Sport

« ça a été chaud »

03/04/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 92 | Par Andrea De Cesaris

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Sept victoires en Formule1 et 3ème du Championnat du monde en 1983. Des résultats impressionnants qui font de René Arnoux le pilote bourguignon le plus capé. Mais plus que les chiffres, c'est son célèbre duel avec le regretté Gilles Villeneuve lors du Grand Prix de France à  Dijon en 1979 qui a marqué les esprits. La Gazette revient avec lui sur ce qui reste certainement la plus belle passe d'arme de tous les temps en F1.

René Arnoux

La Gazette : Les images de votre duel avec Gilles Villeneuve sont très spectaculaires. Quels échanges avez-vous eu avec lui à la descente de vos voitures ?
René Arnoux : Tout le monde croyait qu’on allait se taper dessus. Mais non, au contraire, on a éclaté de rire et on s’est serré la main. On était très amis dans la vie, on avait le même caractère avec une manière similaire d’aborder les courses, en donnant tout ce que l’on avait dans nos tripes lorsque l’on était au volant. Il y avait une vraie confiance entre nous, c’est pour cela que l’on a pu se permettre cette bataille sur la piste.
Quel fut pour vous le moment le plus chaud de votre duel qui a duré plus de cinq tours ?
On s’est touché violemment latéralement plusieurs fois. Le risque en monoplace où les roues ne sont pas carénées est qu’elles peuvent faire office de tremplin. C’est sûr que la marge de manœuvre était faible. Cela s’est joué plusieurs fois à seulement quelques centimètres à des vitesses très élevées. En fait, ça a été chaud tout le temps…
Ce type de duel est-t-il possible avec des F1 modernes?
C’est vrai que les F1 modernes sont très sensibles aux turbulences aérodynamiques, ce qui n’aide pas les pilotes à suivre de très prêt en courbe la monoplace qui les précède. A l’époque, on arrivait plus facilement à se placer en situation dite d’aspiration. Mais notre bagarre avec Gilles et le nombre important de dépassements ont aussi été liés au fait que Gilles avait des problèmes avec ses freins et ses pneus et que moi de mon côté, j’avais des soucis avec ma pompe à essence qui a coupé plusieurs fois. C’est notamment ce qui nous a permis de nous battre comme des chiens jusqu’au drapeau à damiers pour la deuxième place de ce Grand Prix.
Ce qui n’a pas forcément plu à d’autres pilotes qui, lors du Grand Prix suivant, vous ont convoqué ?
Oui, avec Niki Lauda à leur tête, certains pilotes ont voulu nous sermonner. Ils considéraient que notre conduite avait été dangereuse. Villeneuve n’a pas répondu et a éclaté de rire et de mon côté, je leur ai juste précisé que si cette bagarre s’était faite avec un autre pilote que Gilles, je n’aurais pas fini troisième de la course mais second.
Comment jugez-vous le circuit de Dijon-Prenois ?
J’ai toujours apprécié son tracé, avec de belles courbes et beaucoup de relief. C’est le charme de ce circuit. C’est spectaculaire pour les spectateurs et très intéressant en terme de pilotage.
Dijon est une belle ville, avec un gros réseau autoroutier et en plus elle est proche de Paris. C’est donc un peu un gâchis que faute d’avoir adapté les infrastructures du circuit, on n’ait pas su pérenniser l’organisation du Grand Prix de France à Prenois. Reste de beaux souvenirs pour moi dont mon duel avec Gilles.
Quels sont vos pronostics pour le championnat du monde de Formule 1 de cette année ?
Bien entendu, le championnat se jouera entre les pilotes Ferrari et Mac Laren-Mercedes, même si l’on peut penser que BMW pourra de temps en temps jouer la gagne. En ce qui concerne les pilotes, si je devais parier, je miserais sur Raïkonnen devant Hamilton. Je suis convaincu que Kovailainen, le nouveau venu chez Mac Laren, remportera des courses cette année. Quand à Alonso… (long silence), Je n’ai jamais été un pro-Alonso. Il conduit très très bien mais de quel droit a-t-il autant critiqué dans les médias son écurie l’an dernier. C’était indécent de taper comme cela sur son employeur d’autant plus que, par contre, il n’a jamais craché sur l’important chèque de son salaire. En fait, il n’a pas accepté de ne pas avoir le statut de pilote numéro 1 de son écurie, bien qu’il soit champion du monde en titre, et de voir son jeune équipier Hamilton être aussi rapide que lui. Moi, j’ai toujours accepté d’être traité à armes égales avec mes équipiers.



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