Patriat et sa vision du Sénat
25/09/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 111 | Par Alexis Billebault

La Gazette : François Patriat, votre élection, contrairement à celle de Rebs, n’est pas vraiment une surprise…
François Patriat : Les résultats m’étaient favorables lors des pronostics, c’est exact. Mais seule la vérité du scrutin compte. Et je vais vous avouer que j’étais un peu inquiet entre les deux tours. J’ai été élu grâce à des voix de gauche, de communistes, de Verts mais aussi de droite.
La campagne que vous avez menée laissait-elle déjà entrevoir cette élection ?
J’ai senti lors de cette campagne une forme d’adhésion majoritaire par rapport à nos engagements et nos propositions. Nous demandions aux grands électeurs ce qu’ils attendaient de leur sénateur et quels étaient leurs problèmes. Il fallait leur faire comprendre que le sénateur est comme le grand électeur, qu’il partage ses joies, ses craintes, ses espoirs. Nous avons fait avec François Rebsamen et Patrick Molinoz une campagne sans dénigrer nos adversaires et en insistant sur la fidélité aux territoires.
Puisque vous évoquez vos adversaires, comment expliquez-vous ce qui ressemble tout de même à une défaite de la droite ?
Je ne veux surtout pas me réjouir, car la politique est un métier très dur. Concernant Louis de Broissia, il a été jugé sur son bilan, ses pratiques. Gilbert Menut et Alain Houpert, qui a été élu, n’ont ni la même expérience, ni la même notoriété que François Rebsamen et moi-même. Nous étions en situation d’être élus. Ces élections, plutôt favorables à la gauche, ne sont pas seulement la traduction des résultats des dernières municipales. Elles sont aussi un avertissement supplémentaire pour le gouvernement.
Avez-vous eu l’impression que le milieu rural était plus concerné par ces sénatoriales ?
Oui, car les ruraux ressentent souvent un sentiment d’abandon et d’isolement, surtout à cause de la disparition des services publics et de la désaffection des nouvelles générations. Le monde rural a parfois l’impression d’être méprisé.
Vous avez été assez critique vis-à-vis du Sénat et des sénateurs, mais aujourd’hui, vous faites partie de la Chambre haute…
J’ai été et je reste critique vis-à-vis de certains comportements. Trop de sénateurs sont en retrait par rapport à la société réelle. Les Français estiment que trop de sénateurs ne travaillent pas assez, qu’ils ne sont pas assez présents, que le Sénat n’est pas le reflet de la société française. C’est en partie vrai. Mais d’autres travaillent beaucoup et contribuent au rayonnement de la France. Je pense à Henri Revol, qui a beaucoup œuvré dans les domaines scientifique et technologique. Ce que je peux vous affirmer, c’est que je vais beaucoup m’investir dans cette nouvelle mission. Un sénateur doit être visible, et je le serai. Je ne connais que la valeur travail. Je l’ai toujours prouvé dans tous mes mandats.
Pendant la campagne, on vous a également souvent entendu défendre François Rebsamen…
En effet. Je n’ai pas admis que certains lui intentent un procès en sorcellerie. On a voulu parfois opposer la Région à la capitale régionale et à son agglomération. Alors que nous sommes complémentaires et que nous travaillons ensemble. La Région a besoin d’une capitale forte.
Être parlementaire en plus d’être président de Région, cela est-il forcément un avantage ?
Je le pense, car il est plus facile de défendre certains projets, d’obtenir certains crédits. Je suis très sensible au problème de la suppression des services publics. Et j’ai bien l’intention de faire partie de la Commission des Affaires Economiques. Je le répète, être sénateur, pour moi, ce n’est pas un job doré…
Et comment comptez-vous organiser votre emploi du temps ?
En tant que président de région, je passe déjà quelques jours par semaine à Paris. J’y serai un tout petit peu plus, mais on me verra le plus souvent en Bourgogne.
Au fait, que pensez-vous du projet de fusion entre les régions et les départements ?
Je sais que je vais en surprendre certains en affirmant que j’y suis plutôt favorable…
Et serez-vous candidat à votre propre succession lors des régionales de 2010 ?
Si je suis en situation, oui !
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