doucouré. Je sais que dans l’athlétisme le dopage est très répandu, mais j’ai l’intuition que tous ceux que j’aime sont propres.

Vous avez écrit un livre sur le sport, alors que votre lectorat est essentiellement féminin. N’était-ce pas un pari un peu risqué ?
Disons que cela a surpris pas mal de mes lecteurs… Mais j’avais envie d’écrire sur le sport, et je n’exclus pas de recommencer un jour. Cela dit, il est peut-être temps que je revienne à une écriture plus traditionnelle (rires).

Votre fils Vincent Delerm est-il aussi un grand amateur de sport ?
Oui, il est du genre à acheter L’Equipe tous les jours. Moi, c’est trois ou quatre fois par semaine. Nous partageons le même intérêt pour le sport, et plus particulièrement le foot, le rugby et d‘athlétisme. Dans certaines de ses chansons, il fait d’ailleurs référence à des instants sportifs.



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