« Les médias français doivent redevenir pluriels »
25/06/2009 | La Gazette de Côte d'Or n° 148 | Par Jérémie Demay

Les avis des intervenants ont pas mal divergé. Ainsi, pour Roland Cayrol, ancien responsable de l’attitude du CSA, « les médias ne font plus l’opinion », pour conclure que les médias favorisent la construction de l’opinion. Le sondeur n’est pas né de la dernière pluie, et son constat a fait grincer quelques dents : « la séduction a remplacé la conviction ». En d’autres termes, les journalistes préfèrent plairent au plus grands nombres, plutôt que d’agir comme un réel contre-pouvoir. Les premiers à pâtir de cette attitude restent les Français. La population conserve une haute estime de la profession, « leur image est plutôt bonne. Les journalistes sont considérés comme étant intelligents, courageux, et compétents. En revanche, ils ne sont plus considérés comme honnêtes quand ils parlent de pouvoir ». Après ce discours réaliste mais terriblement consensuel du vieux sondeur, Maurice Szafran, directeur de l’hebdo Marianne a été plus direct : « si le journaliste est le hussard noir de la république, la république va mal ! ». Selon l’homme de presse, les journalistes sont mal perçus et c’est normal : « le public a fini par comprendre que les journalistes ne sont plus à leur place. Nous sommes en concubinage avec ceux qu’on devait observer. Les Français nous le font payer cher ! » Pour Maurice Szafran, cette coupure est à la fois le résultat de l’attitude bienveillante des journalistes, mais aussi de l’air du temps : « le politiquement correct a détruit les médias ». Et d’étayer son propos : « depuis 10 ans, en économie, on nous raconte la même chose. Il n’y a pas de contradiction. Les médias français doivent redevenir pluriels. Sinon la situation sera de pire en pire. Les journaux risquent de disparaître. C’est attentatoire à notre vie démocratique. »
D’emblée, quand Bernard de la Villardière débarque à la tribune, il affirme : « je ne suis pas tout à fait d’accord. Tout d’abord, les journalistes doivent séduire. Il faut intéresser le téléspectateur. » La réelle crainte du journaliste de Ligne de front est « la peopolisation. Le chien d’Obama a fait la Une du Figaro ! Je me souviens d’une phrase de Pierre Nora aux étudiants du CFJ : « vous êtes journalistes. Tâchez de le rester. Ne devenez pas des médiamen ». De la Villardière conclut lui aussi son intervention sur une note pessimiste : « les patrons de presse sont des hommes de produits et non de médias. Nous devons nous battre contre cette logique marketing ». Heureusement, selon Alain Jouyandet, secrétaire d’Etat à la coopération et à la francophonie : « notre pays, pour la liberté de la presse, est exemplaire ». Mais il reste désespérément en 35e position du classement de Reporters sans frontières.
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