François Patriat : « Le PS est en danger »
16/07/2009 | La Gazette de Côte d'Or n° 151 | Par Alexis Billebault

La Gazette : François Patriat, le Parti Socialiste, qui perd chaque jour un peu plus de sa crédibilité, est-il à un tournant ?
François Patriat : Il est arrivé au bout d’un cycle. Son mode de fonctionnement n’est plus adapté, sa stratégie manque de lisibilité et il voit les électeurs – surtout les jeunes – se détourner. Les jeunes ont massivement voté pour Daniel Cohn-Bendit lors des européennes. Et certains, comme Manuel Valls ou Benoît Hamon, voudraient ignorer cette réalité. Je ne comprends pas leur attitude !
Justement, le PS est confronté à un vrai problème de leadership…
L’affirmation qui voudrait que le programme prime sur le leadership, c’est comme l’existentialisme… Le PS souffre en effet d’un manque de leadership, ce qui fait apparaître les divisions. Les socialistes et la gauche doivent se rassembler…
Vu le bordel ambiant qui règne chez eux, les socialistes devraient commencer par se rassembler eux-mêmes avant de s’occuper du reste de la gauche…
Oui… Mais souvenez-vous que François Mitterrand a bien réussi un jour à faire travailler ensemble Laurent Fabius, Jean-Pierre Chevènement, Louis Joxe, Paul Quilès et Michel Rocard. Je pense encore que Lionel Jospin aurait pu être cet homme rassembleur dont nous avons besoin. Cette situation rend les militants inquiets, certains sont même désabusés, parfois découragés. Ils attendent de la part de leurs dirigeants humilité, unité et aussi que les egos diminuent.
Martine Aubry n’a pas vraiment cette attitude de rassembleuse. Et elle semble s’ennuyer ferme rue de Solférino…
Martine Aubry a repris une maison marquée par un congrès de Reims dramatique et par la vacuité des propositions. Il paraît qu’au Bureau national, l’ambiance est tendue et les couteaux aiguisés. Elle a tenté d’organiser sa direction, sans que celle-ci ne parvienne à démontrer ses capacités. Martine a voulu faire preuve d’autoritarisme dans la composition des listes pour les européennes, avec le résultat que l’on sait. Or, on ne peut pas demander aux militants de ratifier les décisions de la direction, alors qu’ils souhaitent être associés au choix des candidats et à la composition des listes. Mais je pense que la deuxième phase de son mandat sera consacrée au rassemblement. Elle doit aussi fixer les objectifs et les voies pour les atteindre. Le PS doit retrouver sa base sociale, son discours social, son projet de société et son alternative économique.
Et François Hollande ? Son prédécesseur au poste de premier secrétaire du PS semble très concerné par la présidentielle de 2012…
Hollande est quelqu’un de très doué, de brillant, mais il n’a pas eu la démarche de créer son propre courant au bon moment. Il souffre d’un problème d’image, et les Français, comme les socialistes ont tendance à croire qu’il manque d’autorité. Cela dit, je pense que François Hollande pourrait être aussi le rassembleur, le leader dont le PS a besoin.
L’erreur des socialistes est de taper systématiquement sur Sarko, sans bien sûr proposer une alternative. Cette stratégie n’est-elle pas suicidaire ?
Les Français ont eu du mal à comprendre que les socialistes disent sans cesse que Nicolas Sarkozy avait été un mauvais président de l’Union Européenne. Il n’a certes pas toujours fait les bons choix, mais son activisme permanent a été tel que les Français n’ont pas eu depuis François Mitterrand l’impression que l’Europe ait été aussi bien dirigée. Et ils n’ont pas compris ces attaques venant du PS. Résultat, le Président s’est offert le 7 juin dernier un deuxième état de grâce politique après son élection en 2007. Et il en a profité pour réunir le Congrès à Versailles, ce qui a coûté au budget plus de 400 000 euros !
Le PS gère des grandes villes, la plupart des régions et pas mal de départements. Mais on a l’impression qu’il est incapable d’accéder au pouvoir central. On jurerait que certains barons y sont hostiles…
Les électeurs n’aiment pas les politiques. Ils préfèrent les élus, qui sont beaucoup plus proches d’eux. Cette situation que vous évoquez n’est pas nouvelle. Dans les années cinquante et soixante, la SFIO était puissante au niveau municipal et départemental, mais sa voix portait moins au niveau national. Et il y a encore au PS des gens, notamment dans le Nord, qui ne veulent pas du pouvoir central, car cela leur ferait courir le risque de perdre leur mandat.
On en revient à la présidentielle de 2012. Au PS, on parle déjà des primaires. Quel est votre avis sur la question ?
On verra en 2011, si le PS s’est montré capable de faire émerger des idées et des leaders éventuels. Le PS devra se faire entendre sur tous les sujets importants – services publics, éducation, recherche, croissance, environnement, etc – et, je le répète, montrer qu’il est capable de se rassembler. Car le PS est en grand danger. Si d’ici un an il n’a pas redressé son image, il faudra peut-être tenter autre chose.
Quel rôle pourriez-vous jouer dans ce processus de reconstruction ?
A titre personnel, j’essaye en Côte d’Or de souder mes amis du PS. J’apprécie beaucoup la démarche d’un homme comme Pierre Moscovici, dont le discours est courageux et humble, mais aussi rassembleur. C’est ce dont nous avons besoin !.
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