Claude Patriat : « Rompre avec l’héritage mitterrandien »
30/10/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 116 | Par Alexis Billebault

Certains y verront un symbole ou un clin d’œil. Dans quelques jours, le PS va tenir son congrès à Reins, la ville du sacre des Rois de France. Aujourd’hui, les socialos n’en demandent pas tant. Même si, dans un coin de certaines (grosses) têtes respectives, l’idée fait son chemin. Ils sont plusieurs, hommes et femmes, à entrevoir un destin national. 2012 n’est pas aussi loin qu’il en a l’air. « On dit beaucoup qu’il s’agit d’un congrès important », rappelle Claude Patriat, quand d’autres, plus définitifs, évoquent celui de la dernière chance. Avec les socialistes, une chose est au moins certaine : ils ne sont pas iconoclastes. Quoi qu’ils disent où fassent, rien ne peut les empêcher de faire allusion aux gamelles des trois dernières élections présidentielles. « Mais je crois qu’ils ne se sont toujours pas remis de celle de 2002. Le fond du problème est ici. Lionel Jospin avait été le Premier Ministre qui avait le plus duré sous la Ve République en restant en poste cinq ans. Il était le chef d’un gouvernement pluriel, et quand il s’est présenté à la présidentielle, les membres des alliances qui existaient ont présenté leur candidat. C’est une des causes de sa défaite. »
Et le frère du sénateur-président du conseil régional de Bourgogne, qui n’a jamais été un grand adorateur de François Mitterrand, va même un tout petit peu plus loin. Quitte à froisser ceux qui idolâtrent toujours Tonton. « Il faut absolument que le PS rompe avec l’héritage mitterrandien. Ce que Jospin avait prétendu faire en 1994. » A Reims, rien n’interdit de penser que le PS ressortira apaisé. Les luttes d’egos et de pouvoir ont achevé de faire de lui la cible préférée des éditorialistes. Ce parti qui prétend gouverner la France n’a pas de projet interne. Et encore moins de feuille de route pour déboulonner la droite. En Espagne et en Grande-Bretagne, José Luis Zapatero et Tony Blair avaient pris le pouvoir sur un programme concret. « Je trouve cela positif qu’il y ait des débats au sein du PS. Mais ce qui me gêne, c’est cette incapacité qu’ont les socialistes à faire le lien entre stratégie gouvernementale et stratégie politique. »
DSK pas si loin que ça
Pour la grande sauterie champenoise, six motions ont été déposées. Celles des socialistes tendance écolo de Jean-Christophe Caresche ou de Franck Pupunat ou de Benoît Hamon, qui représentent l’aile gauche du PS risquent de ne pas peser bien lourd face aux trois autres. « A mon avis, Martine Aubry sera l’arbitre de ce congrès. Ainsi que les grosses fédérations », anticipe Claude Patriat, lui qui aurait bien vu Pierre Moscovici s’installer dans le fauteuil que laissera vacant François Hollande. Mais Mosco, qui ne ratait pas une occasion de dire tout le mal qu’il pensait de la présidentialisation du PS a finalement mis un mouchoir sur ses ambitions et a rejoint Bertrand Delanoë, qui lui ne cache pas les siennes. « C’est du billard. Du billard à trois bandes. Les partisans de Dominique Strauss-Kahn, qui reviendra sans doute pour 2012, sont un peu partout. Ou l’art de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier », s’amuse l’universitaire dijonnais. Le maire de Paris, qui dans sa motion n’emploie qu’avec d’infinies précautions le mot « socialisme », ne rêve – comme Ségolène Royal – que de l’Elysée. « Certains affirment qu’il faut rebaptiser le PS. Je ne suis pas d’accord. Le socialisme reste une idée neuve. Il faut juste améliorer son contenu. » Et aussi de déterminer avec qui les socialistes veulent nouer des alliances. Certains penchent pour un rapprochement avec l’extrême-gauche quand d’autres s’ouvrent vers le MoDem. « En l’état actuel des choses, il y a de quoi se demander si les socialistes ne sont pas en train de préparer l’ascension de François Bayrou. » Car lui, au moins, n’est pas tourmenté par les questions de leadership.
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