Depierre charge le dopage
17/04/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 94 | Par Alexis Billebault

La Gazette : Le projet de loi sur le dopage et que vous défendrez dans deux semaines est-il novateur ?
Bernard Depierre : Je travaille en étroite collaboration avec Bernard Laporte et ce que je peux vous dire, c’est que cette loi, si elle est adoptée, se mettra au goût du jour de la législation européenne et mondiale. Elle viendra compléter celle de 2006 relative à la santé. Le code du sport va s’enrichir de nouvelles sanctions. Cette loi permettra également à l’Agence Française de Lutte contre le Dopage de se constituer partie civile. Elle contient également un volet sur le dopage des animaux, puisque certains sports – dressage, polo, courses de chiens par exemple – sont directement concernés.
Êtes-vous favorable à la multiplication des contrôles ?
Oui, surtout ceux qui sont réalisés à l’improviste et à l’entraînement. Ils ne sont pas assez nombreux et je le regrette.
Certaines disciplines semblent beaucoup plus touchées par le dopage. Le cyclisme par exemple, où être chargé semble être parfaitement naturel…
Et pourtant, des efforts sont faits dans ce milieu.
Mais le Tour de France est par exemple une immense escroquerie. On demande de plus en plus d’efforts aux coureurs, le public sait qu’une partie du peloton est dopée, mais il continue de s’enthousiasmer comme si de rien n’était…
Il est exact que sur un parcours comme celui du Tour de France, avec plus de 4000 kilomètres à effectuer, des cols, la chaleur et le peu de repos, les efforts demandés, le recours par certains coureurs à des produits illicites est presque inévitable… L’histoire de Lance Amstrong me laisse dubitatif. Mais ceux qu’il faut également sanctionner, ce sont les pourvoyeurs de produits dopants – médecins, kinés – qui ont des comportements criminels. Car à terme, les effets peuvent être mortels. Ce qui me chagrine également, ce sont les amateurs qui se dopent.
L’un des grands sujets actuels en France concerne la violence dans les stades de football. Les pouvoirs publics, sportifs et les clubs semblent se renvoyer la balle au lieu de mutualiser les efforts…
Il faut aller vers des interdictions de stade plus longues. Six mois au minimum, un an et plus s’il le faut. Peut-être faudrait-il s’inspirer de ce qui se fait en Angleterre, où les sanctions sont plus dures. Certains comportements ne sont plus admissibles et en interdisant de stade les individus qui posent problème, on pourrait frapper un grand coup. Un an, par exemple, cela laisse du temps pour méditer sur ses actes. De plus, ces individus seraient privés de leur drogue pendant de longs mois, et cela peut les inciter à réfléchir… J’ai par ailleurs constaté que des décisions arbitrales peuvent entraîner une certaine forme de violence chez certains « supporters »…
Attendez, quand des quarts de cerveau balancent des insultes racistes ou ont des comportements violents, ce n’est rien d’autre que l’expression de la connerie humaine à l’état pur… Les arbitres n’y sont pour rien…
Dans les cas évoqués, je suis d’accord avec vous. Mais il y a tout de même des individus qui peuvent sombrer dans la violence à la suite d’une décision arbitrale. Depuis longtemps, je suis d’ailleurs favorable à la création d’un Brevet d’Etat pour les arbitres. Comme il me semble indispensable pour ces derniers de suivre une préparation physique de haut niveau. Un arbitre mal préparé aura du mal à garder sa lucidité au moment de prendre une décision s’il n’arrive pas à suivre le rythme…
Quelle attitude la France doit-elle adopter vis-à-vis de la Chine à quatre mois des Jeux Olympiques ?
Quand le CIO a attribué les JO à Pékin, tout le monde avait compris qu’il s’agissait d’un choix risqué. Le peuple tibétain, qui est opprimé, a le droit de manifester ses revendications. Mais ce qui s’est passé autour de la Flamme Olympique à Paris m’a semblé disproportionné. J’ai trouvé quelques attitudes trop agressives… Mais je suis tout de même inquiet par ce qui risque de se passer autour des Jeux. Dans le domaine extra-sportif.
Nicolas Sarkozy doit-il assister à la cérémonie d’ouverture ?
Disons que s’il devait ne pas y assister, cela ne me gênerait pas .
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