A la une

Dijon se fait son film

27/05/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 99 | Par Jérémie Demay

Réagir Télécharger le numéro

La municipalité de François Rebsamen va installer 26 caméras de vidéo protection en centre-ville. Pas encore installé, ce dispositif sécuritaire crée déjà  la polémique.

La municipalité de François Rebsamen va installer 26 caméras de vidéo protection en centre-ville. Pas encore installé, ce dispositif sécuritaire crée déjà  la polémique.
La municipalité de François Rebsamen va installer 26 caméras de vidéo protection en centre-ville. Pas encore installé, ce dispositif sécuritaire crée déjà  la polémique.
Pour Alain Millot, aucun doute les caméras de surveillances auront un effet dissuasif.

Le 19 mai dernier, le conseil municipal de Dijon a voté l’installation de vidéo protection dans l’hyper-centre de la ville. Quelques jours avant cette décision dijonnaise, Mick Neville, le responsable de la police urbaine de Londres dénonçait « c’est vrai fiasco : seulement 3% des crimes sont résolus grâce aux caméras. Personne n’a peur de ce dispositif. Pourquoi les gens n’en ont pas peur ? Tout simplement parce qu’ils pensent que les caméras ne tournent pas » et le responsable londonien poursuit : « à l’origine, ce dispositif devait être un instrument préventif. » (The Gardian du 6 mai). Pourtant, l’exemple londonien est souvent monté au pinacle pour son efficacité. « Les Anglais savent de quoi ils parlent puisque les caméras sont depuis longtemps installées chez eux », s’amuse Dominique Clémang, présidente de la Ligue des droits de l’homme de Côte d’Or.
Le conseil municipal a voté comme un seul homme, sauf les Verts et les communistes qui se sont abstenus, pour installer ces vidéo protections. Pour un budget de 500 000 euros  largement subventionné par l’Etat (près de 300 000 euros), c’est donc 26 caméras qui seront disséminées dans l’hyper-centre. Ce projet est présent dans le programme du candidat Rebsamen, mais pour Alain Millot, premier adjoint en charge de la tranquillité publique, la vidéo protection s’inscrit dans une suite logique : « depuis un certain nombre d’années, on a eu pour souci de mettre en place un dispositif de prévention et de dissuasion. Si nous n’avions pas mis en place tout cela, je suis certain que nous n’aurions pas amené la vidéo protection. Seule, la prévention n’est toujours efficace ». En effet, la prévention municipale passe par trois équipes composées de trois médiateurs chacune.
L’hyper-centre de Dijon serait-il devenu une zone de non-droit pour que la mairie installe des caméras ? Pas vraiment. Cependant, les statistiques de la délinquance montrent que les incidents se multiplient. Toutefois, ces chiffres sont à prendre avec précaution comme l’avait expliqué la Gazette (Les chiffres de la délinquance sont-ils révélateurs ? 16/11/06). « Dans certains endroits de la ville, il y a des dégradations, du vandalisme, des regroupements qui ne sont pas toujours des plus heureux. C’est ce qui nous a poussés à installer ce dispositif de vidéo protection. Je reçois les devis de la part des différents services techniques de la ville et les notes de ces dégradations sont salées », décrit Alain Millot.
Les détracteurs de ce projet ne comprennent pas l’intérêt réel de ce dispositif. Selon eux, ces caméras ne sont qu’un nouveau moyen de contrôle : « C’est une atteinte aux libertés individuelles et publiques. Cela vise à accroitre le contrôle social. Il existe déjà dans les écoles le contrôle biométrique, le fichage ADN. De plus, on se rassure par la peur », s’indigne Camille Renard, membre du collectif, Silence on tourne.
Toutefois, pour l’élu municipal, ces caméras sont un outil important dans les enquêtes policières. Ainsi, ces images pourraient être utilisées par les policiers pour une agression, un vol, une dégradation… Enfin, cette utilisation sera possible uniquement si les images sont correctes. Ainsi, si la personne filmée porte une casquette, une capuche, une écharpe sur le visage, ou alors qu’un laser est dirigé vers l’objectif, toutes ces images sont alors inexploitables pour les enquêteurs et pour la justice. « Les gens sont rarement cagoulés en centre-ville », précise Alain Millot. Rappelons les propos du chef de la police londonienne indiquant que seules, les images des caméras n’ont résolu que 3% des infractions.
Au-delà des questions de réelle utilité et d’utilisation des caméras et de leurs images, il reste à savoir qui les regardera ? Selon la mairie, ce sera une équipe d’agents municipaux triés sur le volet et spécialement formés. Le PC sécurité se trouve à la mairie. Pour l’instant, les agents ont devant eux un mur d’écran de télévision et surveillent la mairie. Quand le dispositif de vidéo surveillance sera mis en place, il ne restera plus qu’un à deux écrans. En effet, les images ne seront pas diffusées en continu. Toutefois, en cas de litige ou demande express de la police, ils donneront l’enregistrement intégral d’une caméra en particulier. Le but étant de ne pas noyer ces agents sous des montagnes d’images. De plus, si les caméras sont téléguidées, les agents ne pourront pas regarder ce qu’ils veulent puisque dès que l’image se rapprochera trop près d’une habitation, elle se brouillera automatiquement. Enfin, pour contrôler le travail des employés municipaux, ce sera le service de la tranquillité publique dirigé par Alain Millot qui sera en charge de cette mission. Ce service sera lui-même contrôlé par une autorité indépendante. Alain Millot se veut rassurant : « les images enregistrées sont écrasées automatiquement au bout de sept jours. Il n’y a pas de manipulation manuelle. Dans les semaines qui viennent, un comité d’éthique sera mis sur pied, avant même que les caméras soient installées. Le président de ce comité sera quelqu’un de complètement extérieur à la mairie ». La Ligue des droits de l’homme a été invitée à participer à ce comité, mais pour l’instant, l’organisation ne s’est pas encore prononcée. L’objectif de ce comité est simple : contrôler, souvent de manière inopinée, les images et la manipulation de ces caméras ftes par les agents.
Les 26 caméras prochainement installées au centre-ville de Dijon ne seront pas définitivement affectées à un endroit. En effet, si la mairie s’aperçoit que les caméras n’ont pas de réelle utilité dans un lieu, elles seront alors déplacées ailleurs. Pour les détracteurs de la vidéo protection, ce projet est une atteinte grave aux libertés individuelles, pour les autres, ce dispositif est rassurant. Quoi qu’il en soit, il reste regrettable que les relations humaines soient caviardées par la technologie.



Revenir en haut de page

Les commentaires pour cet article sont fermés.

Votre nom :
Votre email :
L'email de votre ami :
Votre message (facultatif) :
La fin des haricots ?
En savoir plus [+]
Télécharger le numéro 296 de La Gazette de Côte d'Or au format PDF Archives
Revenir en haut de page