La flamme de la honte
26/03/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 91 | Par Jérémie Demay

La Gazette : comment s’est déroulée cette journée de la remise de la flamme ?
Jean-François Julliard, rédacteur en chef de Reporters sans frontières : « Nous sommes arrivés en Grèce la veille. Après avoir fait quelques repérages, le jour de la cérémonie nous sommes entrés dans l’enceinte. Ce qui était assez difficile, c’était le gros dispositif de sécurité avec des policiers en uniforme et en civil. Finalement, un concours de circonstances heureux a fait que nous avons pu passer entre les mailles du filet. C’est pourquoi nous avons pu faire cette opération. Après, tout s’est bien déroulé. C’était une vraie chance que tout se passe ainsi, mais en même temps, la chance cela se provoque.
Comment expliquez-vous que la sécurité ne vous ait pas repérés ?
C’est difficile à savoir. Pourtant les autorités grecques avaient nos noms puisqu’il fallait être inscrit pour assister à la cérémonie. Est-ce qu’ils n’ont pas fait attention ? Ont-ils fait preuve d’une certaine bienveillance à notre égard ? On ne sait pas. En plus, Robert Ménard était avec nous, alors que son nom est quand même bien connu dans le milieu olympique. C’est pourquoi on ne se l’explique pas trop pour être tout à fait honnête.
Sur les images diffusées à la télé, on vous voit, Jean-François Julliard, agiter le drapeau de RSF. Dans la foulée, on vous voit entouré par des policiers, mais ensuite, que s’est-il passé ?
En fait, nous avons pu déployer nos drapeaux rapidement puisque cela a duré quelques secondes à peine. Mais on a pu se poster derrière le président du comité d’organisation chinois. Très rapidement, des policiers en uniforme et en civil nous sont littéralement tombés dessus. Ils nous ont empêchés de continuer en nous repoussant manu-militari sur les côtés du stade olympique. Ensuite, on nous a conduits à l’écart de cet évènement. On est parti dans un commissariat à une vingtaine de kilomètres de là où on a passé une dizaine d’heures avant d’être présentés à un procureur qui nous a notifié les charges retenues contre nous. On est officiellement poursuivi en vertu de l’article 361 du code pénal grec qui concerne les offenses aux symboles nationaux et aux symboles olympiques.
Comment cela s’est-il passé au poste ?
Les policiers étaient très sympathiques. Ils nous ont tout de suite rassurés en nous disant : « ne vous inquiétez pas, ici, vous êtes dans une démocratie. Vous n’avez rien fait de criminel ni de grave. » Sauf que nous avons vite compris que les autorités grecques ne souhaitaient pas humilier les Chinois en nous libérant dès la fin de la cérémonie.
Au final, que risquez-vous ?
Tous les trois, nous risquons potentiellement un an de prison, mais nous ne pouvons pas l’imaginer. La Grèce est un pays démocratique, membre de l’Union européenne. En plus, c’était une manifestation pacifique. C’est pourquoi au final nous pensons que cette affaire se terminera par une relaxe.
Cette cérémonie était filmée, mais malheureusement en léger différé. La télévision chinoise en a bien sûr profité pour zapper la scène. Mais ce qui est plus surprenant, c’est que la télévision publique grecque a fait de même. Vous comprenez la réaction des médias grecs ?
Nous ne sommes pas surpris de la réaction de la chaîne publique chinoise. En revanche, on comprend moins l’attitude des Grecs. Du commissariat où nous étions détenus, on pouvait regarder la télé. Au départ, il n’y avait absolument aucune image sur la chaîne publique. Ensuite, peu à peu, les images sont venues. On a le sentiment que les télés grecques ont éludé notre manifestation, mais face à l’ampleur que cela prenait, ils l’ont passée.
Daniel Bilalian, le chef des sports à France télévision affirmait mardi à la radio que si les JO n’étaient pas retransmis en direct intégral, son groupe ne passerait pas les JO. Pour vous, c’est la bonne attitude ?
C’est un comportement sain. Il n’y aucune raison pour que les JO soient retransmis en différé. Les autorités chinoises menacent de faire un léger différé de quelques secondes pour permettre d’éviter ce genre d’évènement. Mais les JO ne leur appartiennent pas. Un tel évènement ne peut se voir qu’en direct.
RSF et d’autres organisations appellent à un boycott de la cérémonie d’ouverture, pourquoi ne pas boycotter purement et simplement tous les JO ?
Parce que cela pénaliserait également les athlètes; en plus, ce ne sont pas eux qui ont choisi ce pays pour organiser les JO. Cela ne serait pas bien non plus pour les Chinois puisque certains d’entre eux pensent comme nous maintenant que cela va être une tribune formidable pour eux et ainsi faire passer des messages.
Revenir en haut de page


























