Montebourg les 35 heures
17/07/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 106 | Par Jérémie Demay

La Gazette : L’intitulé de cette loi comporte l’expression « démocratie sociale ». Est-ce que cette dernière pourra réellement être respectée dans les PME ?
Arnaud Montebourg : C’est un véritable problème que finalement le droit du travail organise après la réforme, le dumping social. C’est-à-dire la mise en concurrence des entreprises en mettant sur le marché le droit du travail et le degré de protection qu’ils accordent à leurs salariés. A partir de là, cela devient le début de la fin de la protection des salariés. C’est la fin de l’ordre public social qui évite que les salariés soient jetés dans ce processus de concurrence. Les patrons diront à leurs clients: regardez, je protège moins mes salariés et je les paye moins, le temps de travail est plus long, c’est pourquoi je fais de meilleurs prix. L’économie doit être au service de l’homme, et pas l’inverse. C’est ça la différence entre la droite et la gauche.
Ce texte va-t-il réellement démanteler les 35 heures ?
Ce n’est pas les 35 heures qui vont être démantelées, mais les 40 heures ! C’est là le problème, il n’y a plus de droit du travail. A partir de là, il y aura des endroits où l’on travaillera 40 heures, d’autres 45, et même 50 heures. La directive européenne est en train aujourd’hui de démanteler tout le droit du travail. Ce n’est pas les 35 heures qu’il faut défendre, c’est les 40 heures.
Un salarié peut-il travailler 48 heures par semaine ?
C’est tout à fait possible d’après les doctrines libérales de l’Union. D’ailleurs cela existe déjà. Le problème, c’est que cela se fera sans surcroît de salaire. Cette loi, c’est travailler plus pour gagner moins.
Bakchich, après une enquête très poussée, affirmait que les 35 heures ont beaucoup contribué à faire baisser le chômage au début de leur mise en place, mais qu’ensuite cela a freiné l’économie, partagez-vous le même sentiment ?
Oui et non. Il y a du bon comme du mauvais dans les 35 heures. Le bon par exemple est qu’il existe des entreprises où cela a marché. Tout le monde était gagnant. Ils ont échangé de bons salaires contre l’annualisation du temps de travail. En revanche, il y a d’autres entreprises où les 35 heures n’ont pas marché. C’est d’ailleurs la faille des 35 heures. Nous sommes obligés d’en dresser un bilan mitigé et nuancé.
Vous ne serez donc pas forcément contre la fin des 35 heures ?
Maintenant, le vrai combat c’est de défendre le droit du travail .
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