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Claude Patriat, politologue « Les vraies successions se prennent d’assaut »

24/09/2009 | La Gazette de Côte d'Or n° 156 | Par Jérémie Demay

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Analyse. Le politologue Claude Patriat décortique le renouvellement des générations dans la politique départementale. En toile de fond : l'à¢ge de nos élus.

Analyse. Le politologue Claude Patriat décortique le renouvellement des générations dans la politique départementale. En toile de fond : l'à¢ge de nos élus.

La Gazette : Les postes clé de la Côte d’Or sont tenus par des élus anciens. Est-ce spécifique au département ?
Claude Patriat, politologue : La Côte d’Or n’a pas de phénomène particulier en ce qui concerne la transmission du relais générationnel. La transmission s’est faite. A droite notamment ; à gauche, on est au zénith d’une génération ayant derrière elle une moyenne de vingt-cinq ans de mandat. Cette génération politique est née pendant les années Mitterrand. A droite, les anciens sont partis.
Comment peut-on expliquer ces transitions ?
C’est d’abord le jeu des rapports de force politique. Il faut dire que la Côte d’Or, ayant la particularité d’être un département de gauche détenu par la droite. Dijon a eu des maires de droite de 1945 à 2001. La mise en route d’une nouvelle génération s’est faite dans le cadre d’une alternance nationale. Localement, les bastions restaient à droite. Quand nationalement, la droite a repris le pouvoir, localement, la situation s’est transformée.
La droite locale a quand même du mal à remplacer ses anciens champions. Que s’est-il passé ?
Effectivement, les anciens sont partis. Mais localement, elle a connu des retours de bâton. Elle a perdu ses positions locales. Alors qu’au niveau national, c’est l’inverse.
Pourtant, quand Robert Poujade est parti, la jeune génération était là. Résultat : Jean-François Bazin s’est présenté…
Il y a le problème des élus eux-mêmes. Une fois au pouvoir, ce n’est pas un phénomène temporaire. Une logique de caste se met en place, avec une volonté de durer. C’est pourquoi on ne prend pas trop de remplaçants potentiels pour éviter les coups de couteaux dans le dos. L’affaire de Robert Poujade et la chute de la droite à Dijon, c’est d’abord l’absence de transmission. Entre Robert Poujade et Jean-François Bazin, ce n’était pas la continuité.
D’après vous, la gauche actuellement prépare-t-elle déjà sa transmission ? On le perçoit notamment avec Laurent Grandguillaume…
Cette histoire est tout à fait intéressante. Il est mis en place par le maire auquel il doit tout : son emploi, sa carrière, ses postes…En plus il est jeune, ce qui met à l’abri le maire d’appétits intempestifs ! Laurent Grandguillaume est préparé à une succession au moment où le maire le voudra. Si les électeurs portent longévité à la gauche bien sûr. Nous sommes en présence d’une fabrication lente.
Justement, en favorisant une transmission étape par étape, cela ne risque-t-il pas de jouer en défaveur de Laurent Grandguillaume qui pourrait être « périmé » avant d’avoir servi ?
Bien sûr que si ! Les électeurs aspirent toujours à un changement. Ici, il est mis en place pour succéder, et dans le même temps, c’est un élément de l’équipe actuelle. C’est un jeu à double tranchant. Cela peut être un élément tranquille, mais il ne faut pas oublier que les vraies successions se prennent d’assaut et non dans la continuité.
C’est pour cela que l’éviction de Louis de Broissia a été aussi violente ?
Je vois cette mise à l’écart d’abord comme une vengeance. Il aurait pu y avoir un autre passage de témoins en Bourgogne si, au moment des élections sénatoriales dès la fin des années 90, Robert Poujade avait pu devenir sénateur. Mais à ce moment-là, Louis de Broissia s’est interposé en se précipitant sur la candidature. Ce qui ne permettait pas au député-maire de Dijon de reprendre un train de sénateur. Louis de Broissia a brûlé les étapes. On ne peut pas dire que cela ait répandu la joie à droite.
Le problème est qu’actuellement la droite est dans une situation compliquée. Quel est votre sentiment ?
Sous l’impulsion de Nicolas Sarkozy, il y a eu une réunification sans précédent de la droite. Il a mis sur pied une force considérable allant de l’extrême-droite au centre. Sauvadet étant sur le centre, il garantit la tradition centriste qui est forte dans notre région. D’un autre côté, on trouve l’UMP. A ce petit jeu-là, la droite risque de se retrouver coiffée sur le poteau. Les élections régionales de mars prochain vont être décisives. L’UMP a désigné son candidat. Mais Alain Suguenot sera très probablement écarté par décision présidentielle, à cause de la répartition des postes entre le Nouveau centre et l’UMP. Il y aura certainement des tiraillements.
Est-ce une stratégie qui va se généraliser ?
Dans le temps, les élus étaient des notables cumulant les différents mandats. Une fois arrivés au sommet, ils libéraient certains de leurs mandats afin de mettre en place des jeunes. C’est d’ailleurs ce qu’il se passe entre Rebsamen et Laurent Grandguillaume. Aujourd’hui, avec la décentralisation, ces stratégies ont été brisées. Il peut y avoir des contrecoups au niveau local, mais aujourd’hui il faut conjuguer les intérêts locaux et nationaux.
Pensez-vous que l’âge sera un argument utilisé pendant la prochaine campagne des élections régionales, notamment entre François Sauvadet et François Patriat ?
Je n’en suis pas sûr. De plus, François Sauvadet n’est pas de première jeunesse non plus. D’autres éléments pourront jouer plus fort. La Bourgogne est une région, par le jeu des moyennes, assez centriste. De plus, elle très marquée par la ruralité. Ce n’est pas sur ces territoires qu’il y a une pluie d’appel à la jeunesse. Mais il faut surtout savoir que cette campagne sera un test pour la politique de Nicolas Sarkozy .



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