Société : Ces Côte-d’Oriens qui vivent autrement
04/09/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 108 | Par Jérémie Demay


Le châtelain monte au créneau
Patrimoine. Depuis près de 300 ans, le château d’Arcelot domine la commune éponyme. La famille Loisy réside dans cette belle demeure depuis 1711.
LLe comte Antoine de Loisy est fraîchement marié depuis décembre dernier. C’est lui qui s’occupe du château aujourd’hui. Le comte a deux sœurs : l’une vit dans le village, l’autre habite Paris. Résider dans une belle demeure n’a pas que des avantages, loin de là, même : « c’est à la fois un cadeau puisque c’est l’héritage et l’histoire de la famille, mais c’est un fardeau aussi », explique monsieur le comte. Et un fardeau qui coûte cher. Entre le personnel et les petits travaux, c'est 30 000 euros par an qui partent du budget. A cela, il faut rajouter les dépenses pour les gros travaux comme la toiture ou autre, et c’est 30 000 euros de plus en moins. C’est pourquoi le château familial est devenu une entreprise à part entière, avec des visites, des réceptions… Antoine de Loisy habite encore le château. Bien sûr pas dans le bâtiment visitable, mais dans une dépendance située à quelques dizaines de mètres. Cependant, ce n’est pas parce que la famille Loisy vit dans une carte postale qu’elle ne souhaite pas partir en vacances. « C’est important de changer de cadre. J’aimerais partir 15 jours par an », confie le comte.
Antoine de Loisy reste inquiet pour l’avenir. La future succession avec ses enfants, mais surtout le financement de la bonne santé du château. « L’Etat se désintéresse du patrimoine. Heureusement, il a simplifié la procédure de mécénat par les entreprises, ce qui nous permettrait de maintenir l’âme du château. De plus, pour les entreprises, cela peut valoriser leur image ». Les nobles aussi ont leurs problèmes d’argent. Décidément, posséder un château peut faire perdre la tête .
Camtar, hardtek, et liberté
Trip. Le camion devient un mode de logement de plus en plus prisé, notamment chez les teuffers.
« En camion, on a le plus grand jardin du monde : la Terre », se réjouit Twix, teuffer de 25 ans. Les teuffers sont ces personnes qui aiment remuer leur derrière dans les rave-parties. Enfin, le terme exact pour définir ce mode de vie serait traveller vu qu'en huit mois, notre fêtard a parcouru entre 70 000 et 80 000 kilomètres. Twix partage son C25 avec un ami : « vaut mieux bien s’entendre puisqu’avec la promiscuité dans le camion, la tension peut vite monter ». A l’intérieur, ce n’est pas le grand luxe, mais c’est le système qui est à l’honneur : un lit deux places, une table, deux bancs, et un petit coin cuisine comprenant un réchaud. Pour les courses ? Pas de problème pour nos deux compères qui se ravitaillent tous les jours. « En plus, parfois, des gens nous donnent des provisions », explique Twix. Même si les conditions de vie restent rudimentaires, c’est pour accomplir un rêve que le traveller a choisi comme résidence un « camtar » : « j’avais envie de vivre seul, sans personne. Avec mon camion, je n’ai pas de proprio sur le dos, ni de loyer à payer », raconte Twix. Cependant, la liberté quotidienne a aussi son revers : « les flics nous font tout le temps chier pour le stationnement. Pareil, beaucoup de gens ont peur de nous, et des fois, on est très mal reçus dans certaines villes ». Les deux amis souhaitent cependant insister sur un point : l’hygiène. « Ce n’est pas parce qu’on vit dans un camion, que forcément on ne se lave pas. On prend une douche tous les jours ».
Le camtar comme clé des champs, de plus en plus de jeunes s’engouffrent dans ce mode de vie suivant ni plus ni moins le chemin tracé par les beatniks et les hippies dans les années 60 et 70.
Voyage, voyage
Snatch. Le mode de vie des gens du voyage est de plus en plus menacé. Finies les fêtes foraines, place à la ferraille.
« Echanger ma caravane contre un appart ? Jamais de la vie. Deux heures dans un HLM et je me pends ! ». Le regard imbibé de liberté, Joska, 23 ans, ne voit pas comment vivre autrement que sa communauté l’a toujours fait : sur la route. Cependant, la situation des gens du voyage se dégrade de plus en plus. Hier, ils faisaient les marchés et les fêtes foraines mais aujourd’hui, cette tradition semble s’éteindre. Pas par manque de volonté, mais « les temps sont durs avec l’euro », explique Lyubina, 71 ans.
« il faut toujours payer : l’assurance des camions, des manèges… continuer comme ça était impossible. On a tout revendu. Maintenant, ce sont mes enfants qui s’occupent de moi ». Joska regarde sa grand-mère comme pour la rassurer du soutien inconditionnel de sa progéniture. Justement, pour aider sa famille, Joska travaille. Il fait de l’élagage, et il récupère également de la ferraille. Pourtant, le jeune homme semble préoccupé :
« on est de plus en plus rejetés par le reste de la population. Avant, l’aire des gens du voyage ici à Dijon comptait 54 emplacements, aujourd’hui il en reste 25. Alors, ceux qui n’ont pas de place s’installent à l’extérieur. Mais ils sont chassés très rapidement. On va où, nous ? » Lyubina interrompt son petit-fils :
« ils nous font payer les emplacements, mais ça nous revient aussi cher que de vivre dans un HLM ». L’hiver, les affaires des gens du voyage se compliquent à cause du froid. Mais la communauté sait se réchauffer : « on installe dans une vieille caravane un poêle, et on se réunit tous autour. » La solidarité chez les gens du voyage, c’est peut-être leur seul moyen de survie. Pour la nourriture, ils ont tout ce qu’il faut : « on fait des conserves, et on a un frigo aussi. Ce qui nous évite d’aller tous les jours au supermarché », annonce fièrement Lyubina. Les gens du voyage souhaitent garder leur style de vie, mais la sauvegarde de leur culture est broyée par la peur et l’incompréhension réciproque entre la société et leur communauté.
Et ta sœur!
Spiritualité. Installée depuis 55 ans à Brochon, la fraternité franciscaine est très bien établie dans la vie du village.
D ifficile de manquer le couvent des sœurs franciscaines à Brochon. Situé en face du lycée Stephen Liegard et son château, le domaine des frangines comprend une maison de retraite, et bien sûr, une grande maison qui abrite douze sœurs. La vie dans la communauté commence tôt puisque le lever est fixé à 5h 45. La journée débute par le petit déjeuner, puis les religieuses enchaînent sur une période de prières (laudes, prière du temps présent) et de méditation. « Les sœurs partent chacune dans leurs activités respectives. Certaines partent travailler à la maison de retraite, les autres font l’entretien de la maison », explique la dynamique et sympathique sœur Catherine. A neuf heures, c’est la messe qui dure environ une demi-heure, ensuite chacune part à ses travaux. La communauté franciscaine est très bien intégrée dans la vie du village. « Avant, nous faisions les soins infirmiers à domicile. Ceci nous a permis de rentrer dans l’intimité des gens. Une autre preuve que notre communauté vit dans le village, c'est le jour de la sainte Claire (ndlr, le 11 aout) qui est la fête de notre fraternité. Au fil des années, c’est devenu également la fête du village ».
Rentrer dans les ordres n’est pas un choix facile. Pourtant, Sœur Catherine ne regrette pas: « je ne peux pas imaginer ma vie autrement. Le doute ne fait pas partie de ma vie ». Heureusement, les sœurs dans l’année ont la possibilité de prendre des vacances: « on peut même aller en Suisse puisque nous avons un chalet là-bas. Sinon, on part dans la famille. » Les couvents ne sont plus des prisons aux barreaux de cierges.
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Société : Ces Côte-d’Oriens qui vivent autrement
04/09/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 108 | Par Jérémie Demay


Le châtelain monte au créneau
Patrimoine. Depuis près de 300 ans, le château d’Arcelot domine la commune éponyme. La famille Loisy réside dans cette belle demeure depuis 1711.
LLe comte Antoine de Loisy est fraîchement marié depuis décembre dernier. C’est lui qui s’occupe du château aujourd’hui. Le comte a deux sœurs : l’une vit dans le village, l’autre habite Paris. Résider dans une belle demeure n’a pas que des avantages, loin de là, même : « c’est à la fois un cadeau puisque c’est l’héritage et l’histoire de la famille, mais c’est un fardeau aussi », explique monsieur le comte. Et un fardeau qui coûte cher. Entre le personnel et les petits travaux, c'est 30 000 euros par an qui partent du budget. A cela, il faut rajouter les dépenses pour les gros travaux comme la toiture ou autre, et c’est 30 000 euros de plus en moins. C’est pourquoi le château familial est devenu une entreprise à part entière, avec des visites, des réceptions… Antoine de Loisy habite encore le château. Bien sûr pas dans le bâtiment visitable, mais dans une dépendance située à quelques dizaines de mètres. Cependant, ce n’est pas parce que la famille Loisy vit dans une carte postale qu’elle ne souhaite pas partir en vacances. « C’est important de changer de cadre. J’aimerais partir 15 jours par an », confie le comte.
Antoine de Loisy reste inquiet pour l’avenir. La future succession avec ses enfants, mais surtout le financement de la bonne santé du château. « L’Etat se désintéresse du patrimoine. Heureusement, il a simplifié la procédure de mécénat par les entreprises, ce qui nous permettrait de maintenir l’âme du château. De plus, pour les entreprises, cela peut valoriser leur image ». Les nobles aussi ont leurs problèmes d’argent. Décidément, posséder un château peut faire perdre la tête .
Camtar, hardtek, et liberté
Trip. Le camion devient un mode de logement de plus en plus prisé, notamment chez les teuffers.
« En camion, on a le plus grand jardin du monde : la Terre », se réjouit Twix, teuffer de 25 ans. Les teuffers sont ces personnes qui aiment remuer leur derrière dans les rave-parties. Enfin, le terme exact pour définir ce mode de vie serait traveller vu qu'en huit mois, notre fêtard a parcouru entre 70 000 et 80 000 kilomètres. Twix partage son C25 avec un ami : « vaut mieux bien s’entendre puisqu’avec la promiscuité dans le camion, la tension peut vite monter ». A l’intérieur, ce n’est pas le grand luxe, mais c’est le système qui est à l’honneur : un lit deux places, une table, deux bancs, et un petit coin cuisine comprenant un réchaud. Pour les courses ? Pas de problème pour nos deux compères qui se ravitaillent tous les jours. « En plus, parfois, des gens nous donnent des provisions », explique Twix. Même si les conditions de vie restent rudimentaires, c’est pour accomplir un rêve que le traveller a choisi comme résidence un « camtar » : « j’avais envie de vivre seul, sans personne. Avec mon camion, je n’ai pas de proprio sur le dos, ni de loyer à payer », raconte Twix. Cependant, la liberté quotidienne a aussi son revers : « les flics nous font tout le temps chier pour le stationnement. Pareil, beaucoup de gens ont peur de nous, et des fois, on est très mal reçus dans certaines villes ». Les deux amis souhaitent cependant insister sur un point : l’hygiène. « Ce n’est pas parce qu’on vit dans un camion, que forcément on ne se lave pas. On prend une douche tous les jours ».
Le camtar comme clé des champs, de plus en plus de jeunes s’engouffrent dans ce mode de vie suivant ni plus ni moins le chemin tracé par les beatniks et les hippies dans les années 60 et 70.
Voyage, voyage
Snatch. Le mode de vie des gens du voyage est de plus en plus menacé. Finies les fêtes foraines, place à la ferraille.
« Echanger ma caravane contre un appart ? Jamais de la vie. Deux heures dans un HLM et je me pends ! ». Le regard imbibé de liberté, Joska, 23 ans, ne voit pas comment vivre autrement que sa communauté l’a toujours fait : sur la route. Cependant, la situation des gens du voyage se dégrade de plus en plus. Hier, ils faisaient les marchés et les fêtes foraines mais aujourd’hui, cette tradition semble s’éteindre. Pas par manque de volonté, mais « les temps sont durs avec l’euro », explique Lyubina, 71 ans.
« il faut toujours payer : l’assurance des camions, des manèges… continuer comme ça était impossible. On a tout revendu. Maintenant, ce sont mes enfants qui s’occupent de moi ». Joska regarde sa grand-mère comme pour la rassurer du soutien inconditionnel de sa progéniture. Justement, pour aider sa famille, Joska travaille. Il fait de l’élagage, et il récupère également de la ferraille. Pourtant, le jeune homme semble préoccupé :
« on est de plus en plus rejetés par le reste de la population. Avant, l’aire des gens du voyage ici à Dijon comptait 54 emplacements, aujourd’hui il en reste 25. Alors, ceux qui n’ont pas de place s’installent à l’extérieur. Mais ils sont chassés très rapidement. On va où, nous ? » Lyubina interrompt son petit-fils :
« ils nous font payer les emplacements, mais ça nous revient aussi cher que de vivre dans un HLM ». L’hiver, les affaires des gens du voyage se compliquent à cause du froid. Mais la communauté sait se réchauffer : « on installe dans une vieille caravane un poêle, et on se réunit tous autour. » La solidarité chez les gens du voyage, c’est peut-être leur seul moyen de survie. Pour la nourriture, ils ont tout ce qu’il faut : « on fait des conserves, et on a un frigo aussi. Ce qui nous évite d’aller tous les jours au supermarché », annonce fièrement Lyubina. Les gens du voyage souhaitent garder leur style de vie, mais la sauvegarde de leur culture est broyée par la peur et l’incompréhension réciproque entre la société et leur communauté.
Et ta sœur!
Spiritualité. Installée depuis 55 ans à Brochon, la fraternité franciscaine est très bien établie dans la vie du village.
D ifficile de manquer le couvent des sœurs franciscaines à Brochon. Situé en face du lycée Stephen Liegard et son château, le domaine des frangines comprend une maison de retraite, et bien sûr, une grande maison qui abrite douze sœurs. La vie dans la communauté commence tôt puisque le lever est fixé à 5h 45. La journée débute par le petit déjeuner, puis les religieuses enchaînent sur une période de prières (laudes, prière du temps présent) et de méditation. « Les sœurs partent chacune dans leurs activités respectives. Certaines partent travailler à la maison de retraite, les autres font l’entretien de la maison », explique la dynamique et sympathique sœur Catherine. A neuf heures, c’est la messe qui dure environ une demi-heure, ensuite chacune part à ses travaux. La communauté franciscaine est très bien intégrée dans la vie du village. « Avant, nous faisions les soins infirmiers à domicile. Ceci nous a permis de rentrer dans l’intimité des gens. Une autre preuve que notre communauté vit dans le village, c'est le jour de la sainte Claire (ndlr, le 11 aout) qui est la fête de notre fraternité. Au fil des années, c’est devenu également la fête du village ».
Rentrer dans les ordres n’est pas un choix facile. Pourtant, Sœur Catherine ne regrette pas: « je ne peux pas imaginer ma vie autrement. Le doute ne fait pas partie de ma vie ». Heureusement, les sœurs dans l’année ont la possibilité de prendre des vacances: « on peut même aller en Suisse puisque nous avons un chalet là-bas. Sinon, on part dans la famille. » Les couvents ne sont plus des prisons aux barreaux de cierges.
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