Sarko préfèrerait Sauvadet
22/10/2009 | La Gazette de Côte d'Or n° 175 | Par Alexis Billebault

DEPUIS PLUSIEURS MOIS, Nicolas Sarkozy a fait des élections régionales de mars 2010 une de ses priorités. Il se raconte même que le chef de l’Etat ne pourrait plus regarder une carte de France sans avoir une poussée de fièvre. Depuis le scrutin de 2004, vingt des vingt-deux régions de métropole sont tenues par la gauche, laquelle préside également deux des quatre départements d’Outre-Mer. Pour l’hyper-président, cette situation ne peut évidemment pas perdurer. Et il s’est juré que l’Alsace et la Corse ne seront plus les seules à être coloriées en bleu sur cette carte.
La Bourgogne fait partie des régions où Sarko entend mettre le paquet. Le 28 novembre, à l’issue du conseil national de l’UMP, ou début décembre au plus tard, il devrait désigner toutes les têtes de liste, région par région. En Bourgogne, où le socialiste François Patriat sera candidat à sa propre succession, le favori pour conduire le radeau bleu s’appelle aujourd’hui François Sauvadet, l’actuel président du conseil général de la Côte-d’Or et député de la quatrième circonscription. Le président du groupe Nouveau Centre à l’Assemblée nationale – qui répétait un peu partout il y a quelques mois que le job de président de région ne l’intéressait pas – s’efforce de rester discret sur le sujet, au contraire d’Alain Suguenot (lire la Gazette du 15 octobre). Mais celui qui avait conduit la liste UDF à l’élection de 2004 s’est un peu découvert au mois de septembre. Il a en effet confié à nos confrères du Figaro qu’il pourrait bien être le champion de la majorité présidentielle dans moins de six mois, sur une liste rassemblant UMP et Nouveau Centre, qui l’a logiquement investi sur la région. Malgré la candidature spontanée de Bernard Depierre – toujours prêt à partir au front pour défendre la crèmerie UMP – et celle d’Alain Suguenot, le député-maire de Beaune investi chef de file des régionales en début d’année, le colosse de Vitteaux aurait les préférences de Sarko. « C’est lui qui décidera », confirme Jean-Philippe Morel. Si le député-maire de Saint-Apollinaire Rémi Delatte se borne à rappeler qu’« Alain Suguenot et François Sauvadet sont légitimes car ce sont deux parlementaires confirmés », le leader du Parti Radical en Côte-d’Or, qui espère au passage figurer sur la liste, est lui persuadé que le choix se portera sur l’ancien journaliste plutôt que sur l’avocat beaunois. « On ne peut pas être à deux sur la même peau de léopard… Il y a des gens qui estiment qu’Alain Suguenot a intégré le fait qu’il ne sera sans doute pas désigné. Et qu’il serait tout à fait disposé à jouer l’union. Dans ce cas, il soutiendra sans réserve celui qui aura été choisi et jouera à fond son rôle de rassembleur. Déjà, le travail qu’il a accompli en ce sens à la tête de l’UMP 21 est remarquable. Le climat y est beaucoup plus sain. Il a réussi à rassembler la droite côte-d’orienne.» L’exploit n’est en effet pas mince, quand on se souvient de l’ambiance de corrida qui y régnait il y a encore un an…
Reconnaissant envers ceux qui l’avaient rejoint entre les deux tours de la présidentielle de 2007, le président de la République envisage de jouer l’ouverture en confiant à quelques huiles du Nouveau Centre le leadership dans quelques régions. Le principe serait même acté. Le 1er octobre dernier, à l’occasion du traditionnel petit déjeuner de la majorité, Sarko avait d’ailleurs signifié à François Sauvadet, président du groupe Nouveau Centre à l’Assemblée nationale qu’il n’accepterait pas de voir le NC établir des listes autonomes. « A mon avis, François Sauvadet, s’il est désigné, peut faire une belle campagne face à François Patriat. Sauvadet, il me fait un peu penser à Jacques Chirac. C’est un élu du terroir. Il peut créer une dynamique en rassemblant », ajoute Morel, qui estime qu’Alain Suguenot serait aussi « un bon candidat, car il connaît très bien la région. » Le conseiller municipal de Longvic, qui ne loupe jamais une occasion de montrer ses muscles, a déjà une idée sur la stratégie qui sera élaborée pour tenter de mettre fin à la présidence de François Patriat. « Ce sera un adversaire de qualité. Mais son bilan est tout de même contestable, notamment en ce qui concerne la fiscalité. Sous son règne, la taxe professionnelle, qui était avant 2004 une des plus basses de France a bondi de 84 % ! Les impôts fonciers ont eux aussi augmenté, et François Patriat a recruté environ cent quatre-vingts agents depuis son arrivée, alors qu’ils étaient moins de deux cent soixante-dix avant son arrivée », argumente Jean-Philippe Morel. Et si le sénateur socialiste a augmenté la fiscalité en Bourgogne, l’explication est selon lui limpide. « Patriat doit son élection à la région à François Rebsamen. Et la région est devenue le tiroir-caisse de Dijon et de son agglomération. Il ne peut rien refuser à Rebsamen. Il finance beaucoup de choses, et pour trouver de l’argent, il est obligé d’augmenter les impôts… » La droite n’est pourtant pas la mieux placée pour dispenser des leçons de morale sur les questions de gros sous : l’opportunité de certaines dispositions du paquet fiscal se discute, les prélèvements obligatoires devraient bientôt augmenter et la baisse de la TVA accordée aux restaurateurs a débouché comme prévu sur un fiasco, la plupart d’entre eux ne la répercutant pas sur l’addition. Mais en Bourgogne, la droite, qui mise secrètement sur l’établissement d’une liste autonome par les écolos, soutient mordicus qu’elle ne se contentera pas d’appliquer la bonne vieille stratégie politicienne consistant à démonter le bilan du pouvoir en place : « Je pense qu’il sera question des grandes compétences de la région et de ses infrastructures, notamment les branches sud et ouest du TGV, l’aéroport de Dijon-Longvic, les liaisons routières, sans oublier la formation professionnelle, qui relève de la compétence de la région. »
Jean-Philippe Morel, qui pense que la campagne sera courte – « un peu plus d’un mois » – mais offensive, ne craint pas un vote sanction à l’encontre du gouvernement et surtout du chef de l’Etat. « Il n’y a pas eu de vote sanction lors des élections européennes en juin dernier, mais plutôt à l’occasion des municipales en mars 2008. Et pas seulement à Dijon. » François-Xavier Dugourd s’était en effet senti moins seul… .
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