François Bayrou : « Mon opposition n’est pas épidermique »
29/04/2009 | La Gazette de Côte d'Or n° 140 | Par Alexis Billebault

La Gazette : François Bayrou, votre livre « Abus de pouvoir » sort aujourd’hui. S’agit-il d’un pamphlet comparable au « Coup d’Etat permanent » de François Mitterrand en 1964 quand celui-ci s’en prenait au Général de Gaulle ?
François Bayrou : Je n’aime pas le mot pamphlet. C’est tout simplement un livre qui répond à une question essentielle, présente dans l’esprit de millions de Français, relative à la pratique du pouvoir. Les Français constatent une dérive, mais n’arrivent pas à trouver le fil conducteur. Cette pratique devient insupportable pour ceux qui tiennent au principe républicain. Les Français sont inquiets face au projet de société qu’on veut leur imposer, où seul l’argent compte. Et cette idéologie s’est installée dans presque toutes les composantes de la société. J’ajouterai que par rapport au « Coup d’Etat permanent », ma réflexion ne s’arrête pas seulement aux institutions.
Comme Dominique de Villepin, estimez-vous que le climat qui règne actuellement dans le pays est révolutionnaire ?
Non. Même si le climat social est certes lourd, il y a chez beaucoup de Français une forme de désespérance et de sentiment d’injustice. Nous voyons disparaître des entreprises pour des raisons financières difficilement acceptables. Moi, je suis député d’un département (les Pyrénées-Atlantiques) où l’usine Célanese, qui est la seule à fabriquer de l’acide acétique en Europe, a été rachetée par un fond de pensions américain qui veut fermer cette usine française. On ne peut pas l’accepter.
Vous parliez d’un climat social lourd et tendu. Les salariés de Continental ont saccagé une partie de leur usine à Clairoix et ont dégradé la sous-préfecture à Compiègne (Oise). Et des patrons sont régulièrement séquestrés. Que pensez-vous de ces actions ?
Je condamne fermement les dégradations matérielles et les violences physiques. Ces méthodes sont inacceptables dans un pays de droit comme la France. On peut comprendre le désespoir, pas la violence. En ce qui concerne les séquestrations, même si c’est illégal, c’est à mes yeux moins grave que la violence. J’ai entendu des patrons qui avaient été retenus dans les locaux d’entreprises dire que « c’était moins grave pour nous que pour eux. »
Vous considérez-vous aujourd’hui comme le premier opposant à Nicolas Sarkozy ?
Je ne fais pas une course. Je suis certes en opposition avec la politique menée par Nicolas Sarkozy, mais ce n’est pas une opposition épidermique. Ce qui m’intéresse, c’est de savoir ce que le pouvoir en place fait de la France.
Certains porte-flingues de Sarko, tels Claude Guéant ou Frédéric Lefèbvre ont eu des mots plutôt durs à votre encontre…
Oui, on m’a traité de populiste et de Le Pen light… C’est ridicule. Mais je ne veux pas m’intéresser à ces gens-là.
On en revient à Dominique de Villepin. Il se dit que vous avez des contacts réguliers avec lui ainsi qu’avec plusieurs chiraquiens. Or, on prête à Dominique de Villepin des visées élyséennes. Comme vous, en somme…
Les contacts avec Dominique de Villepin existent, je ne veux pas le nier. Maintenant, je ne connais pas ses intentions. Je ne suis pas dans une logique de rivalité. Mais à mon sens, il n’y a vraiment que l’élection présidentielle qui compte aux yeux des Français. C’est la plus importante. En ce qui me concerne, j’ai gagné la liberté de parler avec tout le monde, sans systématiquement tenir compte des étiquettes. En France, il y a des gens de droite, de gauche et bien sûr du centre qui sont profondément attachés à l’idéal républicain et qui veulent relever le pays.
Vous parlez avec des gens de droite, mais il est souvent question de vos relations avec certains socialistes. François Hollande, par exemple, qui lui aussi penserait très fort à 2012…
Je discute souvent avec François Hollande des problèmes du pays, et il nous arrive d’échanger des idées. C’est un homme de valeur pour qui j’éprouve le plus grand respect. Nous nous croisons souvent à l’Assemblée Nationale. Mais j’insiste sur une chose : il n’y a pas de programme commun avec le Parti Socialiste. Nous pouvons discuter régulièrement, mais je le répète, l’idée d’un programme commun n’existe pas. Et puis, les Français en ont marre de l’UMP et du PS et ils veulent autre chose.
Est-il exact que des députés du Nouveau Centre auraient repris contact avec vous ?
Quand vous appartenez à un parti politique et que vous ne pouvez rien faire, il y a de la frustration. Certains sont vexés, car ils n’ont aucune indépendance. Le Nouveau Centre est complètement soumis à l’UMP. Certains anciens UDF viennent me voir en me disant qu’ils se sont trompés.
Le MoDem est actuellement en campagne pour les Européennes. A partir de quel score ces élections pourraient-elles être considérées comme réussies ?
L’Europe, pour les centristes, ce n’est pas un sondage, c’est une vocation. Nous appartenons à la famille politique de Robert Schuman. Ces élections auront aussi un enjeu national, car les Français vont sans doute adresser un message au pouvoir. Nous, nous menons cette campagne partout en France, et je crois que nous sommes vraiment les seuls. Nous expliquons les enjeux de ces élections, l’impact de la crise… Moi, cette Europe ne me plaît pas. Elle n’est pas assez active. José Manuel Barroso est trop soumis aux gouvernements et au libéralisme.
Vous dites que l’UMP n’est pas en campagne. Pourtant, la semaine dernière à Nice, le chef de l’Etat a parlé sécurité, l’un de ses thèmes favoris…
Oui, c’est une constante chez lui. Il utilise ce thème à des fins électorales. Mais nous savons tous qu’il n’y a pas besoin de lois supplémentaires. Même les professionnels de la sécurité le disent. L’arsenal législatif existant est suffisant. Seulement, il n’est pas vraiment appliqué. Les violences contre les personnes ont encore augmenté. Et il faut donner des moyens supplémentaires pour les centres éducatifs fermés, par exemple.
Lors de votre passage à Dijon, vous auriez pu rencontrer François Rebsamen. Après tout, le MoDem fait ici partie de la majorité municipale…
Je parle régulièrement avec François Rebsamen. Mais ce n'était pas évident d’aller le voir à la mairie.
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