L’Europe d’hier et d’Aujourd’hui
18/12/2008 | La Gazette de Côte d'Or n° 123 | Par Jérémie Demay


Jean-Pierre Raffarin : « L’Europe a eu un visage »
La Gazette : Vous avez été ministre des PME, selon vous, le gouvernement fait-il assez pour les PME pour répondre à la crise ?
Jean-Pierre Raffarin : En effet, les PME sont secouées par la crise. Il faut donc être très attentif à leurs préoccupations. La première, c’est le financement. Dans ce sens, le soutien aux crédits et à l’activité bancaire est très important puisque sans crédits les PME sont extraordinairement fragilisées. Ensuite, le deuxième volet concerne l’offre des PME avec les politiques d’innovation et de compétitivité. Le troisième thème traite du soutien aux exportations pour la conquête du marché extérieur. Dans le plan de relance, on trouve beaucoup de moyens au service des PME. Je dirais qu’avec les travaux qui vont être engagés, elles devraient être les premières bénéficiaires de ce plan.
Quel bilan tirez-vous de la présidence française de l’Union européenne ?
Il restera l’un des bilans les plus forts. Surtout quand on compare avec les autres présidents… Je pense que cela ne va pas être facile pour la présidence tchèque de se préparer à avoir autant d’initiatives comme l’ont été la création de l’Union pour la méditerranée, le sommet du G20 avec pour la première fois autour d’une même table le Brésil et la Chine, sans oublier toute la dynamique lancée sur le plan climat et environnement. On retiendra également que l’Europe a eu un visage. On l’a vu en Géorgie, en Russie… Je crois que c’était la première nécessité de Nicolas Sarkozy.
Certains chefs d’Etats européens se sont dits désabusés par les méthodes de Nicolas Sarkozy, notamment Angela Merkel…
Bien sûr, un leader s’impose toujours en bousculant quelque peu. Le problème, c’est que l’Europe était en train de s’embourber. Elle s’éloignait des peuples. Nicolas Sarkozy a réussi à redonner une dynamique européenne pour que finalement l’Union soit le théâtre du retour de la politique en Europe.
Face à la crise, chaque pays a pris des mesures de son côté. C’est cela l’Union ?
Je pense tout de même que l’Europe sur la relance a eu le soutien bancaire. Même s’il y a eu des divergences, mais monsieur Barroso, le président de la commission, a proposé une charpente commune.
Lech Walesa explique que Nicolas Sarkozy va trop vite, et que les gens n’arrivent pas toujours à bien tout saisir. Partagez-vous le même sentiment que l’ancien président polonais ?
Nous avons tellement été dans des situations où on allait trop lentement. C’est vrai, nous avons les inconvénients de la vitesse, mais nous gardons les avantages du mouvement. Il n’y a pas d’avenir dans l’immobilisme.
Lech Walesa : « Il faut une seule fondation pour l’Europe »
Rencontre. Lech Walesa, prix Nobel de la paix, et ancien président polonais n’a rien perdu de ses convictions.
La Gazette : Que devenez-vous en Pologne ?
Lech Walesa : J’ai deux bureaux : à Varsovie et à Gdansk. Celui de Gdansk est délégué par le parlement polonais, celui de Varsovie est celui de ma fondation. Je passe près de six mois à l’étranger à faire des rencontres semblables à celle d’aujourd’hui. Quand je vis en Pologne, je suis avec ma femme, mes enfants, enfin je vais un peu à la pêche. J’avoue que je n’ai plus de force pour le reste, j’ai 65 ans. De toutes ces affaires masculines, ce qu’il me reste, c’est le rasage.
Le thème d’aujourd’hui, c’est l’Europe, quel bilan tirez-vous de la présidence française ?
A mon avis, c’est une présidence réussie. Mais le président de la République française est un peu trop rapide. On n’arrive pas à le suivre. Il a beaucoup de bonnes idées, mais les gens n’arrivent pas à les attraper au vol. Je pense que quand il va se fatiguer un peu, cela ira mieux pour vous. Je crois en Sarkozy. Il a du talent, de la volonté. La France a une belle perspective.
La Pologne a toujours eue une place centrale dans l’histoire européenne. Cependant, une partie des Polonais se plaignent des contraintes européennes. Comment vivez-vous cela ?
On s’attendait à l’introduction de nouvelles perspectives. L’Union européenne n’est pas très bien organisée. Elle est même pire qu’une organisation d’éleveurs de canaris. Cela ne peut pas continuer comme cela. L’Europe doit être fiable. On doit savoir qui fait quoi et comment. Aujourd’hui, il faut retravailler la structure. L’Europe ne doit pas nous priver de liberté. Cependant, il faut donner un minimum pour que cela fonctionne.
Justement, cela va être le défi de la présidence tchèque ?
Peut-être pas à ce point-là. Mais c’est vrai que cela sera une grande discussion. A l’époque, il y avait des frontières, chacun avait sa culture. Cependant, il ne faut pas que les fondations soient différentes, il en faut une seule.
Vous avez mené de nombreux combats, à vos yeux, existe-t-il encore des combats de ce type à mener ?
Je suis un homme à part. Aujourd’hui, il n’y a plus de terrain pour faire des pas énormes comme ceux que j’ai fait. Aujourd’hui, on devrait bien travailler sur cette victoire, c’est-à-dire bien l’aménager et la protéger. Nous avons accompli quelque chose d’extraordinaire. Sans force, nous avons réunifié l’Allemagne. L’Europe devient presque un pays dans beaucoup de sujets. A l’horizon, nous avons la globalisation. Nous avons ouvert une porte sur des possibilités. Maintenant, il faut savoir sur quelle base nous voulons travailler. Tout ce que nous avons avec l’ONU, l’Union européenne, les démocraties… tout cela vient d’une autre époque. Aujourd’hui, il faut tout renouveler. Le temps presse. Ce sont des significations un peu vides. Il faut de nouvelles structures. Il y a toujours des discours, mais on ne change rien. On se contente de suivre le vieux programme. Je ne vous cache pas mon impatience. C’était une grande victoire, mais les conséquences qui en découlent se font attendre aujourd’hui.
Que pensez-vous des entreprises occidentales, comme Amora qui délocalise en Pologne ?
Il faut comprendre que l’Europe, c’est un pays. L’intérêt européen est plus grand que l’intérêt national. Cela va se reproduire sans arrêt, jusqu’au moment où les niveaux seront égalisés. Quel que soit l’endroit où l’on produit, on paie l’impôt en Europe. La vieille école a laissé les inégalités .
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