Handball, main dans la main
29/01/2009 | La Gazette de Côte d'Or n° 127 | Par Jérémie Demay

Pierre Terzi : Première question pour 120 000 euros. Peux-tu nous situer les forces et les faiblesses de ton équipe cette saison ?
Denis Lathoud : Les forces, nous avons construit une équipe assez complète. Nous avons doublé tous les postes car la saison est longue, en plus chaque match est important. Les faiblesses, c'est de ne pas avoir de bras de loin. Nous cherchons depuis plusieurs années, mais on a du mal à le trouver face au budget. Il faut faire un choix. Nous n’avons pas de gros arrière tireur de loin. Mais notre effectif est large ce qui permet de monter différents systèmes défensifs de la 6-0, 3-3, à la 5-1… nos joueurs sont polyvalents.
Denis Lathoud : Quelle est la différence entre les garçons et les filles ?
Pierre Terzi : Dans le handball bien sûr. Sinon, je me souviens de la différence entre l’abominable homme des neiges et les femmes des neiges… Jusqu’en 94, j’ai entraîné les garçons. La principale différence est liée à la génétique et aux hormones. C’est pour cela que les hommes sont plus puissants et ont une vitesse d’exécution plus rapide que les filles. Nous avons parfois des joutes qui nous permettent d’étalonner un rapport de force avec les garçons qui correspond à des cadets. Après, là où les filles passent stratégiquement à partir de montages collectifs un peu plus rodés, les garçons passent plus en force. Même si chez les garçons on voit des enclenchements tactiques assez élaborés, la valeur individuelle fait souvent la différence. Ensuite, chez les filles, l’écoute est un peu plus studieuse.
Denis Lathoud : et le côté psychologique…
Pierre Terzi : Oui, tu fais bien de le souligner. Chez les filles, il existe de grosses déconvenues plus spectaculaires que chez les garçons. Quand l’équipe plonge, elle le fait à tous les niveaux. Ce qui est peut-être moins le cas chez les garçons.
Pierre Terzi : Comment perçois-tu nos soirées couplées filles-garçons ?
Denis Lathoud : Je ne sais pas si les mêmes personnes viennent voir le match hommes et femmes. Cependant, c’est indéniable quand nous couplons les matchs, cela fait une soirée promotion pour le hand dijonnais. Il y a toujours plus de monde. C’est fort sympathique ce genre de soirée. Mes joueurs sont tout de suite plus motivés car ils n’ont pas envie de décevoir. Ces soirées sont sympas. On ne pourrait pas le faire pour tous les matchs, mais quelques fois dans l’année, cela mobilise le hand. La prochaine c’est le 21 février où nous recevrons Cesson, et les filles accueilleront Metz. Ça fait deux gros matchs.
Denis lathoud : Penses-tu que la fédération a bien fait d’intégrer les filles dans la LNH, sans grande préparation ?
Pierre Terzi : Il existe deux façons de voir le problème. Le premier est du point de vue conjoncturel et structurel. Je suis d’accord avec toi sur cette précocité. Après, comme on dit, la fonction fait l’organe. Peut-être qu’en mettant la barre un peu haut, cela oblige les structures à se mettre en place. Je pense qu’il fallait y arriver. Il aurait peut-être fallu mettre en place un moratoire sur plusieurs saisons. Cela fait plus de 12 ans que je suis au CDB. Depuis huit ans, environ tous les six mois, les cahiers des charges se compilent nous empêchant de nous installer réellement. Nous sommes tout le temps en train de monter des marches. On ne peut se stabiliser. On a voulu monter plusieurs marches d’un coup ; j’espère que certains clubs ne vont pas se casser la figure à cause de cela.
Pierre Terzi : Toi qui es un précurseur avec ton podium olympique en 1992, penses-tu que l’or de Pékin est en train de bouleverser l’impact médiatique du handball ? En sachant que même en ce moment, pour voir les matchs des Français, il faut être abonné à une chaîne à péages…
Denis Lathoud : Bouleverser le handball français, je n’y crois pas une seconde. En 1992, nous les joueurs, avons cru que nous allions décoller médiatiquement. En 1993, nous avons été vice-champions du monde, mais rien n’a bougé. En 1995, nous avons été champions du monde. Nous nous sommes dit : « on a touché le Graal, cette fois ça va bouger ». Hormis le fait d’augmenter le nombre de licenciés, rien n’a bougé. Quand je dis rien, c’est rien ! Quand je vois aujourd’hui notre équipe qui a été championne olympique à Pékin et que c’est toujours le même cinéma! Même au tournoi de Bercy où il n’y a eu qu’une misère. Les joueurs s’en sont plaints, ce qui est logique. Je me dis que la fédération n’a pas avancé d’un iota. Ensuite, pour exploser médiatiquement, nous ne pouvons passer que par la télé. Aujourd’hui, c’est bouché. Le service public, par le tour de France, ne produit plus rien du tout. TF1 n’est pas intéressé, et M6 pas plus. Alors il reste les chaines à péages. Tant que nous n’aurons pas un championnat de France capable de gagner des coupes d’Europe, ça n’ira pas plus vite. J’ai une idée à suggérer à la fédération : prendre en charge une partie des salaires des internationaux pour les faire rentrer en France.
Denis Lathoud : Que penses-tu de l’arbitrage dans ton championnat de France ?
Pierre Terzi : Je vais faire une réponse à la Coluche : « ce n’est pas plus mal que si c’était pire ! ». J’ai l’occasion de voir la coupe d’Europe depuis quelques saisons. Je suis parfois agréablement surpris du niveau des arbitres du championnat de France. Encore faut-il qu’ils s’en donnent la peine. En revanche, il peut y avoir chez certains binômes une forme de condescendance. Après, je considère les fautes d’arbitrage comme les fautes de mes joueuses. Il faut l’accepter comme tel, sinon, on devient fou.
Revenir en haut de page





























