François Patriat : « J’ai envie de continuer »
26/03/2009 | La Gazette de Côte d'Or n° 135 | Par Alexis Billebault

La Gazette : François Patriat, les élections régionales auront lieu dans un an. Et votre candidature à votre propre succession apparaît de plus en plus évidente…
François Patriat : Déjà, je suis satisfait de constater que la date n’a pas été changée comme il en était question et de repousser les élections à 2011. Et pour répondre à votre question, je serai candidat si mes amis socialistes le souhaitent. Personnellement, je pense pouvoir défendre mon bilan. Sur différents thèmes – innovation, pouvoir d’achat, industrie, environnement entre autres – je pense avoir répondu aux attentes, même si on peut faire toujours plus. J’ai multiplié certains budgets par deux. C’est vrai que j’ai augmenté les impôts. Mais ils ont servi à quelque chose. Alors oui, j’ai envie de continuer ma mission. J’ai la pêche !
Vous pourriez ne pas être le seul prétendant dans le camp socialiste. On parle aussi de Christian Paul…
Mais il est tout à fait légitime que d’autres ambitions se révèlent !
La question récurrente est de savoir si François Sauvadet, votre voisin de palier, sera candidat…
Lui ne le dit pas. Mais ses amis disent qu’il le sera (rires)…
Êtes-vous aussi soulagé par le maintien du même mode de scrutin ?
Oui. En vingt ans, les élections régionales ont connu trois modes de scrutin. Une région a besoin de certitudes sur ses missions et ses ressources, pas d’inquiétudes.
Quel est votre sentiment sur la réforme des collectivités territoriales ?
Il s’agit d’un sujet qui me passionne. Cette réforme devrait s’appliquer en 2014, à une époque où je ne serai plus candidat. Donc mon raisonnement est dénué d’arrière-pensées. Le rapport Balladur me déçoit, car il n’est pas à la hauteur des ambitions fixées pour permettre à la France d’organiser sa mue territoriale. J’ai écouté Edouard Balladur : sur ses vingt propositions, dix ne me semblent pas appropriées. Je l’ai dit à Michèle Alliot-Marie : ce scénario n’a pour but que d’affaiblir les départements et les régions et changer le mode de scrutin à des fins politiques.
Donc, vous êtes opposé à la création du conseiller territorial…
Absolument. Cela signifierait un retour à l’établissement public d’il y a trente ans. Ce rapport est la mise en cause des collectivités locales. L’Etat dit qu’elles dépensent trop, qu’il y a trop d’élus et donc trop d’indemnités. Le gouvernement veut faire cesser les financements croisés, alors qu’il les organise tous les jours ! Il recentralise tout en nous faisant les poches et en nous étranglant avec la diminution des dotations, de la TVA ou de la taxe professionnelle. Alors, faut-il une France fédéraliste ? Si oui, plutôt sur le modèle italien. Sur ce rapport Balladur, la gauche est divisée.
Avec elle, on a l’habitude…
Elle veut surtout conserver ses bastions. Moi, je suis réformiste, je suis contre le statu-quo. Mais vouloir rassembler le département et la région, c’est idiot. Même Balladur en convient.
Le 19 mars dernier, plusieurs millions de Français sont descendus dans les rues. Quelle analyse faites-vous de ces manifestations ?
J’accompagne ce mouvement social sans surenchère. Cette crise est sociale avant d’être financière. Le gouvernement doit comprendre qu’il ne peut y avoir de réponse sans confiance. Les salariés aimeraient voir leurs efforts récompensés. Aujourd’hui, le gouvernement est dans la période des inquiétudes après celle des certitudes. Je fais référence aux fameux « j’irai chercher la croissance avec les dents » ou « travailler plus pour gagner plus. » Nicolas Sarkozy a toujours des affirmations populistes sur lesquelles il construit ses actions. Il a mis tous les clignotants de la France au rouge. Les heures supplémentaires jouent contre l’emploi. Ces manifestations sont l’expression d’une inquiétude de plus en plus grande de nos concitoyens. Il ne faut pas jouer avec la France d’en bas .
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