Show man
27/02/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 87 | Par Dolorès Charles

La vie n’a pas toujours été rose pour l’humoriste venu du Québec, « tout allait bien jusqu’au jour où ma mère est tombée très malade, raconte simplement Stéphane Rousseau. Atteinte d’un cancer, elle est décédée alors que nous étions encore tout jeunes ma sœur et moi. Pour détendre l’atmosphère durant la maladie de ma mère, mon père m’encourageait à faire des blagues et m’emmenait au magasin de déguisements, à proximité de chez nous. Le but était de la faire rire (…) mon père tentait de nous faire passer ça comme jeu, un peu à la Roberto Benigni dans La vie est belle ». Sept ans, c’est l’époque des premiers sketches pour Stéphane Rousseau. Quelques années plus tard, il monte déjà sur scène pour de petites représentations, en première partie d’artistes connus dont nombre d'entre eux étaient des humoristes. Egalement imitateur, le jeune homme originaire de Montréal développe toutes les facettes du métier, « mon père ouvrier était un peu l’homme à tout faire à la maison, et parallèlement je fais un peu tout sur scène, je suis imitateur, chanteur, danseur, humoriste, etc. » Pas vraiment amateur du système scolaire, il lâchera les bancs de l’école après le lycée pour monter ses propres spectacles. «A treize ans, je donnais quinze représentations d’une dizaine de minutes par semaine, et sitôt la porte du lycée fermée, on m’a offert mon premier job en région, en tant qu’animateur dans une station de radio. Stéphane Rousseau y fait alors ses classes pendant trois ans. « En fait, il y avait un animateur plus sérieux et moi je co-animais en faisant des blagues, des sketches en rapport avec l’actualité. J’étais l’animateur cabotin ». Sur CKMF, première radio québécoise francophone, il obtient dès 1991 des records d'écoute pour son émission baptisée Les deux pistons, « Mario (ndlr : animateur) faisait vivre mes personnages à fond, c’était très interactif avec les auditeurs qui se prenaient au jeu. Je me cachais sous la table avec le téléphone, j’imaginais l’enlèvement de mes personnages fictifs ». C'est également l'année de son premier essai au festival. Juste pour rire de Montréal. Un succès là-aussi.
Après la période radio, Stéphane Rousseau entame l’écriture de son premier véritable one man-show, dans lequel il donne vie au désormais célèbre personnage de Madame Jigger. « J’imitais aussi pas mal de chanteurs et de chanteuses : Liane Foly, Rock Voisine, Patrick Bruel, etc. Je jouais du piano et dessinais sur scène… Les gens participaient également beaucoup dans la salle… Le show-man est ma marque de fabrique. Même au Québec vous savez, peu d’artistes font ça. On se souvient d’Anthony Kavanagh et d’André Philippe Gagnon (…) Je dois vous avouer que c’est ma tatie anglophone qui habitait en bas de chez moi et qui regardait souvent la télé américaine, qui m’a inspirée cette façon de faire sur scène ». En deux ans et 269 représentations, le Québécois séduira plus de 300 000 spectateurs. Son talent est récompensé en 1993 avec le prix Félix du meilleur spectacle d’humour. La consécration pour Stéphane Rousseau, « j’étais en concurrence avec mon idole, Yvon Deschamps, ça me faisait tout drôle ! Lui avait un accent très prononcé, il avait un humour décapant, percutant, émouvant, choquant, il a bouleversé tout le Québec ». Et vous, comment définiriez-vous votre humour ? « J’aime amener le public dans mon univers, je réussis à le déstabiliser, le surprendre, l’émouvoir, le choquer, le charmer aussi ».
Son dernier spectacle, One man show, est adapté par le célèbre Franck Dubosc avec qui il a co-présenté le festival Juste pour rire de Montréal pendant cinq années d’affilée. « L’adaptation est importante entre les publics français et québécois car parfois certaines blagues ne pourraient pas fonctionner, par manque de compréhension tout simplement ou par l’usage d’un vocabulaire impropre. Et puis je m’entends très bien avec Franck, c’est un parrain formidable ». Le spectacle, mis en scène par Josée Fortier et auquel participe Maud Saint-Germain, a pour fil conducteur la psychanalyse… « Aux prises avec une schizophrénie fantasque, il s’adonne à une drôle de psychanalyse, dont le public se fait le témoin hilare », selon la production. A vérifier en salles…
Aujourd’hui Stéphane Rousseau, plus connu du public français depuis ses rôles dans Les Invasions barbares en 2003 et plus récemment dans Astérix aux jeux olympiques, est en tournée, il vient de passer dans la salle ô combien mythique de l’Olympia à Paris, pour six représentations. « Etre à l’Olympia c’est l’aboutissement d’un rêve, j’ai 40 ans, j’espère pouvoir le refaire car c’était vraiment super agréable ! » Voyons si au Zénith, les Dijonnais seront tout aussi conquis par le charme Québécois .
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