Louis de Broissia : « Pardonner, oui. Oublier, non »
25/09/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 111 | Par Arnaud Bousquet

Arnaud Bousquet : Vous êtes arrivé en 5e position derrière les 3 candidats de gauche. Est-ce que vous comprenez, quelques heures après, la violence de cette défaite ?
Louis de Broissia : Je comprends d’abord la force de la gauche, qui a confirmé une montée forte et qui a fait la preuve de son unité. La machine à gagner du Parti Socialiste a très bien marché. La machine à perdre de la droite, du centre et des indépendants s’est conjuguée…
Il y a chez vous un sentiment d’injustice ?
Non. C’est un sentiment de réalité. La politique n’est ni juste, ni injuste. Elle respecte les règles d’une démocratie. Pour les sénatoriales, c’est en circuit clos. 1555 hommes et femmes sont réunis pour la journée dans un bocal, qu’on appelle la Cité Judiciaire. Avec des psychodrames. Acte I, 1er tour. Acte II, entre-deux tours. Acte III, définitif, c’est le 2e tour. On sait que là, jouent les opinions politiques, personnelles, territoriales. Et joue également le moment où l’on se dit « depuis 10 ans, je veux me venger de tel ou tel ».
Qu’est-ce qu’on veut vous faire payer personnellement ? Pourquoi cette violence des gens de droite à votre égard ? J’ai entendu dimanche « il faut s’en débarrasser » et j’ai vu des élus de droite heureux et soulagés de votre défaite…
Ce n’est pas mon bilan de sénateur qui est en cause. Ces gens, je les connais. Je paie des positions que j’ai prises. Il fallait que je soutienne François-Xavier Dugourd à Dijon et pas d’autres. Parce qu’on ne peut pas soutenir tout le monde à la fois. Parce qu’il faut être courageux dans sa vie publique. J’ai assumé hier, j’assumerai demain.
Bernard Depierre, Rémi Delatte, François Sauvadet et Alain Suguenot ont-ils programmé et fomenté votre assassinat politique ?
Ne les mettons-pas tous dans le même panier ! Certains ont eu des amertumes qui se sont exprimées dimanche. Aujourd’hui, ils doivent avoir l’amertume de se dire que la Côte d’Or de la droite, du centre et des indépendants est très mal partie. On va reconstruire. Je suis président de la fédération UMP jusqu’à la prochaine élection (en novembre, ndlr). Je le reste jusqu’au soir d’une réélection ou du fait que je soutiendrai un autre. Je me déciderai en temps opportun. Dimanche, les gens se sont exprimés en leur âme et conscience. Il y a eu parfois des vengeances anciennes de 10 ans… j’en connais ! Le pardon fait partie de ma formation spirituelle. L’oubli, non !
Vos débuts en politique remontent à pratiquement 40 ans. 1971, Blagny-sur-Vingeanne, ensuite il y a eu le conseil général, la députation, président de l’assemblée départementale, le Sénat… Et en 8 mois, vous perdez la tête du conseil général, le siège de sénateur et peut-être la présidence de l’UMP 21. Comment l’homme réagit-il à cela ?
Il y a 8 mois, j’ai fait en sorte que le conseil général ne bascule pas à gauche. J’ai fait en sorte que François Sauvadet devienne le président. Je suis à ses côtés et je ferai en sorte qu’il le demeure solidement. Donc ce n’est pas la fin de la vie ! Je reste très heureux, très zen et très déterminé.
La vie de Louis de Broissia sans parlement ni présidence de département, ça donnera quoi ?
Déjà, le fait d’avoir laissé la présidence du conseil général et 2654 collaborateurs, ça a été dur. Pour le Sénat, j’avais 3 collaborateurs. Il faut d’abord que je trouve de quoi les recaser. Ma première préoccupation, c’est eux. Et ensuite, çe sera moi.
Aujourd’hui, vous êtes plus libre qu’hier pour le dire : soutenez-vous sans réserve la politique de Nicolas Sarkozy ?
Je soutiens sans aucune réserve la politique de Nicolas Sarkozy avec lequel j’ai eu un entretien téléphonique dès ce matin, sur le thème de l’amitié… c’est ce qui compte le plus en politique !
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