Tests ADN Besson agace les députés UMP
24/09/2009 | La Gazette de Côte d'Or n° 156 | Par Alexis Billebault

La Ligue des Droits de l’Homme et avec elle tous les opposants à la loi sur les tests ADN ont bu du petit lait en apprenant la sortie de Nicolas Sarkozy mercredi dernier en conseil des ministres. « Les ADN, ça ne sert à rien, c’est stupide », aurait déclaré le chef de l’Etat. La veille, devant les députés de la majorité, Sarko avait tenu le même discours. « On a été très maladroits, les tests ADN sont venus sans préparation, on n’a rien exposé et ça a explosé. » Si les propos présidentiels tenus juste après la décision d’Eric Besson de ne pas signer les décrets d'application ne sont pas un enterrement de première classe, cela y ressemble beaucoup.
Car avec les propos présidentiels, plus grand-monde ne semble croire en l’avenir de cette loi, même si François Fillon a évoqué un nouveau débat à l’Assemblée Nationale. Les députés UMP, qui s’étaient soulevés face à l’attitude d’Eric Besson de signer, ont fini par ravaler leur colère. « On a appris son choix par la presse », rappelle Rémi Delatte, député (UMP) de la deuxième circonscription de Côte d’Or, qui n’a guère goûté, comme ses voisins de l’hémicycle, à la décision (téléguidée par l’Elysée ?) du ministre de l’Immigration. « Sur la forme, comme nous sommes dans une démocratie parlementaire, la loi s’impose. Mais j’ai aussi réfléchi à ce qui avait pu pousser Eric Besson à agir ainsi », confesse le député-maire de Saint-Apollinaire. Il y a deux ans, l’amendement déposé par Thierry Mariani sur les tests ADN pour prouver la filiation des étrangers souhaitant immigrer dans le cadre du regroupement familial, avait suscité débats, émotion et passion. En France, où tout ce qui touche à l’immigration est sensible, la gauche s’était emballée en qualifiant la proposition « d’inhumaine et déplorable pour l’image du pays. » Rémi Delatte, en convoquant ses souvenirs, admet aujourd’hui qu’il n’avait pas été spécialement emballé à l’époque. « A priori, je n’étais pas partisan de cette loi. Mais finalement, je l’avais trouvée plutôt bonne, car elle se basait uniquement sur le volontariat. Et plusieurs pays européens pratiquent ces tests. » Dont l’Allemagne, l’Italie et la Grande-Bretagne, qui ne sont pas à proprement parler de sombres dictatures. La semaine dernière, Besson s’était attiré les foudres de la bande à Copé, le président du groupe UMP à l’Assemblée Nationale, en ne signant pas les décrets d’application. « Ils ne sont pas faciles à mettre en œuvre. Mais le ministre Besson aurait pu en parler avant d’annoncer sa décision aux médias à Jean-François Copé, à Jean-Luc Warsmann (ndlr : le président – UMP – de la commission des lois) et à Bernard Accoyer, le président de l’Assemblée Nationale. Personnellement, je pense qu’un groupe de travail va se créer autour de Jean-Luc Warsmann et que la loi finira par être appliquée. »
Ce couac entre le gouvernement et les parlementaires de la majorité, qui n’est pas le premier (ni sans doute le dernier…), a offert à François Sauvadet l’occasion d’insister sur la manie bien française de beaucoup légiférer. « Depuis le début, le groupe Nouveau Centre avait indiqué que cette loi serait complètement inapplicable », avait déclaré le député côte-d’orien et président du groupe Nouveau Centre à l’Assemblée Nationale. « M. Besson a eu raison de le dire : quand une loi est mauvaise ou inachevée, il faut que le Parlement s'en ressaisisse. » Le Colosse de Vitteaux, tout en déplorant « les conditions de l'annonce » et qui aurait « préféré que les présidents de groupes de l'Assemblée nationale et du Sénat soient réunis et informés préalablement », a dénoncé « cette course à la législation qui pose un vrai problème de crédibilité du politique. » Sur cette question récurrente de l’encombrement de l’appareil législatif, Rémi Delatte se réfugie derrière la volonté réformiste du Château et le rythme soutenu imposé par son locataire. « Quand j’étais en campagne pour les élections législatives il y a deux ans, j’avais tendance à dire qu’on légiférait trop. Mais Nicolas Sarkozy n’a pas caché sa volonté de réformer le pays. Et pour cela, il faut faire des lois, même si toutes ne sont pas faciles à accepter pour les Français. Mais il tient ses promesses et il applique son programme. » Et Rémi Delatte, depuis son entrée au palais Bourbon, s’est converti à la méthode Sarko : pour réformer vite, il faut beaucoup légiférer. Même en se prenant régulièrement les pieds dans le tapis .
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