L’humanitaire sans frontières
31/01/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 83 | Par Jérémie Demay

Huit ans de prison pour les membres de l’Arche de Zoé. La justice tchadienne avait prononcé fin décembre huit ans de travaux forcés. A l’origine, les membres de l’Arche étaient partis au Tchad afin de récupérer des enfants du Darfour a priori orphelins. Mais voilà, ces enfants n’étaient pas sans parents, et l’action humanitaire s’est vite transformée en rapt selon la justice tchadienne. Comment les compagnons d’Eric Breteau ont-ils pu se retrouver dans cette situation ? Quand des âmes charitables partent en séjour humanitaire, aucune qualification particulière ne leur est demandée. De plus, il existe une multitude d’organismes, plus ou moins sérieux, proposant ce type de voyages. Le dérapage peut donc survenir très vite. C’est d’ailleurs peut-être ce qui explique l’amateurisme apparent de Zoé.
Pour éviter les pièges d’un séjour mal préparé ou appréhendé, l’université de Bourgogne a mis en place depuis 2005 un diplôme universitaire (DU) humanitaire. Cette formation est rattachée à la fac de médecine. Toutefois, son enseignement n’est pas uniquement porté vers le médical, bien au contraire. Ainsi, ce DU est découpé en sept modules répartis sur toute l’année à raison d’un week-end par mois. Au programme : anthropologie, éthique, médecine et gestion des risques sanitaires, droit et économie, logistique, et approche des médias. Les intervenants sont eux aussi des initiés de l’humanitaire : Catherine Enel, anthropologue, Gérard Vincent, professeur d’économie, Madeleine Blettery, professeur d’économie, Jacques Revon, grand reporter à France 3, Patrick Hillon, professeur de médecine et Bernard Blettery, professeur de médecine. Bref, tout ce qu’il faut pour éviter d’être trop pris au dépourvu sur le terrain. L’humanitaire, c’est avant tout une immersion dans un quotidien qui n’est pas le nôtre. C’est pour cela qu’il est primordial de connaître les us et les coutumes des habitants que l’on veut aider. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. L’humanitaire, ce n’est pas jouer les Zorro, mais bel et bien s’enrichir par les rapports humains. A la fin de leur cursus, les étudiants présentent un mémoire. Là aussi, les thèmes sont variés pour embrasser au mieux toutes les problématiques qu’impose la nature même des séjours humanitaires. Ainsi, les étudiants traitent par exemple : l’arche de Zoé (bien sûr), le rôle des femmes dans le développement du Niger, comment apporter un complément nutritionnel en milieu scolaire… Mais le séjour humanitaire, c’est de l’aide à la personne. C’est-à-dire qu’il n’est pas nécessaire de partir sur d’autres continents pour exercer une activité humanitaire. C’est dans ce sens qu’un des étudiants a choisi de traiter les réfugiés politiques à Dijon. Malheureusement, la misère humaine n’a pas de frontières .
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