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Isabelle de Almeida : « J’espère un printemps des luttes »

23/04/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 95 | Par Alexis Billebault

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Le Parti Communiste existe toujours. A Dijon, la digestion du maigre score d'Isabelle de Almeida, secrétaire départementale et conseillère régionale se fait lentement mais sà»rement. Mais le PC, qui affirme avoir retrouvé quelques couleurs, veut se faire entendre sur les grandes questions nationales.

Isabelle de Almeida

La Gazette : Isabelle de Almeida, votre score aux dernières municipales – 2,30 % – n’a rien de bouleversant. Le choix de conduire une liste autonome était-il le bon ?
Isabelle de Almeida : Ce résultat n’est pas à la hauteur de nos espérances. Je ne vais pas le nier. Mais je vous rappelle que nous avons pris assez tardivement la décision de faire une liste. Il y a eu des discussions avec les adhérents sur la stratégie à suivre pour le premier tour. Il y avait les partisans d’une liste indépendante et ceux d’une alliance avec François Rebsamen. Ces dialogues ont parfois été âpres, et finalement, nous avons décidé de faire une liste (ndlr : Ensemble clairement à gauche).
Est-ce parce que François Rebsamen a fait alliance avec le MoDem dès le premier tour ? Pourtant, des élus communistes – André Gervais, Michel Julien – n’en ont pas fait tout un fromage…
C’est leur choix et nous le respectons ! François Rebsamen a voulu donner un signal fort en vue de futures alliances avec le centre plutôt que de créer une nouvelle dynamique à gauche. Alors que plus de 60 % des sympathisants de gauche pensent que le Parti Socialiste devrait travailler avec toutes les forces de gauche pour l’élaboration d’un projet politique. Et je suis persuadée que la question se posera à nouveau.
Mais pour en revenir au MoDem, l’idée de travailler avec les centristes vous était-elle à ce point insupportable ?
La stratégie du MoDem manque de clarté politique. Et beaucoup de centristes ont regagné ces derniers mois la droite, qui est leur camp naturel. Cela déstabilise les électeurs de voir un parti surfer à droite et à gauche tout en souhaitant la disparition des clivages.
Donc, le PC dijonnais s’est d’abord basé sur cet accord entre François Rebsamen et le MoDem plutôt que sur le bilan du maire sortant pour constituer sa liste…
Son bilan est correct. Mais pour aller au bout de certains chantiers, il aurait davantage eu besoin de toutes les forces de gauche. Des chantiers comme la démocratie locale, le logement, le social, les transports, la défense des services publics, etc. Et il faudrait aussi que dans le Grand-Dijon, les habitants de toutes les communes soient mis sur un pied d’égalité. A Dijon, la gauche, c’est un peu trop François Rebsamen. On risque aussi de tomber dans la personnalisation à outrance, et ce n’est pas une bonne chose.
Les résultats des municipales et des cantonales au niveau national sont-ils l’amorce d’un début de renouveau pour le PC ?
Il faut cesser de dire que le Parti Communiste va très mal. Il traverse une période difficile, mais je rappelle qu’il y a 19 députés, un groupe au Sénat et que nous gérons 91 villes de plus de 9 000 habitants et 47 de plus de 15 000. Ce n’est pas rien…
Oui, mais vous oubliez un peu les roustes mémorables des présidentielles en 2002 et en 2007… Au point de vous faire piquer la vedette par la LCR, qui, elle, n’est pas un parti de pouvoir…
Mais combien la LCR a-t-elle d’élus ? Moi, je ne suis pas contre l’union de la gauche. A Dijon, nous avons proposé à la LCR de figurer sur notre liste, mais elle souhaitait se démarquer. Il ne faut pas également sombrer dans la contestation systématique, mais essayer de se rassembler. Il faut un mouvement social et politique fort, en France comme en Europe.
On appelle cela l’internationalisme…
C’est exactement ça !
Mais l’état du PCF ne s’explique-t-il pas aussi par l’absence d’un leader charismatique? Vous avez eu Maurice Thorez, Jacques Duclos ou Waldeck Rochet, mais depuis Georges Marchais, c’est un peu le désert…
Je ne suis pas vraiment d’accord avec vous. D’abord, les questions de leadership minent les partis…
A voir, car c’est un peu cela qui a permis à Sarko de gagner il y a un an, et un peu aux socialistes de perdre…
Il est exact que Sarkozy avait un parti et des moyens derrière lui. Mais ces questions de personnes ne sont pas bonnes pour les partis. Au PC, il y a des énergies et des capacités. Nous préparons notre congrès (11-14 décembre 2008) via des rencontres sur l’état du monde, ce qui caractérise le capitalisme. Mais il y a deux autres volets sur lesquels nous travaillons : l’avenir du PC et le projet politique de la gauche anticapitaliste. Nous ne sommes pas contre l’argent, mais pour une meilleure utilisation de celui-ci. Et puis, pour en revenir à votre question, le PC va tout de même un peu mieux. Les cantonales et les municipales le prouvent. On l’avait enterré peut-être un peu trop vite.
Nicolas Sarkozy est au pouvoir depuis presque un an. Il aime l’argent et ne le cache pas. Quel bilan faites-vous de la première année de son quinquennat ?
Les Français sont déçus. Nicolas Sarkozy a un style qui peut surprendre, mais surtout, il cherche à casser certains fondements de la société française. Il monte les Français les uns contre les autres, ne parle que de compétition, il refait parfois l’Histoire, et sa position sur la laïcité m’inquiète. Il voulait faire changer les choses, mais on assiste surtout à une régression culturelle. Il marche main dans la main avec le Medef, et ne fait rien pour le pouvoir d’achat.
A l’aube du quarantième anniversaire de Mai 68, rêvez-vous d’un printemps de contestation ?
La France va mal, le monde va mal. J’espère un printemps des luttes.



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