Congrès du Parti Socialiste : Sacrés socialistes !
20/11/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 119 | Par Alexis Billebault



François Rebsamen n’est guère bavard en ce moment. On le comprend. Il a même dû trouver les discussions de lundi sur le budget municipal plutôt reposantes après trois jours de congrès à Reims. Il parlera plus tard, à tête reposée, quand le Parti Socialiste aura son nouveau patron. Qui sera peut-être une patronne, puisque deux des trois postulants au job sont des femmes. Dans l’univers phallique de la politique, cela aurait du chien.
Seulement, avant d’en arriver là, les socialistes n’ont pas pu s’empêcher de se donner en spectacle pendant trois jours dans la tranquille ville de Reims et de donner des arguments supplémentaires à ceux qui voient régner dans la maison rose un indicible capharnaüm. Ce jeudi soir, les militants devront choisir entre Ségolène Royal, Martine Aubry et Benoît Hamon. Bertrand Delanoë, qui a mis un certain temps à avaler sa défaite, a appelé lundi les militants à voter « massivement » pour la fille de Jacques Delors. Le maire de Paris, dont la motion soutenue, entre autres, par François Hollande, Michel Rocard et l’inégalable Lionel Jospin sentait un peu le vieux canapé socialiste a sans doute compris qu’il n’incarnait pas vraiment le renouveau, un terme dont se prévalent Royal et Hamon. La première, dans un discours politico-messianique, s’est posée en rénovatrice, envisageant de consulter les militants sur les éventuelles alliances avec le MoDem tout en prenant un virage très à gauche au moment d’évoquer la crise. Une aile gauche que Benoît Hamon revendique, lui qui aura au moins eu le mérite d’aller au bout de ses convictions. Ce proche de Martine Aubry, qui a peut-être tendance à se voir plus beau qu’il n’est, avait envoyé dans la nuit de samedi à dimanche ses porte-flingues manigancer avec ceux de Delanoë et d’Aubry pour s’entendre sur un texte commun. Mais l’accord, faute d’entente sur un nom, a finalement capoté. Les arrière-boutiquiers socialos sont décidément incorrigibles…
Sarko, Bayrou et Besancenot, les grands vainqueurs ?
Enfin, il y a Martine Aubry. La très raide maire de Lille ne peut pas voir Ségolène Royal en peinture. Politiquement, la mère-fondatrice des 35 heures s’est décidée depuis longtemps à bloquer la route de la présidente poitevine. Depuis lundi, elle bénéficie du soutien franc et massif de Delanoë, qui n’est pas loin de partager avec elle la même détestation de Ségolène. Voilà où en sont les socialistes, qui n’ont donc toujours pas digéré la gabegie de 2002. Cette annus horribilis durant laquelle Jospin avait mené une campagne de second tour, où ses électeurs, trop sûrs d’eux, n’avaient pas daigné bouger leur fondement de leur sofa le dimanche du premier tour. Ils avaient ensuite voté pour Jacques Chirac pour barrer la route à Jean-Marie Le Pen, qui n’ est toujours pas revenu d’avoir atteint la finale. Certains s’étaient même rendus, sans crainte du ridicule, dans l’isoloir avec une pince à linge sur le nez. Presque sept ans plus tard, le second parti de France en est toujours au même point : rongé par les luttes de personnes, sans ligne claire, sans stratégie et sans programme. Et incapable de se gérer lui-même, ce qui est tout de même gênant pour une formation qui aspire à diriger le pays. Sarkozy, Bayrou et Besancenot seront sans doute par ricochet les grands vainqueurs de ce Congrès. Ils en avaient rêvé, les socialistes l’ont fait. Vous avez aimé 1995, 2002 et 2007 ? Vous adorerez sûrement 2012 !.
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