« On regardera les JO avec du sang dessus »
26/03/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 91 | Par Jérémie Demay

La Gazette : quelle est votre réaction vis-à-vis des derniers évènements tibétains ?
Louis de Broissia : c’est un sentiment de révolte à l’égard d’une Chine sourde depuis 60 ans à l’aspiration d’un peuple à pratiquer sa langue, sa manière de vivre, sa religion, ses coutumes, son habitat, etc. Nous qui avons été accusés pendant si longtemps par les Chinois d’être colonialistes, ce sont eux qui sont devenus les colonisateurs du Tibet. Mais le Tibet existe et résiste encore. Cette révolte est violente avec des chars. D’ailleurs, j’avais eu l’occasion de les voir il y a deux ans sur le plateau tibétain. On trouve du militaire chinois en permanence, et Pékin en a renvoyé d’autres. Nous avons pourtant prévenu la Chine qu’il fallait entamer un vrai dialogue avec le Dalaï-lama en qui les Tibétain mettent leurs espoirs pour une autonomie.
Pouvez-vous nous expliquer cet élan de révolte des Tibétains ?
Ils en ont assez de voir la colonisation tous les jours. C’est le système de la goutte d’eau chinoise, c’est-à-dire que cela tombe tous les jours. Les Tibétains ne sont même plus chez eux au Tibet. La révolte a été provoquée par des réactions des autorités chinoises il y a deux mois lorsque les moines tibétains ont commencé à manifester des signes de reconnaissance du Dalaï-lama. Par exemple, ils ont repeint leurs monastères. Ces derniers sont d’ailleurs occupés par la police chinoise. Soit disant pour protéger les autels et les bouddhas… comme si l’on mettait des policiers au pied des autels dans les églises, les temples, les synagogues, ou les mosquées ! La révolte a donc éclaté. Les moines se sont dit également que le moment où le monde aura les yeux sur la Chine, c’est celui des JO. Ils ont été durement réprimés. La jeunesse tibétaine commence à dire au Dalaï-lama qu’il est dépassé, et un cycle de violence pourrait éclater sur le plateau tibétain.
Une guerre entre le Tibet et la Chine pourrait se déclarer ?
Peut-être pas une guerre ouverte, mais le début d’un terrorisme. Ce que je ne souhaite évidemment pas. Je considère, avec d’autres, que le Dalaï-lama, c’est l’anti Ben Laden. L’un est violent, l’autre demande le respect de la constitution chinoise dans laquelle l’autonomie est prévue. Je l’ai dit pendant quatre heures à la commission des affaires étrangères sur la place Tien An Men. Je les ai prévenus que les JO étaient un moment crucial pour eux, et qu’ils devaient entamer des négociations avec le Dalaï-lama. Je leur ai même proposé de venir à Pékin avec le Dalaï-lama.
Concrètement, est-ce que les Tibétains ont souhaité profiter de la médiatisation des Jeux pour porter leurs revendications, ou est-ce que ce sont les autorités chinoises qui ont préféré faire taire les Tibétains avant que les JO ne commencent ?
Bien sûr, ce sont les deux à la fois. Les Tibétains profitent de la seule fenêtre de tir médiatique qu’ils aient aux yeux du monde. Ils ne veulent plus être traités en groupe folklorique.
En cas de prolongation des violences, le Dalaï-lama a menacé de démissionner de son poste de chef spirituel des Tibétains. Est-ce une voie de réflexion, ou est-ce que la situation empirera?
Cela serait la pire solution pour la Chine et pour le monde. C’est encore une autorité reconnue par les Tibétains de l’intérieur et ceux en exil. Le Dalaï-lama prône la non-violence. Il est pour le dialogue, mais aussi pour l’autonomie. Les autres sont pour l’indépendance et puisqu’il le faut, pour la violence.
Mais cette révolte tibétaine fait tache pour les autorités chinoises…
Cela leur coûte effectivement très cher. Il n’y a pas un journal en Europe qui ne titre sur le Tibet. Je l’avais signalé devant la commission des affaires étrangères chinoise. La Chine est une immense photo panoramique. Mais pour prendre une photo, il faut une focale. En l’occurrence, c’est le Tibet. Le monde entier regardera la Chine au moment des JO à travers la focale Tibet. Si la focale est sale, la photo sera sale. Aujourd’hui, je le redis, s’il y a.
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