François Deseille : « Des extrémistes du centre »
20/11/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 119 | Par Arnaud Bousquet

Arnaud Bousquet : 30% des militants socialistes ont voté il y a 15 jours pour la motion de Ségolène Royal, favorable aux alliances et aux discussions PS-Modem. Ca veut dire que 70% considèrent votre mouvement comme un parti de droite. En quoi ont-ils tort ?
François Deseille : Nous sommes un vrai parti centriste capable de travailler des deux côtés de l’échiquier. Nous défendons cet hyper centrisme. Aux Municipales, à Dijon, nous travaillons avec François Rebsamen sur un programme commun partagé. A Beaune, nous travaillons avec Alain Suguenot, maire UMP. A Montbard, nous avons fait une liste indépendante. Nous sommes vraiment dans l’intérêt général. Peu importe l’étiquette. Nous sommes des extrémistes du centre. Pendant longtemps, j’ai été à l’UDF derrière François Sauvadet et c’est vrai que nous étions des supplétifs de l’UMP. Nous faisions indépendance au 1er tour et toujours union avec la droite au second. Parfois, on allait à droite à reculons en disant « il n’est pas bien mais on est obligés » alors qu’à gauche il y avait un bon candidat. L’avenir en politique, c’est de travailler des deux côtés. Le bipartisme, tout à gauche, tout à droite, ça ne marche pas. Parlons du déficit. La France en est à 1.270 milliards d’Euros de dette. Ca représente 17.000 euros par enfant qui nait. C’est la gauche, la droite, seules au pouvoir qui ont amené ça. Nous ce qu’on veut c’est rassembler les meilleurs des deux camps. Faire travailler Rebsamen et Borloo ensemble.
Vous avez déjà dit à François Rebsamen que François Bayrou était le seul opposant crédible à Nicolas Sarkozy ?
Il sait que c’est mon sentiment. Après je ne sais pas s’il le partage !
Ca vous arrange, au fond, que le PS, le parti du maire de Dijon dont vous êtes l’adjoint soit au bord de l’explosion, des divisions, de l’éparpillement de ses militants. Parce-que c’est le Modem qui ramasse les miettes ?
Ca ne m’arrange pas. Je suis partisan d’un PS fort pour travailler avec lui. Mais c’est vrai qu’il y a un manque de lisibilité et de cohérence dans leur positionnement. Faut m’expliquer pourquoi Martine Aubry prône la non-alliance avec le Modem alors qu’elle a fait alliance avec le Modem au 2è tour à Lille et son 1er vice-président d’agglomération est un Modem ! On n’est pas en concurrence avec le PS mais à un moment donné, il va falloir se rassembler contre Sarkozy.
Votre délégation à la ville, c’est la pire possible pour un garçon du Modem, par définition obsédé par la bonne tenue des finances publiques. Vous êtes adjoint aux grands projets, donc nouveau stade, nouveau tramway… Ca doit vous donner des cauchemars ça…
Ca se passe très bien. Les élus Modem sont écoutés, entendus, respectés. Nous partageons avec François Rebsamen la même vision sur les enjeux pour Dijon des 15 années qui viennent aux niveaux économique, touristique, européen, mais dans une enveloppe budgétaire maîtrisée. D’ailleurs j’invite les élus de l’opposition, qui critiquent systématiquement à tort les finances dijonnaises, à regarder ce qui se passe au sommet de l’Etat. La dette explose en France. Qu’ils s’occupent des finances de l’Etat plutôt que des finances saines de Dijon.
On revient sur les Cantonales de mars. Est-ce que vous avez revu Marc Frot, élu conseiller général Modem, et participant 10 jours plus tard à l’élection du Nouveau Centre François Sauvadet à la présidence du département ? Vous avez réussi à lui pardonner et à comprendre son choix ?
Je l’ai revu. Compris, oui. Il n’y a pas de pardon à donner. Marc Frot a fait son choix personnel qui n’engage pas le Modem.
Est-ce que cet épisode vous a fait murir politiquement, en apprenant qu’en politique, les accords verbaux n’engageaient que ceux qui les écoutaient ?
Oui. Et puis que maintenant, il fallait savoir utiliser les mêmes armes que ses adversaires.
C’est-à-dire ?
Des pressions… Des choses qui font qu’il faut utiliser les mêmes moyens… J’ai grandi, j’ai mûri .
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