Familles en or
25/06/2009 | La Gazette de Côte d'Or n° 148 | Par Jérémie Demay





Mulot des villes
Le pain d’épices est l’une des marques de fabrique de Dijon. L’une des plus vieilles maisons est celle de Mulot et Petitjean. Fondée en 1796, la fabrique-magasin n’a jamais fermé boutique. Aujourd’hui, c’est Catherine Petitjean-Dugourd qui tient la boutique. Si avoir cette femme dynamique et marathonienne à la tête de la boîte semble une évidence, la logique est en fait illogique : « en général, c’est transmis aux fils. Mais dans ma génération, il n’y avait pas de fils », explique-t-elle. Pourtant, Catherine ne s’était pas prédestinée à reprendre l’entreprise de son père. Après des études de droit, elle part trois ans sur Paris dans une étude juridique. Ensuite, l’appel de Dijon a été le plus fort. « J’ai travaillé dix ans avec mon père. Cela m’a permis d’apprendre le métier. Je remercie mes parents de m’avoir laissé le choix dans mon orientation. » Aucune obligation de prendre le fauteuil du patron, « tout s’est fait en douceur » .
Grandir dans une chocolaterie
D’abord installée rue Chabot-Charny, puis boulevard Carnot, pour terminer son périple dans la ZAE Cap-Nord, la famille Lanvin, comme un escargot, trimbale sa maison là où elle est. En 1912, Auguste Lanvin quitte le Nord pour s’installer à Brazey-en-Plaine. En 1921, il achète une petite chocolaterie dans le fond d’une cour de la rue Chabot-Charny. Dans le même temps, la sucrerie de Bourgogne et la chocolaterie Lanvin est créée. Le fils, Pierre Lanvin, entraîne l’entreprise dans l’ère industrielle. L’essor est rapide, et en 1926, l’usine est transférée 10, boulevard Carnot. Pour les fêtes de la fin de l’année 1935, l’escargot Lanvin est créé. Etienne Lanvin (fils de Pierre) prend les commandes de la boîte. Sous son impulsion, la marque va connaître un développement sans précédent qui obligera à un nouveau déménagement dans l’actuelle ZAE Cap-Nord qui s’achèvera en 1973. Quatre ans plus tard, la chocolaterie sera cédée aux fabriquants des Quality-Street, qui les revendront à Nestlé… Etienne Lanvin restera au poste de secrétaire général jusqu'à sa retraite en 1986 .
Seb s’amène
D’abord fondé en 1857 par Antoine Lescure, l’atelier basé à Selongey fabrique des ustensiles comme des moules ou des arrosoirs. En 1925, l’entreprise renaît sous l’impulsion de trois membres de la famille Lescure. Mais le réel envol de la marque arrive en deux temps. Le premier en 1944 : naissance de la Société d’emboutissage de Bourgogne (SEB). Le deuxième en 1953 : la cocotte-minute est née. Les Lescure s’enchaînent à la direction du groupe, et les achats d’autres marques se succèdent. Aujourd’hui, la famille Lescure est toujours dans le groupe, même si ce dernier a été, en partie, revendu à un entrepreneur chinois. Réunis par un pacte d’actionnaires, les Lescure détiennent encore 43,5 % du capital et 60,5 % des droits de vote de Seb. Une partie de la famille a quitté la Côte d’Or et même la France, afin de s’installer dans la Suisse voisine.
Les moutards de Fallot
En 1840, Léon Bouley fonde une fabrique de moutarde et une huilerie. Il va attendre jusqu’en 1903 pour que la notoriété de son travail soit reconnue jusqu’à Paris grâce à un prix lors de l’exposition internationale. Les successeurs de Bouley perpétuent la tradition du savoir-faire. C’est en 1928 qu’Edmond Fallot prend les commandes de l’entreprise et lui donne son nom. Depuis cette date, la famille restera à la tête de la fabrique de moutarde. A la sortie de la Deuxième guerre, Edmond continue de s’occuper de son entreprise pour laisser la direction, en 1962, à son gendre Roger Désarménien. Depuis 1994, c’est le petit-fils, Marc, qui s’en occupe. Pour ce dernier, ce n’était pas forcément une évidence même s’il confie : « la maison familiale était à côté de la fabrique. J’ai toujours baigné dedans. » Le temps passe, mais pas la recette du succès : continuer la tradition de l’innovation. Reste à savoir si les futures générations seront partantes pour se lancer dans cette aventure. « Ce serait bien s’il y avait une quatrième génération. Mais pour l’instant, ils sont trop jeunes pour y penser ». En attendant, tous les soirs c’est la leçon de moutarde autour de bons petits plats .
Le lien du vin
En 1831, Bernard Bichot se lance dans le vin. Depuis, six générations se sont succédées dans l’entreprise familiale. « J’ai du Clos-Vougeot dans les veines », s’excuse presque Albéric Bichot. Toutefois, ce n’est pas par facilité qu’Albéric imite quotidiennement ses aïeux : « j’aime le contact avec la terre. J’adore partager mes produits. C’est une grande leçon d’humilité de devoir composer avec la nature ». Niveau affaires, la famille a eu le temps de se faire un nom. Cette renommée est bien sûr un avantage non négligeable : « à fond ! En plus on est quasiment la dernière exploitation avec cette histoire. Cela rassure la clientèle. Cela donne confiance dans le vin. » Dans les repas de famille, les conversations partent parfois sur le vin bien sûr. « Si on n’en parle pas, on en bois », s’amuse Albéric. En plus d’être passionné par son terroir et sa famille, le véritable moteur de cet amoureux de la vie reste son travail. « J’aime mon métier. C’est pourquoi j’aimerais que mes enfants reprennent la suite. Mais pour l’instant ils sont trop jeunes. S’ils choisissent une autre voie, je ne leur en voudrai pas ». Même un passionné peut mettre un peu d’eau dans son vin .
Cas’ toi !
La crème de cassis est assez récente. En effet, ce n’est qu’en 1836 que sa production devient industrielle. A l’origine de cette idée : Auguste Lagoute, qui détenait une fabrique de liqueur rue Chabot-Charny. Se rendant à Paris, il remarque que la consommation de cassis est associée au vin. Ainsi, les vins un peu durs deviennent meilleurs, ce qui ravit les papilles des peintres impressionnistes réunis dans la capitale. De retour à Dijon, Auguste s’associe avec François Mutin et crée une nouvelle distillerie dans l’actuelle rue Charles-Dumont. En 1854, le fils d’Auguste déménage, s’installe rue Jean-Jacques Rousseau et s’associe avec son beau-frère : Henri Lejay. Nouveau déménagement dans l’angle des rues Ledru-Rollin et Jean-de-Cirey. Une bombe détruira cette distillerie en 1940. Onze ans plus tard, le chanoine Kir autorise l’entreprise à utiliser son nom pour un apéritif qu’il a créé depuis peu : le Kir. La famille Damidot prend le contrôle de l’entreprise en 1926. Ce n’est qu’en 2003 que la famille vend ses parts au groupe Henriot qui possède déjà, entre autres, Bouchard père et fils à Beaune .
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