Good Luke
13/12/2007 | La Gazette de Côte d'Or n° 78 | Par Dolorès Charles

« A l’époque, ce que je voulais surtout c’était que le nom du groupe soit neutre, froid et clinique. Qu’en l’entendant, les gens ne l’associent à aucun style de musique », explique Thomas Boulard, le chanteur et parolier de Luke. Et pourtant aujourd’hui, le nom du groupe est bien associé à un style, et ce style c’est le rock français.
Sa naissance remonte à la fin des années 90, et depuis, les Luke tracent leur chemin dans la lignée des Noir Désir. D’origine bordelaise comme eux. A leur actif, trois albums et des évolutions dans la composition du quatuor, « tous les groupes se font et se défont, ils ne sont pas éternels. Nous, nous avons connu pas mal de changements après l’échec de La vie presque. On fonctionnait alors en collectif. Au fur et à mesure que le nouveau projet est sorti, certains s’en sont allés. Je ne l’ai pas vécu comme une cassure, j’avais mon objectif musical à atteindre, point final. » Aujourd’hui, les Luke sont quatre, Thomas donc le chanteur, Romain à la batterie, Damien à la basse et Jean-Pierre, guitariste également. « JP nous a rejoint en janvier 2005 lors de la tournée », et depuis le succès n’a jamais lâché les Luke. Qui n’a pas entendu sur les ondes les single Soledad, Le Reste Du Monde, ou bien La Sentinelle, trois titres issus de La tête en arrière, et diffusés largement en radio.
Souvent comparés aux Noir Désir, les Luke ont pourtant marqué le rock hexagonal par leur propre style, seulement « dès qu’on propose des textes lyriques et des accords de guitare/batterie, on est comparé aux Noir Dés’, c’est fatiguant et puis en même temps, c’est gratifiant, car c’est le meilleur groupe de rock que la France ait connu », souligne en toute sincérité Thomas Boulard. Et d’ajouter, « avec Luke, on a apporté notre pierre angulaire au rock… mais le problème, c’est que s’inspirer des groupes américains ou anglais est toujours mieux perçu que s’inspirer des groupes français. » Afin d’enregistrer leur troisième album, Les Enfants de Saturne, les Luke sont partis s’aérer la tête en Irlande, « nous voulions réaliser un son proche de la dernière tournée, il fallait donc trouver un studio où nous pouvions enregistrer à quatre ensemble, en live et fort ! En France, c’était plus compliqué de trouver les moyens techniques, ici on enregistre le plus souvent piste par piste. » Le public séduit par le son des Luke lors de la tournée triomphale suivant la sortie de La tête en arrière, sera sans nul doute conquis par le dernier opus. Pour Thomas, « le groupe privilégie le jeu collectif» et fonctionne ainsi : « on arrive avec un morceau, on fixe une structure, on enregistre de façon sommaire et on réécoute ce premier jet en taillant dedans. »
Au fil des ans, Luke est resté fidèle au producteur américain Daniel Presley, « il a une vision francisée du rock. Nous avons voulu retravailler avec lui, parce qu’on ne voulait pas faire les mêmes choses que précédemment. Lui seul nous connaît bien. » Vous pensez au prochain album ? « pourquoi, vous me posez cette question ? On vient de sortir celui-là… Il y a une sorte de zapping de la musique qui est assez affligeant. On écoute à peine les albums, et on passe au suivant… » Pour autant, le dernier des Luke mérite qu’on s’y attarde. Parce qu’il est singulier et surprenant. Parce qu’il a du caractère. Parce qu’il est bon. Résultat d’un travail efficace et abouti.
« Ce qui est mythique, c’est de jouer au Splendid de Lille ou à la Laiterie à Strasbourg, pas à l’Olympia ! »
Le leader des Luke garde un souvenir amer de ses premières années dans l’univers artistique, « en France, il faut montrer patte blanche… mais les critiques sont parfois sévères. Elles peuvent être acariâtres comme dithyrambiques ! Il faudrait que les journalistes abordent les groupes de manière différente, les chanteurs à texte sont toujours considérés comme des poètes, et pas les rockeurs ! On va encenser (à raison) le dernier Amy Whinehouse, comme on va sabrer les artistes français. Il ne faut pas s’étonner d’assister à la disparition de la musique française. » Thomas Boulard semble un peu désabusé, mais il ne renie pas sa chance (ndlr : lucky en anglais) de connaître le succès et de remplir les salles « au vu de la situation du disque. » Dernièrement, le groupe s’est offert l’Olympia à Paris, « pour nous ce qui est mythique, c’est de jouer au Splendid de Lille ou à la Laiterie à Strasbourg et pas de jouer à l’Olympia (Paris) ! » La tournée des Enfants de Saturne passera par Dijon, ce samedi (complet), et devrait se poursuivre jusqu’à l’été prochain. Voire plus.
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