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Men at Work

23/04/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 95 | Par Roald Billebault

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En exclusivité pour la Gazette, le chanteur dijonnais, Yves Jamait, nous a ouvert les coulisses de l'enregistrement de son troisième album qui a débuté en janvier dernier.

Yves Jamait
Yves Jamait

Rendez-vous est pris vendredi 18 avril dans un petit village enfoui de la Vallée de l’Ouche à une bonne heure de route de Dijon. C’est là, loin des studios aseptisés de la capitale, au beau milieu d’une nature généreuse qu’Yves Jamait et son équipe ont choisi de préparer le troisième album de l’artiste, deux ans après Le coquelicot, couronné récemment d’un mérité disque d’or.   
C’est sur le perron d’une grange sans âge entièrement rénovée en studio d’enregistrement, que Didier Grebot, réalisateur et directeur artistique de l’opus nous accueille le plus naturellement du monde, presque comme des amis de longue date. D’emblée, l’ambiance est bon enfant, familiale. Autour d’un café, les acolytes du chanteur dijonnais fument une de leurs premières cigarettes d’une journée qui promet d’être longue, et  notamment pour  Hervé Falsandaz, le timide batteur du groupe qui doit finaliser plusieurs prises de batterie le jour même. Visiblement en manque de sommeil, Laurent Delort, le débonnaire guitariste du groupe nous parle -entre deux gorgées d’un caoua à réveiller les morts- de son album personnel intitulé Convoi exceptionnel. L’accordéoniste Christophe Marozzi et Marc Descloitres, le bassiste chevelu, ne sont pas aujourd’hui de la partie. Yves, lui, n’est pas encore arrivé, il est à quelques kilomètres de là, en train d’arpenter les rayons de la superette du coin, à la recherche des ingrédients nécessaires à la préparation d’un copieux déjeuner qu’il prépare systématiquement lorsqu’il est au studio. Ce qui n’est pas pour déplaire à la fine équipe, bien au contraire : « Yves a été quinze ans cuisto, il fait super bien à becqueter », souligne Didier Grebot, dont j’entends encore d’ici le ventre crier famine.
Mais l’heure du ravitaillement n’a pas sonné, il faut penser à se mettre au turbin. Hervé se colle derrière son instrument fétiche pour peaufiner un court passage de « nous nous reverrons », l’un des 13 titres inscrits sur le track listing. Dans une exiguë salle annexe, le réalisateur et l’ingénieur du son écoutent attentivement la prise pour ne rien laisser au hasard. Le batteur est en bonne forme, 3 tentatives suffiront pour mettre tout cela en boite : « Cela peut parfois prendre beaucoup plus de temps, il arrive même qu’en cours de route on change presque tout sur un morceau pour recoller à l’idée de départ. Mais il arrive aussi qu’en une seule fois la fraîcheur recherchée soit là », précise Didier, visiblement très heureux de ne pas avoir perdu de temps sur cette prise. Car on l’aura compris, le petit imprévu, le petit caillou dans la chaussure, pourrait avoir des répercussions immédiates sur la sortie de l’album prévue en octobre prochain. « On est dans les clous, mais il faut toujours faire attention. Les morceaux sont finalisés à 80 %, c’est vraiment la dernière ligne droite. De toute façon, on ne peux pas se permettre d’avoir le moindre retard, la maison de disques doit tout avoir pour fin mai ».   
Entre-temps, au rez-de-chaussée, Yves est arrivé discrètement sans même déranger ses camarades. Il a déjà commencé la popotte des amis. Une mixture (dont le nom m’échappe) à base d’œufs, de champignons et d’épinards. Je décèle au passage dans l’œil de mon photographe accompagnateur comme une irrésistible envie de taper dans le plat en préparation. Heureusement, il se contiendra jusqu’au repas, que nous entamons notre deuxième Pontarlier une fois absorbé. D’une décontraction coutumière, Yves nous parle de tout, sans détour, de politique beaucoup, de bouffe, un peu. Chose étonnante, il nous avoue même faire du sport régulièrement   «  J’ai 47 balais, il faut que je garde la forme. D’ailleurs, depuis que je vais en salle, je me sens plus dynamique ». Et puis, la conversation s’oriente sur son prochain album, dont le titre n’est pas encore validé : « on hésite encore entre Je passais par hasard  et etc, deux morceaux de l’album ». Sur un ordinateur portable d’une marque germano-japonaise, Jamait nous fait écouter la majeure partie des chansons que vous ne découvrirez qu’en octobre (ça, c’est de l’exclusivité !). Des chansons récentes, écrites dans l’urgence comme se plaît à travailler l’artiste : «  Je travaille toujours comme ça, je ne sais pas faire autrement. D’ailleurs, je n’écris jamais en une seule fois, ce sont des petits morceaux de textes qui s’assemblent une fois terminés ». Pour autant, l’ensemble est une fois de plus convaincant. Les mots sont simples, efficaces, poignants par moment. Sans être tristes, on ressent dans ces écrits toute la mélancolie du chanteur. A l’image « des mains d’une femme », sa petite « préférée » ou de « Je passais par hasard » qui raconte l’histoire d’une femme battue. « J’ai la volonté de faire esthétique dans l’écriture, je compare ça à de la peinture ».  Il y a aussi des titres qui font sourire, tel « célibataire », qui relate assez froidement la vie d’un homme seul : « Je parle tout seul, je dors tout seul, je baise tout seul, je rêve tout seul », peut-on entendre en guise de refrain. « Ce qui m’intéresse en chanson, c’est de jouer des rôles, de me mettre dans la peau des gens sans porter le moindre jugement. Ce ne sont pas forcément des chansons autobiographiques  ». Des tranches de vie tout simplement, celles-là mêmes auxquelles Jamait nous habitue depuis  De verre en vers dans son tout premier  album.
Entre quelques prises de voix (rauque évidemment), Yves nous dévoile ce que pourrait être la future pochette de l’album, signée  Youri Lenquette, une pointure dans le milieu de la photographie artistique. Un indice peut-être ? Il est question de couvres-chefs, de casquettes si vous voyez ce que je veux dire. Ce prochain album promet aussi de belles collaborations avec la dijonnaise Dorothée Daniel et le trompettiste classique, tout aussi dijonnais, Thierry Caens. Un duo avec une artiste internationale dont je tairai volontairement le nom est aussi acté, ainsi qu’un autre duo avec….non désolé, j’ai juré de n’en souffler mot .



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