François Regniault « La SNCF fait du business »
17/09/2009 | La Gazette de Côte d'Or n° 155 | Par Alexis Billebault

La Gazette : François Regniault, écrire un livre sur l’entreprise qui vous emploie, est-ce un exercice délicat ?
François Regniault : Pas vraiment. Après avoir été journaliste aux Echos et à La Tribune, j’ai intégré le service communication de la SNCF. Et de l’intérieur de l’entreprise, on voit mieux les choses. Je me suis dit qu’il fallait le raconter. J’ai demandé à Guillaume Pepy, le président de la SNCF, s’il s’y opposait. Il était d’accord et je me suis mis au travail.
Justement, on devine que Guillaume Pépy ne vous laisse pas indifférent…
C’est un fonceur, un homme énergique, qui a en plus un vrai charisme. C’est quelqu’un qui cherche toujours à avancer, à argumenter et même à séduire. Il a l’avantage de bien connaître la SNCF, puisqu’il y est entré il y a plus de 20 ans (Ndlr : Pépy a quitté la SNCF entre 1990 et 1993, pour travailler dans différents cabinets ministériels). Son surnom, Pépy-le-Bref, résume tout. Avec lui, les réunions ne durent jamais bien longtemps. La SNCF a connu des présidents aux personnalités différentes avant Pépy : Loïk Le Floch-Prigent, Louis Gallois et Anne-Marie Idrac, mais tous appliquaient quasiment la même politique.
En arrivant à la tête de la SNCF en février 2008, Pépy avait fait fort, en lançant une véritable OPA sur GEODIS… Pour vous, cette opération a-t-elle constitué l’acte fondateur de l’entrée de la SNCF dans le monde du business ?
A l’époque, tout le monde était resté sur le cul ! A l’intérieur comme à l’extérieur de la SNCF. Pépy est allé très vite, car pour lui, cette OPA n’était rien d’autre qu’un élément stratégique, consistant à rapprocher la logistique de GEODIS et le fret ferroviaire de la SNCF. Ce choix, il l’avait fait dès son arrivée à la présidence. Mais il est vrai que la valeur symbolique de cette OPA est évidente : pour tout le monde, la SNCF fait du business. Alors que souvent, on ne parlait d’elle que pour évoquer les grèves et les retards.
Guillaume Pépy va-t-il réussir à tenir les délais ? Car sa présidence doit s’achever dans un peu plus de trois ans…
C’est la grande question. Il a une lettre de mission, mais transformer une maison comme la SNCF n’est pas simple. Prenez l’exemple du fret ferroviaire, qui est dans un état inquiétant. Il doit le transformer, pour des raisons économiques mais aussi écologiques et ce ne sera pas simple. De plus, la concurrence arrive dans quelques mois. Alors, la SNCF, qui va être concurrencée chez elle va devoir aller chercher à l’étranger les parts de marché qu’elle va perdre en France.
Financièrement, en a-t-elle les moyens ?
Les résultats du premier semestre 2009 ne sont pas bons, puisqu’elle vient de perdre un demi-milliard d’euros. Mais son niveau d’endettement n’est pas trop important. Et elle n’a pas de problème d’accès à l’argent, puisque elle est soutenue par l’Etat. Elle peut faire des investissements. Par contre, le TGV ne pourra pas indéfiniment être la vache à lait de la SNCF.
Les rapports qu’entretiennent les Français avec la SNCF sont passionnels. On pourrait presque parler d’amour vache…
(Rires). Il y a de ça… C’est une relation particulière, culturelle même. Tous les Français, et même ceux qui ne prennent pas le train ont quelque chose à raconter sur la SNCF. C’est une boîte qui nous appartient. Malgré les problèmes, on l’aime quand même. Même si, il faut l’admettre, la SNCF a des progrès à faire au niveau de l’information. Notamment quand des milliers de passagers sont bloqués pendant plusieurs heures .
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