Téhérangeles
27/05/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 99 | Par Emmanuel Razavi



La Gazette : Combien d’Iraniens sont exilés aux Etats-Unis ?
Emmanuel Razavi : Près de quatre millions, dont un quart en Californie.
Pourquoi ont-ils choisi les Etats-Unis et tout particulièrement la côte ouest ?
Les Etats-Unis ont toujours représenté un pays accueillant pour les Iraniens de la diaspora. Certains y avaient fait leurs études, quand d’autres y avaient placé de l’argent ou acheté des biens avant la révolution islamiste en 1979.
Peut-on dire que cette communauté est un modèle d’intégration ?
Oui. Les Iraniens de la diaspora sont en général des gens cultivés et travailleurs. Il ne faut pas oublier que l’Iran est un berceau culturel important.
Et même l’effet 11 septembre n’y a rien changé ?
Non. Même si George Bush a dit récemment que le plus grand danger après Al Qaïda est l’Iran, cela n’a pas changé grand-chose. Les Iraniens de la diaspora aux Etats-Unis comme en France, sont perçus comme des gens fins, reconnaissants envers leurs pays d’adoption.
On parle beaucoup ces derniers temps d’une probable intervention militaire américaine en Iran, comment cela est-il perçu par la communauté iranienne ?
Le sentiment des Iraniens que nous avons interviewés avec Eric Simard, mon co-réalisateur, oscille entre incrédulité et inquiétude. Les Iraniens sont assez nationalistes dans leur ensemble. Y compris ceux qui ont fuit l’Iran.
Pourtant les Iraniens de la diaspora ne se cachent pas d’être plutôt pro-occidentaux…
Oui. Cela peut sembler paradoxal, en effet. Mais il n’y a rien de surprenant à ce qu’ils soient restés attachés à leur pays d’origine.
Que craignent-ils au juste ? Un renforcement du pouvoir de Mahmoud Ahmadinejad ?
Oui. Ils craignent qu’Ahmadinejad utilise un conflit pour faire l’union sacrée autour de lui et qu’il renforce sa position dans le monde musulman.
Quels effets pourraient avoir ce conflit ?
Il pourrait mettre tout le Moyen-Orient à feu et à sang. Compte tenu des liens qui existent entre l’Iran et le Hezbollah, le Liban en subirait les répercussions. Sans parler d’Israël.
Après l’Afghanistan et l’Irak, on voit quand même mal les Américains s’embourber de nouveau dans un conflit interminable…
Il y a des lobbys pétroliers très puissants aux Etats-Unis, dont certains favorables à une intervention militaire. Et l’Iran est la troisième puissance pétrolière du monde…
Laisser Ahmadinejad aux manettes du pays semble dangereux, tout comme une intervention militaire. Quelle est la solution ?
Les Iraniens que nous avons interviewés préconisent soit une solution diplomatique, soit le renforcement de l’aide occidentale auprès des mouvements de résistance, qu’ils soient monarchistes ou démocratiques. Dans tous les cas, ils ne veulent pas d’une guerre.
La communauté iranienne est également très implantée à Dijon, avez-vous eu l’occasion de sonder leur état d’esprit par rapport à cette éventuelle intervention ?
Les Iraniens de Dijon forment une communauté exemplaire qui a parfaitement réussi son intégration. Ici comme aux Etats-Unis, leur sentiment oscille entre incrédulité et inquiétude quant à une intervention militaire américaine .
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