Louis de Broissia : « Ne pas plier devant la Chine »
28/08/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 107 | Par Alexis Billebault

La prochaine poignée de mains entre Christian Poncelet, le président du Sénat et Louis de Broissia promet d’être glaciale. Depuis le 13 août dernier, le sénateur UMP de la Côte d’Or ne rate pas une occasion de dire tout le mal qu’il pense de l’ordre donné par l’impayable Poncelet de ne pas recevoir le Dalaï-lama ailleurs que dans une salle minuscule du Sénat et sans la présence des journalistes. L’octogénaire président de la chambre haute avait sans doute peur de déplaire au très démocrate régime chinois, surtout en plein milieu des Jeux Olympiques. « Christian Poncelet a agi de son plein gré, et à ce jour, je n’ai pas reçu la moindre explication », expliquait Louis de Broissia vendredi dernier après l’inauguration d’un temple bouddhiste à Roqueronde (Hérault) en compagnie du Dalaï-lama.
LDB, qui connaît le chef spirituel tibétain depuis près de dix-huit ans est donc convaincu que Poncelet n’a pas reçu cet ordre en ligne droite de l’Elysée. Pourtant, le chef de l’Etat a consciencieusement évité le Dalaï-lama pendant toute la durée de la visite de ce dernier en France. Occupé à assister à la cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Pékin et à intervenir dans le conflit russo-géorgien, Nicolas Sarkozy a seulement fait savoir qu’il recevrait à Paris le Dalaï-lama en décembre prochain, en compagnie d’autres Prix Nobel. Et toujours selon l’Elysée, c’est le Dalaï-lama himself qui aurait demandé à ne pas être accueilli par Sarko. « Je rappelle que sous Mitterrand et sous Chirac, le Dalaï-lama était souvent reçu dans les caves de l’Assemblée Nationale. Pendant les JO, les Chinois étaient nerveux. Le Président verra le Dalaï-lama en décembre. Et Carla a rencontré ce dernier vendredi à la demande de Nicolas Sarkozy. Celui-ci m’avait demandé d’accompagner son épouse, mais également Bernard Kouchner et Rama Yade dans l’Hérault.» Rama Yade, justement, que l’on avait vue beaucoup plus s’agiter lors de la venue du Colonel Kadhafi en France en septembre 2007. Mais cette année, la jolie secrétaire d’Etat aux Droits de l’homme avait une excuse de taille : elle était en vacances…
Kadhafi oui, le Dalaï-lama non !
Esthétiquement, en rencontrant Carla plutôt que son mari, le Dalaï-lama n’y a pas perdu au change. Mais on peut légitimement se demander si le chef de l’Etat n’a pas agi essentiellement pour des motifs économiques en pensant avant tout à ne pas contrarier la Chine et son immense marché. « Je ne peux pas vous interdire de le penser », glissait Louis de Broissia. Il y a presque un an, Sarko avait reçu en grande pompe le Colonel Kadhafi qui, paraît-il, en rigole encore. Aux frais de la princesse. Mais rien n’est trop beau quand il s’agit de faire signer quelques contrats, qui ont d’ailleurs toutes les chances de ne jamais être respectés tellement l’excentrique guide libyen traîne une réputation de mauvais payeur. Et lors des cérémonies du 14 juillet, c’est un autre grand humaniste, le président syrien Bachar El Assad, qui avait eu droit aux honneurs de la République. Là aussi aux frais du contribuable. « Il faut parler avec tout le monde », insistait Louis de Broissia. « Nicolas Sarkozy et le Dalaï-lama n’ont pas voulu prendre le risque d’aggraver les souffrances du peuple tibétain. Bien sûr que j’aurais préféré que les deux hommes se rencontrent. Mais ils auront d’autres occasions de le faire. Moi, je suis aussi un ami de la Chine, mais je n’y vois pas de raison de plier devant elle. Il faut lui dire la vérité, même si cela la dérange. » Sarko ne doit sans doute pas parler assez fort. Et une fois de plus, la diplomatie française a baissé son froc devant les intérêts économiques. Une vieille tradition républicaine .
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