Sport

Le cas Abramovitch

23/04/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 95 | Par Alexis Billebault

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Alban Traquet, dijonnais d'origine et journaliste vient de publier un livre sur Roman Abramovitch, le milliardaire russe propriétaire de Chelsea. Un ouvrage qui permet de mieux comprendre ce personnage mystérieux et discret.

Roman Abramovitch

La Gazette : Ecrire un livre sur Roman Abramovitch ne doit pas être un exercice facile, puisque cet homme est quasiment inaccessible pour les journalistes…
Alban Traquet : En effet. Il ne donne que très rarement des interviews. Il l’avait fait en 2003 avec les journalistes de la BBC au moment du rachat de Chelsea, puis quand il avait convoqué la presse pour annoncer sa volonté de quitter son poste de gouverneur de la Tchoukotka, ce que Vladimir Poutine avait refusé. J’ai demandé plusieurs fois à le rencontrer, mais il a refusé. Quant à ses proches, ils ne sont guère plus bavards : soit ils me débitaient des banalités, soit ils refusaient de me voir. Mais avant de faire ce livre, j’étais parfaitement conscient de cela.
A quand remonte cet intérêt pour l’oligarque russe ?
A 2003, quand il a pris le contrôle de Chelsea. Pour les besoins du livre, j’ai pu m’appuyer sur toute la documentation accumulée en cinq ans. Abramovitch est un personnage particulier, romanesque. Il a connu une ascension fulgurante en quelques années, au point de devenir l’un des hommes les plus riches du monde. A 36 ans, il devient le patron d’un des plus grands clubs anglais, personne ne le connaît vraiment en Europe, l’origine de sa fortune intrigue et il a un look qui détonne un peu. Il est toujours mal rasé, ses tenues vestimentaires sont simples, et c’est aussi quelqu’un de très discret. Abramovitch est un personnage un peu atypique et j’ai voulu mieux comprendre certaines choses.
Pour mieux les comprendre, vous avez beaucoup voyagé : en Russie, y compris dans les endroits les plus improbables, et bien sûr à Londres…
J’ai effectivement passé quelques jours à Oukhta, où il a grandi. Abramovitch est issu d’une famille modeste, il a été orphelin très jeune et il a été recueilli par des parents à lui. Je me suis également rendu dans la région de Tchoukotka dont il est le gouverneur depuis environ huit ans. La Tchoukotka, c’est à neuf heures d’avion de Moscou, c’est à l’autre bout du monde et il y a encore quinze ans, les gens y crevaient de faim et il n’y avait pratiquement rien. Abramovitch y est très apprécié, parce sous son règne, cette région a effectué un vrai bond en avant. Elle s’est beaucoup développée et il y est pour beaucoup.
En quelques années, il a aussi redonné une certaine fierté aux supporters de Chelsea. Comment les fans du club londonien réagissent-ils face à la personnalité d’Abramovitch ?
Comme tout le monde, ils sont très circonspects sur l’origine de sa fortune. Ils savent très bien que tout n’est pas très clair, mais ils ferment les yeux, car ils lui sont quelque part reconnaissants. Roman Abramovitch a apporté beaucoup d’argent au club, qui depuis 2003, a remporté deux fois le championnat, deux fois la Coupe de la Ligue et une fois la Cup. Il rêve surtout de gagner la Ligue des Champions. Le vestiaire de Chelsea est peuplé de stars aux salaires mirobolants, mais il faut savoir que Chelsea est un club très endetté. Ce qui est plutôt surprenant quand on sait qu’Abramovitch est un homme très rigoureux dans la gestion de ses affaires.
Ce club, c’est un peu son jouet… Il se raconte qu’il a voulu investir dans le football après avoir assisté à une rencontre de Ligue des Champions en 2003 entre Manchester United et le Real Madrid (4-3)…
Même cela, c’est difficile de le savoir… Dans un pays comme la Russie où le football est populaire, cela me semble assez surprenant qu’il se soit découvert un intérêt aussi tardif pour ce sport en assistant à un match en Angleterre. En tout cas, il semble suivre de près le quotidien de son club. Il assiste à pas mal de matches, y compris à l’extérieur, va assister aux séances d’entraînement et de décrassage. Il se dit même qu’il fait des remarques sur la façon de jouer de l’équipe. Quand José Mourinho a été viré à l’automne dernier, c’était après un triste match nul face aux Norvégiens de Rosenborg (1-1) en Ligue des Champions.
En pratiquant une politique de transferts complètement démesurée, Abramovitch n’a-t-il pas un peu plus dérégulé le marché ?
Oui, d’une certaine façon. On dit qu’il y a un tarif pour Chelsea et un pour les autres. Ce qui est évident, c’est que ce club, qui est tout sauf un modèle économique, lui coûte pas mal de fric. Dans le livre, je raconte cette entrevue entre lui et Francis Graille, alors président du Paris SG, à propos de Ronaldinho. Abramovitch était prêt à mettre une fortune sur la table pour acheter le Brésilien. Et quelque part, Graille ne souhaitait pas que sa star aille à Chelsea. Car il pensait que cela aurait été négatif pour l’image du PSG que son joueur soit acheté par un personnage assez sulfureux…
Investit-il son argent dans le sport en Russie ?
Oui, notamment dans le développement de la Fédération Russe de Football. Il paye en plus une partie du salaire du sélectionneur national, Guus Hiddink.
Une carrière politique plus importante que celle de gouverneur de région pourrait-elle le tenter ?
Non. D’abord, les oligarques sont honnis par la population russe. De plus, il est juif, et jamais un Juif n’accèdera à de hautes fonctions en Russie. Il reste quelqu’un d’influent politiquement. Cela était le cas avec Elstine, ça le reste avec Poutine. Celui-ci lui fait confiance, puisqu’il a autorisé le rachat de la société Sibneft par Gazprom, pour plus de 11 milliards d’euros. Et Abramovitch est devenu l’homme le plus riche du pays .



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